Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 4 novembre 2013

Venise 4. La nuit, de ton nom, 7'32

    
    Il est certain, ajoutais-tu, que, suivant l'autorité des prophètes et la règle de l'Église, on ne doit pas cesser, même pendant la nuit, de chanter les louanges de Dieu, ainsi qu'il est écrit: «Je me suis souvenu, la nuit, de ton nom, Seigneur» et ailleurs: «Au milieu de la nuit, je me levais pour me confesser à toi» c'est-à-dire pour te louer; tandis que les sept autres louanges dont parle le prophète: «Sept fois dans le jour, j'ai chanté ta louange» ne peuvent se chanter que le jour. La première hymne qu'on appelle louange du matin, et dont il est dit dans le même prophète: «Le matin, Seigneur, je méditerai sur toi» doit se célébrer au point du jour, dès que l'aurore ou Lucifer commence à luire.

    La plupart des hymnes portent ces indications. Quand par exemple, il est dit «La nuit, levons-nous et veillons toutes» et ailleurs: «Nous coupons la nuit par un chant» ou «Nous nous levons pour confesser ta gloire, et nous coupons les longueurs de la nuit»; et ailleurs: «La nuit couvre toutes les nuances des choses de la terre» ou «Nous nous levons de notre lit pendant le calme de la nuit» et encore «Nous rompons les longueurs de la nuit par un chant» et autres chants semblables, les hymnes témoignent assez d'elles-mêmes qu'elles sont des hymnes de nuit. De même, les hymnes du matin portent souvent l'indication du moment spécial où elles doivent être chantées. Par exemple, quand il est dit: «Voici que l'ombre de la nuit commence à s'affaiblir» et ailleurs: «Voici que se lève le jour doré» ou bien: «L'aurore commence à éclairer le ciel» ou «L'éclat de l'aurore resplendit» et ailleurs: «L'orient avant-coureur du jour chante la prochaine apparition de la lumière» ou «Lucifer brille dans tout l'éclat de son lever», par ces mots et d'autres de même nature, les hymnes nous apprennent à quels moments elles doivent se chanter; lors donc que nous n'observons pas ces moments, nous les faisons mentir en les chantant. — Octave Gréard, Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse,  Paris Garnier frères, 1859,  pp. 661 et sqq.