Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 23 mai 2011

Irène Théry: La femme de chambre et le financier




Quand les choses sont bien dites, inutile d'essayer de les répéter autrement. Voici, en sorte de suite approfondissant le précédent appel d'Osez le féminisme, retitré par nous Pour une femme oubliée, un texte d'Irène Théry, directrice d'études à l'EHESS, paru dans Lemonde.fr, ce 23 mai 2011.

La femme de chambre et le financier. — Ce matin du dimanche 15 mai, la surprise, l'incrédulité et la consternation nous ont littéralement saisis. Face à une forme inédite d'adversité politique et morale, on a senti partout le besoin de se hausser à la dimension de l'événement comme pour conjurer, dans l'union sacrée d'un silence suspendu, l'image salie de notre pays. Passé ce moment d'étrange stupeur, le débat a repris ses droits pour explorer ce qu'on nomme désormais «l'affaire DSK». Dans le maelstrom des commentaires, comment s'y retrouver? Si l'on se souvient que l'enjeu de tout cela n'est pas de jeter aux chiens la vie privée ou la personnalité d'un homme à terre, mais une inculpation sexuelle précise dans le cadre d'une procédure criminelle définie, on aperçoit qu'un clivage nouveau est apparu dans le débat français. Évident d'une certaine façon, tant on s'accuse mutuellement aujourd'hui de n'avoir de considération que pour un maître de la finance mondiale ou de compassion que pour une pauvre femme de chambre immigrée, il n'est pourtant pas si simple à comprendre.

D'un côté, il y a ceux qui soulignent avant tout la valeur fondamentale de la présomption d'innocence à laquelle a droit l'auteur allégué des faits. Ils ont semblé, dans les premiers jours, si majoritaires parmi les ténors qui font l'opinion en France et si indifférents au sort de la victime présumée qu'on n'a pas manqué de les traiter de défenseurs patentés de l'ordre patriarcal. Il est vrai que des réflexes machistes assez cognés ont fleuri ici et là pour défendre à leur manière l'innocence virile : «il n'y a pas mort d'homme», «un troussage de domestique»... Mais on aura peine à nous faire croire que ces insanités d'un autre âge soient le révélateur providentiel d'un complot masculin caché sous la défense intransigeante des droits des justiciables. Ce n'est pas la défense des mâles dominants qui est préoccupante chez ceux qui croient trouver dans la présomption d'innocence la boussole unique guidant leurs réactions; c'est plutôt un certain aveuglement mental aux défis nouveaux surgis du lien social contemporain.

Car de l'autre côté, il y a ceux — au départ plus souvent des femmes, féministes et engagées — qui s'efforcent de porter au plus haut des valeurs démocratiques une forme nouvelle de respect de la personne, qui n'a pas encore vraiment de nom dans le vocabulaire juridique, et qu'on pourrait appeler son droit à la présomption de véracité. C'est la présomption selon laquelle la personne qui se déclare victime d'un viol ou d'une atteinte sexuelle est supposée ne pas mentir jusqu'à preuve du contraire. Le propre des agressions sexuelles, on le sait, est qu'à la différence des blessures ou des meurtres, leur réalité «objective» ne s'impose pas d'elle-même aux yeux des tiers. Ont-elles seulement existé? Avant même qu'un procès n'aborde les terribles problèmes de la preuve et de la crédibilité des parties en présence, la question spécifique que posent ces affaires judiciaires s'enracine très exactement là: ce qui est en jeu au départ n'est jamais seulement la présomption d'innocence du mis en cause, mais la possibilité même qu'une infraction sexuelle alléguée prenne assez de réalité aux yeux de tiers qualifiés pour ouvrir la procédure. Cette possibilité passe en tout premier lieu par la possibilité donnée à une victime présumée d'être vraiment écoutée. On accueille de mieux en mieux, dans nos commissariats, les victimes sexuelles qui déposent plainte. Mais sommes-nous prêts, dans la culture politique française, à considérer la présomption de véracité comme un véritable droit? Rien n'est moins sûr.

C'est pour cette raison que nombre de nos concitoyens ont eu le sentiment pénible qu'en France, on n'avait pas accordé à Madame Diallo un respect égal à celui qui fut témoigné à son agresseur présumé, Dominique Strauss-Kahn. Cette situation choquante n'est pas d'abord un problème de morale personnelle, mais de justice et d'institutions communes. On l'entrevoit bien: présomption d'innocence et présomption de véracité sont aussi cruciales l'une que l'autre pour bâtir une justice des crimes et délits sexuels marchant sur ses deux pieds. Mais pour le moment, nous ne les distinguons pas clairement et savons encore moins comment les faire tenir ensemble. Tout se passe alors comme si on ne pouvait choisir l'une que contre l'autre. En se targuant de respecter les grands principes pour DSK au moment où il était cloué au pilori, les partisans sincères de la présomption d'innocence n'ont pas vu qu'ils bafouaient au même instant la présomption de véracité à laquelle avait droit la jeune femme qui l'accuse de l'avoir violentée.

C'est pourquoi il est vain de croire que nous échapperons aux questions de plus en plus fortes que nous posera dans l'avenir la lutte sans merci du coupable allégué et de la victime présumée du Sofitel de New York, en faisant le procès de la procédure accusatoire américaine. Au moment le plus dramatique de l'affaire d'Outreau on avait, face aux mêmes dilemmes, fait le procès symétrique : celui de la procédure inquisitoire à la française. L'aurait-on déjà oublié? Pour construire un jour une façon de tenir ensemble les deux présomptions opposées, le premier pas est d'accepter de penser la spécificité des questions sexuelles, et d'élargir le champ de nos réflexions pour reconnaître les responsabilités collectives nouvelles que nous confère, à nous citoyens des démocraties occidentales, les mutations profondes qui ont lieu aujourd'hui.

La France donne souvent aux autres pays le sentiment d'être politiquement «en retard» sur les questions de sexe, de genre, de sexualité. Sans aborder ici cette vaste question, soulignons simplement que le procès de New York ne doit pas nous enfermer dans une frilosité défensive au prétexte des clichés anti-français qui pleuvent sur nous depuis quelques jours. Au contraire, il devrait être l'occasion de nous emparer collectivement des grande questions sociales, historiques et anthropologiques qui sont l'horizon de sens commun à tous les procès pour crimes ou délits sexuels, en France comme ailleurs. En général, nous n'avons d'yeux que pour les ressorts psychologiques des transgressions sexuelles comme si nous ne voulions pas voir qu'elles ont lieu dans le contexte de mutations profondes des valeurs et des normes censées faire référence pour tous. Or, sous l'égide de l'égalité croissante des sexes, nous vivons aujourd'hui des bouleversements sans précédent du permis et de l'interdit sexuels. Les procès pour viol, qui se multiplient partout aujourd'hui, sont à la fois l'expression de ces mutations démocratiques et le symptôme de leur caractère inassumé.

Considérer le viol comme un crime, prendre au sérieux les atteintes sexuelles, participe directement du refus contemporain de l'ordre sexuel matrimonial traditionnel, construit sur la condamnation de la sexualité hors mariage, la diabolisation de l'homosexualité, la double morale sexuelle et la division des femmes en deux catégories : épouses honorables et filles perdues, mères de famille légitimes et filles-mères parias, maîtresses de maison respectées et domestiques qu'on «trousse». Comme l'a montré Georges Vigarello dans son Histoire du viol, celle-ci se déploie toujours à la croisée de l'appartenance sociale des individus et des statuts respectifs des hommes, des femmes et des enfants dans une société. Notre attachement à punir ce crime est la trace en creux de la valeur centrale que nous accordons non plus au mariage mais au consentement dans le grand partage entre le permis et l'interdit sexuels.

Mais les procès pour viol d'aujourd'hui sont aussi symptomatiques des ambiguïtés du changement, tant ils donnent à voir le vide sidéral que nous avons laissé se développer en lieu et place d'une civilité sexuelle renouvelée, capable d'irriguer la vie ordinaire de nos sociétés et d'inscrire la sexualité au sein d'un monde humain certes pluraliste, mais qui demeurerait un monde commun. C'est la rançon de l'idéologie individualiste et mercantile, qui transforme ce monde en une collection insignifiante d'individus autarciques bons à consommer. Le consentement, cœur de la nouvelle normalité sexuelle, est ainsi à la fois la solution et le problème. Consentir, oui, mais à quoi? Pourquoi? Et quand le refus de tout consentement s'est exprimé loin des regards, comment passer à sa dimension publique, sociale, juridique? Concentrant toutes ces questions, nous interrogeant directement sur la solidité de nos valeurs communes, le procès de New York incarne à sa manière le changement démocratique. Mais il peut devenir aussi un de ces moments périlleux où, pour reprendre l'expression de Marcel Gauchet, la démocratie se retourne «contre elle-même».

Pour prendre la mesure du ressort proprement sociologique de ce risque, il faut revenir à la sidération initiale qui fut la nôtre, et qu'une semaine de débat a déjà recouverte. L'image première qui nous a saisis ne s'arrêtait pas au seul DSK. C'était le choc de deux figures, deux symboles, deux incarnations si extrêmes des inégalités du monde contemporain, que la réalité semblait dépasser la fiction. Elle, une femme de chambre immigrée d'origine guinéenne, pauvre, vivant dans un logement social du Bronx, veuve, mère de famille monoparentale. Lui: un des représentants les plus connus du monde très fermé de la haute finance internationale, une figure de la politique française, de l'intelligentsia de gauche, une incarnation aussi, de la réussite sociale, de l'entre-soi des riches et de la jouissance facile. La femme de chambre et le financier, ou le choc de celui qui avait tout et de celle qui n'était rien.

Dans ce face à face presque mythique, les individus singuliers disparaissent, absorbés par tout ce qu'incarnent les personnages. C'est pourquoi il y a quelque chose d'épique dans ce qui s'est passé. En prenant en considération la parole d'une simple femme de chambre et en lui accordant la présomption de véracité, la police new-yorkaise n'a pas seulement démontré qu'elle pouvait en quatre heures renverser l'ordre du pouvoir et saisir au collet le puissant financier. Elle a aussi mis en scène une sorte de condensé inouï des incertitudes, des injustices et des espoirs de notre temps, et engagé un processus où vont venir s'engouffrer toutes les passions qui meuvent les sociétés démocratiques. Au risque de transformer tragiquement deux individus, inégaux à l'extrême, en boucs émissaires de nos désirs frustrés, de nos peurs ancestrales, de nos haines inassouvies. — Irène Théry, directrice d'études à l'EHESS, paru dans Lemonde.fr, ce 23 mai 2011.

© Maurice Darmon: Crépuscule, septembre 2007.

samedi 21 mai 2011

Pour une femme oubliée




Il nous paraît aujourd'hui essentiel de contribuer à la circulation de ce texte émanant des associations Osez le féminisme, La Barbe, et de nombreuses autres associations.

Sexisme: quand les élites se lâchent, ce sont les femmes qui trinquent. — Depuis une semaine, nous sommes abasourdies par le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques, largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail comme sur les réseaux sociaux. Nous avons eu droit à un florilège de remarques sexistes, du «il n’y a pas mort d’homme» au «troussage de domestique» en passant par «c’est un tort d’aimer les femmes?» ou les commentaires établissant un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent [1].

Nous sommes en colère, révoltées et révoltés, indignées et indignés.

Nous ne savons pas ce qui s’est passé à New York samedi dernier mais nous savons ce qui se passe en France depuis une semaine. Nous assistons à une fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires, si prompt à surgir chez une partie des élites françaises.

Ces propos illustrent l’impunité qui règne dans notre pays quant à l’expression publique d’un sexisme décomplexé. Autant de tolérance ne serait acceptée dans nul autre cas de discrimination.

Ces propos tendent à minimiser la gravité du viol, tendent à en faire une situation aux frontières floues, plus ou moins acceptable, une sorte de dérapage. Ils envoient un message simple aux victimes présentes et futures: «Ne portez pas plainte». Nous le rappelons: le viol est un crime. La tentative de viol est un délit.

Ces propos prouvent à quel point la réalité des violences faites aux femmes est méconnue. De la part d’élites qui prétendent diriger notre société, c’est particulièrement inquiétant. 75000 femmes sont violées chaque année dans notre pays, de toutes catégories sociales, de tous âges. Leur seul point commun est d’être des femmes. Le seul point commun des agresseurs, c’est d’être des hommes.

Enfin, ces propos font apparaître une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes. Les actes violents, viol, tentative de viol, harcèlement sont la marque d’une volonté de domination des hommes sur le corps des femmes. Faire ce parallèle est dangereux et malhonnête: il ouvre la voix aux partisans d’un retour à l’ordre moral qui freine l’émancipation des femmes et des hommes.

Les personnalités publiques qui véhiculent des stéréotypes qu’on croyait d’un autre siècle insultent toutes les femmes ainsi que toutes celles et ceux qui tiennent à la dignité humaine et luttent au quotidien pour faire avancer l’égalité femmes – hommes.

On peut apporter ici sa signature
et rejoindre ici le réseau de l'association.

1. Ces mots sont respectivement de Jack Lang et de Jean-François Kahn, qui lui au moins l'a bientôt profondément regretté
, et même si la question n'est pas de savoir qui a dit quoi, mais plutôt: «Que nous est-il donné d'entendre en France en 2011?» et qui, après coup, a terrifié Jean-François Kahn lui-même. Sans parler de l'invocation de l'Affaire Dreyfus par Jean-Pierre Chevènement, tentant, avec toute la lucidité d'un autre Ministre de l'Éducation nationale, d'amalgamer une trop ordinaire affaire de mœurs avec un véritable complot d'État à ressort antisémite. Comme quoi les mauvaises causes se rejoignent souvent.

1er juin: quinze jours après son bon mot, l'ancien ministre de la Culture et de l'Éducation nationale persiste et signe, puisque, selon ses mots mêmes: «la libération provisoire sous caution est généralement accordée sauf homicide. Autrement dit, selon une vieille formule française, sauf mort d'homme». Quinze jours pour que l'ancien professeur de droit trouve cette explication, imparable en effet.

Quant a la comparaison avec l'affaire Dreyfus, l'ancien ministre de la Défense et chef des Armées n'y est pas encore revenu. Patience, l'intelligence a tout son temps (NDLR).

© Femme à barbe, by Anna Blume.

mercredi 18 mai 2011

2012. Gauche (3): une chance historique



Les malheurs d'un quidam — qui ne devrait plus intéresser personne puisque rien, ni les espoirs d'une partie des Français, ni ceux qui en Grèce ou ailleurs croyaient en sa magie personnelle, ne l'a vraiment jamais intéressé non plus —, sont pour la gauche une chance historique qu'il incombe au parti socialiste, force incontournable aujourd'hui du changement légal, de saisir au plus tôt.


Les sources réelles du dommage ne sont pas dans tel égarement ou crime individuel, mais dans le fait que ce parti s'est soumis, et avec lui une bonne partie des Français, à l'attente de la décision providentielle d'un homme censé être le meilleur pour remporter la mise et, par bonheur, éliminé avant la campagne présidentielle ou, pire, avant une immunisante «victoire».

Remporter contre qui? Contre la droite au pouvoir? Contre la droite extrême qui la talonne et nous menace? Non, et là est la vraie racine à arracher d'urgence: d'abord et avant tout contre d'autres socialistes, les meilleurs en plus, qui, malgré le tiers exclu, ne renoncent pas à être moins à se déchirer bientôt en public, en nous tenant à peu près ce commun langage: «Écoutez-nous, les amis, des trois ou quatre programmes, si différents qu'on va se chamailler par tous les moyens devant vous, chacun va vous montrer que seul le sien est le bon, et que les autres ne valent rien. Nous allons nous critiquer publiquement et nous ridiculiser mutuellement et après, pour un euro, tous, de droite ou de gauche, vous direz au parti socialiste qui vous aura fait le moins (ou le plus) rire. Ce sera forcément quelqu'un de gauche puisqu'on l'est tous. Et ce sera forcément démocratique puisque c'est vous qui aurez décidé qui et quoi. Régalez-vous à présent. Pardon: Enjoy!».

Tous ceux qui veulent que notre pays soit gouverné autrement comprendront — espèrent peut-être — que la circonstance extraordinaire puisse amener le parti socialiste à un profond changement. En lieu et place des soi-disant délais de décence, il doit au plus tôt rejeter clairement la logique suicidaire des primaires, ramener à la maison ses meilleurs dirigeants égaillés chacun pour leur compte à se déconsidérer les uns les autres, afin qu'ils participent ensemble —, avec d'autres forces et alliés si possible —, à la construction de leur projet commun. Ces options clarifiées, il lui sera beaucoup plus aisé de désigner en son sein celui ou celle chargé de les présenter et de les incarner après la victoire. Sinon, pour la troisième fois et au fond pour les mêmes raisons: «Dites-nous ce que vous voulez qu'on fasse (l’extraordinaire farce «participative» de 2007), dites-nous qui vous plaît, on s'occupe du reste: perdre», ce sera bien la gauche qui aura perdu toute seule et probablement dès le premier tour, où — dommages moraux actuels et division affichée aidant — s'affronteront les deux droites dans l'ordre d'arrivée qu'on devine.

© Big Mac, le plus célèbre des sandwiches de McDonald's.

mardi 17 mai 2011

Nurith Aviv: Une langue et les autres (2002-2011)



Notre dossier cinéma s'appelle Les Trains de Lumière. En lumineuse raison de L'Entrée d'un train en gare de la Ciotat et du premier travelling réalisé par Alexandre Promio pour le compte des frères Lumière en 1897 à bord du train de Jérusalem à Jaffa que nous allons retrouver tout de suite, mais aussi au nom des ombres de Monsieur Verdoux ou du spectre Henryk Gawkowski, le conducteur de locomotive de Shoah. Les trains, c'est tout le cinéma et c'est l'extermination, une douleur qui a eu raison de Jean-Luc Godard, ce que Nurith Aviv a entrepris justement de filmer.

Si, parmi cent films, vous avez vu Histoire de Paul de René Féret, Moi Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère de René Allio ou, d'Agnès Varda, Daguerréotypes, L'une chante, l'autre pas et Documenteur, vous avez déjà vu des images de Nurith Aviv (comme née sous le signe d'Yasujirō Ozu, puisqu'en hébreu son nom signifie lumière de printemps, à moins que ce soit printemps de lumière). Elle a réalisé aussi une dizaine de documentaires. Les éditions Montparnasse (encore et toujours!) viennent de réunir les cinq derniers, des essais sur la langue hébraïque: des immigrants ou natifs de toutes origines parlent aujourd'hui cette langue à la fois sacrée et profane, des traducteurs la traduisent dans toutes les langues. En supplément — suivi d'une belle prise de parole par Édouard Glissant, L'alphabet de Bruly Bouabré, un film dont rien ne se raconte et qu'il faut découvrir: un artiste africain plie à sa volonté les rébus de l'alphabet, réinvente le pictogramme, âme originelle de l'hébraïque aleph-tav. Un livret-Babel de cent vingt huit pages, Une langue, et l'autre, réunit les textes — originaux et traduits — des quatre premiers.

1. Vaters land / Perte, 2002. — «Ce film, prévu pour une soirée Thema d’Arte sur le deuil, devait durer trente minutes. J’ai tout de suite pensé au nombre 30 qui, dans la tradition juive, renvoie aux trente jours de deuil. Et j’ai choisi un parcours de métro qui dure exactement trente minutes, de Ost Kreuz à West Kreuz (de la Croix de l’Est à celle de l’Ouest)».

Deuil dans les mots de Freud (Deuil et mélancolie, 1915): «Le deuil est régulièrement la réaction à la perte d’une personne aimée ou d’une abstraction mise à sa place, la patrie, la liberté, un idéal, etc.». Deuil dans la mélancolie d'Hannah Arendt, souhaitant renoncer à tout travail de l'esprit, devant l'abandon d'alors commis par les intellectuels — pense-t-elle encore ici à Martin Heidegger? Deuil: le titre allemand Vaters land (pays du père) venu de Vaterland (la patrie) l'élabore mieux que Perte, titre français.

Travelling d'une demi-heure par la fenêtre du train urbain, en surimpression des intellectuels justement: le physicien Gustav Obermair et son deuil de «la fécondation mutuelle de la rigueur prussienne de Max Planck et les chemins de traverse de la pensée juive, incarnée par Einstein»; le psychanalyste Claus Dieter Rath s'apercevant trente ans plus tard que de là viennent tous ses pères, Freud, Kafka, Benjamin et leurs fils Adorno, Marcuse; avant de disparaître, l'écrivain Jutta Prasse, à la mémoire de qui le film est dédié, en deuil père et mère de sa langue: «Je dissocie ma langue maternelle de ma patrie. Deux niveaux différents que j’essaie de maintenir séparés. Or, c'est une erreur, c’est impossible. La patrie allemande a causé un tort terrifiant à ma langue maternelle»; l'ami protestant Hanns Zischler enfin, et sa réalité intime accueillie en lui-même par ses rencontres avec les juifs Szondi, Derrida, Celan. Père et patrie, mère et langue maternelle. Arrêt focus au terminus.

2. D'une langue à l'autre, 2004. — Immigrés d'Allemagne, de France, de Hongrie, d'Irak, du Maroc, de Pologne, de Roumanie, Russie, ou de Suisse pour la grande aventure d'Israël dans l'après-guerre — ce pourrait être le monde entier —, ils se confrontent à l'hébreu qu'ils doivent apprendre rapidement au nom de la construction du sionisme et de l'union nouvelle, souvent contre leur langue d'origine, dont ils ne peuvent qu'avoir honte, surtout s'ils parlent yiddish ou s'ils écoutent leur musique orientale. Mais, malgré la honte devant les pionniers, leur langue maternelle a la vie dure et enfouie, elle dit le reste.

Aux poèmes que Meir Wieseltier n'a pu écrire en hébreu qu'après avoir assassiné le russe, Pouchkine et Lermontov continuent d'imposer leurs rythmes et leurs couleurs; par les siens, Agi Mishol est certaine d'habiter sa patrie hébraïque, mais lait, courgettes, larmes et rires goûtent mère hongroise; quand parle hébreu le musicien marocain Haïm Uliel, son accent le désigne, alors il chante mi-arabe, mi-hébreu, un couplet oui un couplet non, avec son orchestre où une blonde frappe la darbouka; le grand romancier Aharon Appelfeld sait qu'hébraïser aujourd'hui en Israël relève ipso facto de l'idéologie et revendique son duel intérieur, deux langues, deux paysages, sublimés dans la reconquête du yiddish; mais surtout, le palestinien Salman Masalha, oralité arabe, écriture hébraïque apprise à l'école des conquérants, s'en est emparé pour langue poétique: «L'hébreu n'appartient plus aux juifs. L'hébreu appartient à quiconque le parle et quiconque l'écrit. Même si des gens venus d'ailleurs l'ont renouvelé, il appartient à cette région comme l'arabe et d'autres langues sémitiques. Au moyen de l'hébreu, je ne prends pas seulement possession de la langue mais je renforce aussi ma possession sur le lieu». Eliezer Ben Yehuda, rénovateur de l'hébreu, pouvait-il mieux rêver d'aussi traverse descendance?

3. Langue sacrée, langue parlée, 2008. — 1897: pour le compte des frères Lumière, Alexandre Promio invente le travelling à bord du train de Jérusalem (la ville sacrée) à Jaffa (aujourd'hui Tel-Aviv la profane). La même année, Theodor Herzl tient à Bâle le premier congrès du sionisme qui donne le coup d’envoi au sionisme: «Qui parmi nous saurait acheter un billet de train en hébreu?». Et Freud invente la psychanalyse, avant de finir dans la toile de Valerio Adami, dans son dernier train pour Londres. Nurith Aviv refait le même voyage du Nord au Sud, de droite à gauche donc, selon l'écriture. Sur la terre sacrée pauvre, aride et caillouteuse, gagnent peu à peu les immeubles, les gares, les entrepôts, les zones industrielles et les grandes surfaces commerciales. Tout le gain moderne est-il là pour autant? Treize hommes et femmes, tous nés en Israël, d'abord silencieux près de leurs livres, se laissent prendre par la parole pour dire que le moderne et le profane ne se résument pas à la production matérielle et au commerce.

Pour les plus utilitaristes, la Bible est d'abord le manuel pratique des excursions familiales: ni shabbat ni bougies, l'âme n'a pas de fêtes fixes; ou alors pour la jeune fille sage à son piano, le Talmud sert d'assise inébranlable, avant que ses pages, mystérieuses comme des fenêtres d'ordinateur, l'ouvrent à la poésie. D'autres demeurent mystiques, soit directement: «Si j'élimine l'Esprit saint, je tue mon hébreu», soit de façon transgressive, comme cette peintre qui, quasi mallarméenne, s'autorise à ajouter une lettre au Tétragramme afin de le dégrader; ou cette autre, pascalienne ou prudente, tenant à nommer ses enfants de noms bibliques (Si Dieu existe, on ne sait jamais) et écrivant en hébreu pour témoigner qu'au XXe siècle il aura existé ici des gens parlant et écrivant cette drôle de langue. Quelques-uns y puisent truculence et puissance physique: «Une langue dans laquelle on baise, on insulte. Et pourtant quand j'écris en hébreu j'essaye de penser aussi à tout ce qui en a été jeté par-dessus bord, l'hébreu rabbinique par exemple, hébreu du profane et du quotidien»; ou, mémorable moment, cet homme imposant évoque calmement le Cantique des Cantiques pour se laisser envahir, posséder par les souffles des lettres et les râles des mots qui secouent tout son corps. Des résistants enfin continuent à trouver que le vrai trésor de la langue parlée est demeurée dans le yiddish «envoyée avec tant de ses locuteurs dans les chambres à gaz, cette langue renvoyée pour laquelle je me suis pris d'amour, si opposée à l'hébreu que je connaissais». Et non dans cet hébreu sacré, une langue «congelée depuis deux mille ans».

Trois intermèdes ponctuent le film: le magnifique alphabet chanté de Victoria Hanna, une courte psalmodie du XIe siècle dans la tradition du Cantique des cantiques, et pour clore le film une prière du soir récitée par son auteur. Et, en bonus, quarante minutes où, dans ses beaux vêtements de shabbat, Hélène Cixous nous livre un de ses gais monologues dont elle détient les secrets.

4. Traduire, 2011. —
L'ascétisme du dispositif vise à concentrer nos yeux et nos oreilles sur l'essentiel: travelling sur le quartier — nous jouons à deviner où nous sommes —; une image d'intérieur s'éclaire progressivement un homme ou une femme (on sait son nom et sa ville), debout près de la fenêtre et de ses livres. Puis, assis à son bureau, le traducteur parle. Deux ou trois plans de coupe à nouveau sur son extérieur: rade de Brest, maisons de bois de Boston, toits de Paris ou de Malakoff, immeubles de Tel-Aviv ou pierres d'Acre. Entre les mots, des poèmes et des textes suivent les caractères de l'écriture.

Il s'agit d'amener ces passeurs de textes (d'où les fenêtres) à vivre en mots devant nous leur voyage de l'hébreu — Midrash, poésie ancienne et moderne, romans d'hier et d'aujourd'hui — vers neuf langues (le français, le castillan et le catalan, le yiddish, l'italien, le russe, l'anglais, l'allemand, l'arabe). Comme dans les images d'accueil, l'obscurité se dissipe toujours mais souvent pour faire place au contre-jour. Certains témoignent surtout des problèmes que rencontre tout traducteur «de toute langue en toute langue», comme dirait Édouard Glissant: éprouver les limites de sa propre langue, la tordre et la transgresser, résister à la tentation de la rendre jolie, et pour finir toujours se heurter à elle et donc à soi, à sa propre ville là, dehors, à ses meubles, à ses livres. Identifient-ils toujours les pièges et les illusions? Puis-je vraiment, traduisant, «me transformer en l'auteur que je traduis»? Croire longtemps possible de «comprendre ce que signifiait pour lui, utiliser ses mots, pénétrer en profondeur l'intimité du poète médiéval»? Quand d'autres vont plus loin en ces quelques minutes, en commençant par admettre l'étrangèreté radicale de toute langue hors les murs, et singulièrement celle de l'hébreu, ses origines religieuses et sacrées, son rapport moderne au parler yiddish, ses strates enfouies ou affleurantes.

Deux profondes prises de parole concluent ce dernier volet de la trilogie, à écouter avec notre cœur et notre intelligence: Rosie Pinhas-Delpuech expliquant que c'est surtout la «peur d'oublier l'hébreu» (avait-elle peur de n'oublier que la langue?) qui l'a amenée à traduire «beaucoup de livres», jusqu'à rencontrer — histoire de tous les traducteurs — la traduction fondamentale et fondatrice qui a transformé cette peur en destin; et le Palestinien d'Acre, Ala Hlehel, pour qui la traduction de l'hébreu, «la langue de l'occupant, mais aussi de la culture», vers la langue sacrée du Coran — mais aussi celle, parlée des blogs et des SMS —, est entre suicide, assassinat et renaissance: «Je devais renoncer aux lois de ma langue, abandonner mon grand amour pour la langue arabe et lui dire: "Pardon, mais il faut en un sens que je te tue, que je te soumette afin de traduire Hanoch Levin"». Langues jumelles, et fratricides si n'existaient un, deux, trois, mille Ala Hlehel.

PS. — J'ai parfaitement oublié ma «langue maternelle» (l'arabe). Ma «langue domestique» grand-paternelle, l'italien grâce auquel, comme traducteur, j'ai vécu de magnifiques lectures, voyages et rencontres quinze ans durant, mon père ne la parlait guère. Puisque je l'ai appris en ville et à l'école, le français est ma «langue maîtresse» ou «directrice». Quel linguiste aux aiguisés concepts désignera ma «langue première»? D'autant qu'à l'école, justement, l'anglais que je ne maîtriserai jamais fut ce qu'en 1953 — après avoir longtemps hésité avec l'allemand («on ne sait jamais» lui aussi) —, mon père me choisit pour «première langue».
Qui veut vraiment en imaginer davantage sur cette histoire et celle de milliers d'enfants séfarades nés dans ces pays durant la guerre parcourra Préhistoire (1980).

© Valerio Adami:
Sigmund Freud in Viaggio verso Londra, 1973. Toile propriété de la Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence.

dimanche 15 mai 2011

2012. Gauche (2): chambre sans vue




Dans mon souvenir de quasi-septuagénaire, jamais le président de la République n'a connu un tel discrédit, jamais la droite supposée libérale n'a été autant divisée et disqualifiée. Ni en 1958, à la fin de la Quatrième République où René Coty occupait des fonctions décoratives, ni en 1981, à la veille de l'élection du seul président de gauche de notre histoire et dont chacun s'affaire à célébrer magiquement la gloire.

Et dans cette situation inespérée, voilà deux ans que le parti socialiste, sans qui rien de légal ni pour l'instant de légitime ne peut advenir, préfère compter sur ce seul discrédit pour engranger mécaniquement les voix des mécontents. Il semble donc aveugle sur deux points pour lesquels il suffit d'une perspicacité minime:

Au petit jeu du glanage — ce qui s'appelle en ce moment le «populisme» — d'autres sont historiquement présents avant lui, et bien plus efficaces: le tiers des jeunes de moins de trente ans et une petite moitié des ouvriers ont l'intention de voter pour l'extrême-droite. Si on ajoute tous ceux qui, pour des raisons différentes, auront beaucoup de mal à rejoindre les socialistes dans leur mise en scène actuelle, à savoir ceux qui se reconnaissent dans l'extrême-gauche, au mieux une provisoire force d'appoint chère à l'achat, et les abstentionnistes, considérés de façon tout à fait illusoire comme une réserve où puiser alors qu'ils sont l'expression d'un profond choix politique non analysé, l'écrasante majorité du corps électoral — les mécontents justement — échappe donc durablement aux socialistes. Notons que nous n'avons même pas comptabilisé là les indéfectibles du président actuel.

• Conjoncture économique européenne et politique internationale aidant, pays après pays, l'extrême-droite conquiert notre continent (bilans largement aggravés depuis nos billets du 29 avril et du 24 septembre 2010) pour démontrer sa prétention à être partout un parti de gouvernement et, hors d'Europe et sous une forme spécifique, elle ne sera pas davantage absente de la recomposition politique des pays arabes par exemple. Dans la mesure où personne, ni à gauche ni à droite, ne démontre — ou simplement ne prétend — que le futur appartient à ceux qui donnent leurs chances au langage et à l'intelligence lucide, l'extrême-droite a toute latitude pour se présenter comme une force d'avenir, radicale si ce n'est révolutionnaire, et rassurante en même temps par ses fantasmes d'autarcie et d'autorité. L'une des erreurs des contempteurs modernes du fascisme est d'avoir pris Mussolini pour un pitre.

Mais le personnel socialiste préfère reconduire le jeu suicidaire des primaires à un euro — combiné à l'absurde «Tout sauf» qui conduisit au désastre de 2002 —, une formidable entre-tuerie de tous ses dirigeants devant une droite qui n'en espérait pas tant, qui a provoqué en 2007 une défaite historique, là où ils avaient toutes leurs chances. Et au lieu de tenter de redéfinir ce qu'être Français veut dire, ce quarteron préfère à coups d'études et de sondages, calculer qui séduire et par quel être providentiel, au prix de ses valeurs et son histoire — travailleurs, ouvriers et paysans, laïcité, résistance bientôt — que personne ne peut reprocher à l'extrême-droite de capter et de pervertir habilement, puisque la place est vide et qu'il lui faut des habits neufs. Quant à l'écologie politique, une des pistes fondamentales de l'avenir, un autre duo promet de s'en occuper, par d'aussi pitoyables primaires, à dix euros celles-là.

Mais voilà: en cette soirée du 14 mai 2011, l'attente impuissante de l'homme providentiel a fait définitivement long feu à l'hôtel Sofitel de Times Square, chambre 2086, une suite à trois mille dollars la nuit qui s'est à jamais refermée sur son insolent occupant. Si d'aventure les vaincus de cette tactique suicidaire crient au complot américain afin de s'éviter du travail, c'est que, dans l'attente du prochain Messie, ils sont alors si désemparés qu'ils s'imaginent nous convaincre que l'élection présidentielle française intéresse en ce moment davantage Barack Obama, le FBI ou les juges et les commissaires de Manhattan qu'eux-mêmes. Ultime aveuglement donc, car en matière de théories du complot, ils ont aussi quelques tours de retard sur ceux que, pour notre malheur, ils contribuent puissamment au moins depuis 2002 à installer au pouvoir en France.

© Maurice Darmon: Times Square, nuit. Tiré de New York Dark Side.

samedi 14 mai 2011

2012. Gauche (1): perdre à tout prix



Il va être temps sans doute d'inaugurer une nouvelle série sur Ralentir Travaux, qui s'appellerait, par pur désespoir: Sans commentaires. À joindre en annexe à notre dossier: Vers 2012.

PS: Terra Nova nie vouloir «abandonner» les classes populaires. — Olivier Ferrand, patron du cercle de réflexion Terra Nova, imaginait-il la polémique que soulèverait son rapport suggérant à la gauche de concentrer sa campagne sur les classes moyennes plutôt que sur les couches populaires? On peut en douter. Pourtant, il a fait l'effet d'une bombe. Mais au-delà de ce texte, intitulé «Gauche: quelle majorité électorale pour 2012?», c'est la personnalité de ce soutien à Dominique Strauss-Kahn qui est contestée par certains au PS.

À la suite de la médiatisation du rapport de la fondation, notamment au travers d'un article du Monde du 11 mai, l'UMP, mais aussi une partie de la gauche, accusent désormais une frange du PS «d'abandonner les classes populaires». Dans son texte, Terra Nova explique: «La classe ouvrière n'est plus le cœur du vote de gauche, elle n'est plus en phase avec l'ensemble de ses valeurs.» Il n'est pas faux, selon les dernières enquêtes d'opinion, que le premier parti «ouvrier» en France est désormais le Front national. De même, Nicolas Sarkozy a fait de bons scores dans les classes populaires en 2007.

Le club de réflexion estime que le Parti socialiste doit s'adresser à d'autres cibles en priorité: les femmes, les jeunes diplômés, les minorités et les habitants des grands ensembles urbains. Autant de catégories qu'il rassemble sous le mot «outsiders», par opposition aux «insiders». Cette analyse — moins caricaturale que ne le suggèrent ses adversaires — a déclenché un tollé. Ainsi, Olivier Dartigolles, le porte-parole du PCF, a-t-il fustigé un «sabordage idéologique»: cette approche constituerait, selon lui, «une formidable offrande faite à l'extrême droite, qui n'attend que cela en se positionnant masquée sur le terrain social».

L'UMP a immédiatement sauté sur cette polémique. Son patron, Jean-François Copé, a accusé les socialistes de faire preuve d'un «cynisme électoral qui consiste à sacrifier une partie des Français au nom d'intérêts électoraux et marketing». Il a jugé, dans un communiqué, que «le candidat du PS ne sera pas celui des classes populaires ni des classes moyennes, mais celui des études de marché».

Laurent Fabius, ancien premier ministre socialiste, a tenté de relativiser ce début de polémique en expliquant qu'il était en désaccord avec ce texte. «Si vous abandonnez les électeurs, vous pouvez faire des choses très intéressantes mais pas de politique», a-t-il relevé, ajoutant qu'il souhaitait un programme «qui concerne à la fois les couches populaires et les couches moyennes». C'est également le cas de François Kalfon, délégué général aux études d'opinion au PS et proche de Dominique Strauss-Kahn. Co-auteur de L'Équation gagnante (1), un livre sur la stratégie de la gauche, il juge que «s'adresser aux jeunes, c'est un marqueur politique majeur. Mais les salariés en décrochage représentent un électorat bien plus important, tout comme les seniors».

Vendredi 13 mai, Olivier Ferrand a publié une réponse à la polémique sur le site de la fondation, jugeant que son rapport a été «instrumentalisé à des fins politiciennes». Il développe: «Terra Nova ne propose en aucun cas d'abandonner les milieux populaires», mais «la grille de lecture pertinente n'est plus les classes sociales mais la division outsiders-insiders». Pour lui, la première catégorie, celle que le PS doit viser en priorité, est constituée par «les habitants des quartiers populaires, les minorités, les jeunes déclassés, les mères célibataires en situation précaire…». Il conclut en indiquant que «l'identité politique des vrais défenseurs des milieux populaires, […] c'est, cela a été et cela sera toujours la gauche — à condition, toutefois, qu'elle ne renie pas ses valeurs». Article non signé paru sur Le Monde.fr.

1. Laurent Baumel et François Kalfon: L'Équation gagnante. La gauche peut-elle enfin remporter l'élection présidentielle? Le Bord de l'eau, juin 2011.

© Photographie: Jean Jaurès, photographe inconnu.

samedi 7 mai 2011

Lettre 17: printemps 2011



Notre raison d'être:
Liber@ Te: 1. Chronique pour Florence Cassez, cinq ans à méditer. — 2. 2011: Au nom du peuple iranien. — 3. Instants furtifs de lumière, avant les révolutions. — 4. Roberto Natalini: L'arithmétique du risque, un grand mathématicien visité par les événements du Japon. — 5. Un printemps pour tous, sur le changement de paradigme. — 6. Michel Rocard, Dominique Bourg, Floran Augagneur: Le genre humain, menacé. —
Du site en librairie: deux ouvrages élaborés ici en public et devenus ouvrages développés et édités en librairie: Pour John Cassavetes et Filmer après Auschwitz / La question juive de Jean-Luc Godard, aux éditions Le Temps qu'il fait.

Notre delta fertile
:
Manhattania: 1. Novembre à New York: l'automne à Manhattan et l'état du chantier du World Trade Center (dernier billet).
Judaïca: 1. Retour sur le rapport Goldstone, une mise au point de Richard Goldstone (texte intégral). — Israël / Palestine: le temps au bond, avec un texte de Corinne Mellul.

Notre cinéma:

Les Trains de Lumière, site général. 1. Yann Le Masson: Caméra samouraï, l'œuvre cinématographique de Yann Le Masson, documentariste. — 2. Rainer Werner Fassbinder: Je veux seulement que vous m'aimiez (1976). — 3. Armand Gatti: Le Lion, sa cage et ses ailes (1975-1977).
Pour Paul Carpita: 1. L'artiste absolu (suite).
Pour Bruno Dumont: 1. Bruno Dumont vs Stanley Kubrick.
Pour Jean-Luc Godard: 1. Ceci n'est pas Godard, ou n'est pas biographe qui veut (dernier billet).
Pour Straub et Huillet: 1. Sicilia! (1999).
Pour Frederick Wiseman: 1. Un livre sur Frederick Wiseman, 2011 (MoMA / Gallimard).
Nos notes détaillées sur ses films ne sont plus accessibles en ligne. Nous préparons un ouvrage sur l'œuvre du cinéaste, à paraître, nous l'espérons, en 2012. Demeurent les nouvelles informatives, la documentation, des articles invités et divers entretiens avec le cinéaste.

Tous nos autres dossiers:
Notre delta fertile: ItalianaPour Maximilien VoxLes Goûts Réunis: recettes de cuisine.
Notre cinéma: Un dossier complet: Pour Raphaël Nadjari.
Nos images: Table complète des diaporamas.
Penser par images et par sons: 1. Novembre à New York: l'automne à Manhattan et l'état du chantier du World Trade Center. — 2. Éveline Lavenu complète régulièrement ses albums de croquis, acryliques et gouaches.
Nos fictions: Édits & Inédits: plusieurs textes souvent assez longs, publiés ou non, qu'il convient d'imprimer selon les envies, dont on retrouvera la liste en accueil.

© André Breton: Papillon surréaliste, Musée d'art moderne du centre Georges-Pompidou, tiré de Images de Paris et d'ailleurs.

En librairie



La question juive de Jean-Luc Godard
Pour John Cassavetes
Si vous préférez les commander aux Éditions Le temps qu'il fait,
cliquer ici.