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Mal nommer
un objet, c'est ajouter

au malheur de ce monde.

Albert Camus.


vendredi 28 mars 2008

"Fitna", de Geert Wilders



En allant sur Wikipédia à l'entrée qualifiée de site officiel de Fitna par son générique de fin, chacun peut se faire à présent une idée précise du contenu de ce produit, condamné à l'avance, de Geert Wilders. Une version française est disponible sur Dailymotion [25 mai 2009: nos vérifications périodiques nous indiquent que le film a été retiré de Dailymotion. Après recherches, le film est devenu parfaitement invisible sur la toile. Ce qui laisse plus de place à d'autres films ou d'autres sites, dont personne ne parvient à souligner aussi efficacement la hargne. Et qu'on ne rétorque pas que c'est peut-être Geert Wilders qui en a demandé le retrait, ce serait plus grave encore, si c'est possible]. À le voir, ce montage qui se voudrait un film est encore plus inoffensif et banal que la description qu'on peut y lire: des images des attentats les plus marquants (11 septembre, Madrid), diverses archives vues et revues dans des émissions qui nous ont habitués à plus de pugnacité polémique (sur Planète par exemple, ou même tout simplement dans nos journaux télévisés) alternent avec des bouts d'appels de chefs djihadistes, de prêcheurs et gouvernants fanatiques, comme on en a déjà tant entendus, sur Al-Djazira ou ailleurs. Bref, plus de quoi fouetter un chat, comme on dit. Et pourtant, l'ouragan, bien sanglant, lui, se prépare et enfle, et à la source de ce qui pourrait s'abattre, brûler et tuer, la démission préventive de nos gouvernants démocratiques au nom de l'ordre et de la prudence, tandis que nos vigilants Tartuffes nous écraseront de leurs lucidités, sur l'air de "On vous avait prévenus, et malheur à celui par qui le scandale arrive". Ceux-là même dont — depuis leur terrible abandon de Ayyan Hirsi Ali — nous n'attendons plus qu'ils gardent en notre nom les lois et leur esprit, seul ordre qui vaille, nous contraindront-ils à préférer encore une injustice à un désordre, injustices flagrantes et désordres prescrits et orchestrés a priori? L'idéal serait évidemment que les communautés musulmanes ignorent ce pamphlet pour ce qu'il est et laissent les autorités, néerlandaises et autres, à leur lâche panique de principe et à leurs mimétiques soliloques sur "l'offense". En tout état de cause, la seule voie admissible est la libre diffusion de Fitna — comment s'être imaginés une seconde que, de toute façon, nous ne pourrions tous le voir? Ces gouvernants voulaient seulement avoir l'air de n'y être pour rien, et si possible opposés, donner des gages à peu de frais —, puis, pour tous ceux qui y verront à redire, il sera toujours temps de recourir aux tribunaux, étant bien entendu que la médiocrité n'est pas un délit. Tout le reste est tyrannie de la censure, faire-valoir et complice en réalité de nos pires ennemis.

lundi 24 mars 2008

Moments musicaux


Deux nouveaux bijoux de vidéos dans Écouter voir: un magnifique swing dans The Jogger, par le quatuor de flûtes à bec Amsterdam Loeki Stardust Quartett — oublions les quelques inserts d'extérieurs, qui nous privent parfois d'intimité avec ces incroyables musiciens — et une intériorité au contraire inégalée dans l'aria Es ist vollbracht de la Passion selon saint-Jean, Christophe Coin à la viole de gambe, Nikolaüs Harnoncourt à la direction, et l'enfant Jésus Panito Iconomou en prime, aujourd'hui voix de basse.

Lettre 5: printemps 2008


Commençons par notre invité, le photographe Evgen Bavcar présenté chronique précédente, qui, comme tout vrai créateur, questionne et transgresse les limites de son art, ici donc les codes purement visuels.
Nos compagnons ensuite: Philippe Méziat ouvre, avec Disco/graphie, un sujet sur les pochettes illustrées d'anciens disques de jazz et leurs graphistes. Bernard Daguerre et d'autres collaborateurs tirent des Archives du Cheval de Troie leurs notes de lectures (Cervantes, Gadda, La Lumia, Sciascia, Torga).
Le dossier Gadda ajoute à ces notes de lectures trois textes de Gadda: Automne, un poème de 1932, Fuite à Tor di Nona, et son avant-propos à La Connaissance de la douleur; de Hans Magnus Enzensberger, L'Aruspice; de Pier Paolo Pasolini: La pitié pour les choses; et d'un nouveau compagnon, Louis Bernardi: Baroquisme et réalisme sur une miette de Gadda.
Dans
Italiana: Mario Praz:
Grand Tour. David Herbert Lawrence: Verga ou le trésor des humbles, introduction (non publiée alors) à sa traduction anglaise du roman de Giovanni Verga, Mastro-don Gesualdo, 1923; de Vincenzo Consolo, L'Etna se donne en spectacle, sur une éruption de 1971, et Nelson, duc de Bronte, chronique d'un bourg de Sicile sous possession anglaise; de Leonardo Sciascia, une note sur l'Etna, où il commente les intuitions géniales du jeune voyageur Alexis de Tocqueville.
Dans Manhattania: Stanley Bard, qui inventa l'Hôtel Chelsea de New York, explique l'économie à ses actionnaires, dans J'ai quand même fait une œuvre, non?
Dans Liber@ Te: un texte de 1956 d'André Malraux, en guise de leçon à l'archevêque de Cantorbéry qui veut aménager la charia dans la législation britannique; Enfants de l'extermination, qui réfléchit à un caprice d'après-boire de notre Président, sur un sujet trop sérieux; Israël ou l'enjeu du sens; et, sur la bombe iranienne, Mais de qui parle-t-on ici si tard?; une note trop brève sur le mouvement des Internés volontaires (1940-1945); France-USA: d'une présidentielle l'autre, ou les vrais problèmes même s'ils ne sont pas les seuls, avec un texte de John McCain: États-Unis-Europe: "pacte global". Enfin, quelques remarques nécessaires sur la situation autour de Fitna, le montage de Geert Wilders.
Nous y relayons aussi l'appel de la LICRA du 28 février 2008, à propos de Durban 2009:
L'ONU contre les droits de l'homme.

Dans les
Goûts Réunis: la recette de l'akoud ou aakode, tripes au cumin, et les carbonnades des Flandres.

Dans
Images, l'album sur La Hague a été augmenté.
Enfin, dans Écouter voir: le swing du quatuor de flûtes à bec Amsterdam Loeki Stardust Quartett dans The Jogger, et une intense aria de J.S. Bach: Es ist vollbracht dirigée par Nikolaüs Harnoncourt, avec Christophe Coin à la viole de gambe et la voix du jeune Panito Iconomou.

dimanche 23 mars 2008

Evgen Bavcar, photographe absolu




Evgen Bavcar est photographe. Né en Slovénie en 1946, il vit et travaille à Paris. Il a treize ans quand son collège lui décerne un prix, un appareil photo, pour la qualité de ses images. Il revendique à seize ans ses premières vraies œuvres, venues déjà de loin: «À douze ans j'étais amoureux d'une jeune fille qui portait ses cheveux noués en une longue queue de cheval. Je me suis plongé dans sa chevelure et je n'ai depuis jamais trouvé la sortie.»

Après ses études de philosophie et d'esthétique à Paris, il collabore dès 1976 à l'Institut d'Esthétique des Arts contemporains, où il deviendra ingénieur d'étude en 2001. Il est naturalisé français en 1981, et travaille pour le CNRS où il «retrouve cette ouverture où l'on donne la parole à ceux qui peuvent parler beaucoup plus de l'intérieur». Il réalise sa première exposition en avril 1987, à Paris, qui a ouvert à un bel itinéraire européen puis plus largement international. En 1992, il publie
Le voyeur absolu aux éditions du Seuil.

«Je m'intéresse à la photographie non comme technique mais comme idée. Non à l'invention du dix-neuvième siècle de Niepce ou Daguerre mais à ses origines conceptuelles. Pour moi, la première chambre noire est la caverne de Platon. Il faut distinguer le visuel, ce que voient nos yeux, du visible, ce que voit notre esprit. Le sens n'est pas donné seulement par les expériences visuelles, mais aussi par celles invisibles à l'œil. D'ailleurs la science n'aurait pas de sens, sans cela.»

On le verra concrètement dans ce dossier consacré à lui et à ses œuvres par le site Zone/Zero, son projet photographique vise à figurer la lumière intérieure et à «laisser le champ libre aux autres perceptions [pour permettre] une ouverture à de nouvelles interprétations, qui, sous le poids démesuré du “visuel”, ne peuvent se frayer un chemin.»

Cette nécessité de mettre la photographie au service de l'âme et des autres perceptions a fait dire au poète allemand Walter Aue qu'Evgen
Bavcar était le quatrième inventeur de la photographie, après Niepce, Talbot et Daguerre.


lundi 3 mars 2008

Le Cheval de Troie: archives


Notre revue Le Cheval de Troie (1990-1996) continue d'ouvrir ses archives. Après ses documents sur Maximilien Vox (bois ci-contre, 1918) et Carlo Emilio Gadda, nous publions plusieurs textes pour Italiana. Pour commencer, Le Grand Tour de Mario Praz; de David Herbert Lawrence: Verga ou le trésor des humbles, l'introduction qu'il rédigea en 1923 pour sa traduction anglaise du roman de Giovanni Verga Mastro-don Gesualdo, mais qui ne fut finalement publiée qu'en 1936, après sa mort; de Vincenzo Consolo, L'Etna se donne en spectacle, sur une éruption de 1971, et Nelson, duc de Bronte, chronique d'un bourg de Sicile sous possession anglaise; de Leonardo Sciascia, une note sur l'Etna, où il commente les intuitions géniales du jeune voyageur Alexis de Tocqueville.
Tous les anciens abonnés de la revue trouveront ici l'occasion de relire ces beaux textes dans leur édition d'alors, désormais introuvable. Les autres les découvriront ici, pour leur plaisir tout neuf.

Image: © Maximilien Vox, dans Pour Maximilien Vox, 1917.

jeudi 21 février 2008

Mais de qui parle-t-on ici si tard?


Pur jeu de l'esprit, supposons un instant ce drame avéré: l'Iran a la maîtrise de l'arme nucléaire. Peut-on imaginer que, à horizon prévisible, les USA tentent de le désarmer par une intervention militaire, qu'il ne pourra même plus présenter comme "chirurgicale"? Après l'Irak, la façon dont se sont nouées alors les alliances, le désastre politique après la victoire militaire, la réponse est rigoureusement non. Quel pays sera alors si directement menacé, le but explicite de la bombe étant de le rayer de la carte du monde, que, n'ayant plus rien à perdre, il n'aura d'autre solution, au minimum, que lancer des raids destructeurs sur les installations iraniennes? Qui aura la force et les arguments pour lui imposer la "politique de retenue"? Quel État osera alors lui apporter clairement son soutien politique, afin de tenter de modifier les rapports militaires et politiques en présence? L'un de ces États d'Europe, qui auront si lourdement tergiversé, remis à plus tard de véritables sanctions internationales, seules peut-être encore susceptibles d'aider ceux qui, en Iran même et dans le monde arabe, ne sont pas encore convaincus que l'avenir de leurs pays passe par cette volonté d'élimination, si clairement exprimée par certains de leurs dirigeants? Certains de ses ennemis actuels pourraient bien comprendre l'urgence d'un tel renversement d'alliances avant ceux qui se disent ses alliés naturels et historiques. L'Organisation des Moudjahidins du Peuple Iranien, mouvement d'opposition en exil au régime de Téhéran, classée sur la liste des organisations terroristes de l'Union Européenne, révèle ce 20 février (Le Monde, 21 février 2008) que la république Islamique œuvre à la mise au point d'un missile à tête nucléaire, et donne des précisions sur les sites et les responsables concernés. L'AIEA visite et contrôle ailleurs, le Renseignement américain jure que la fabrication des ogives a cessé en 2003. L'OMPI avait d'ailleurs déjà signalé en 2002, lors d'une conférence de presse à Washington, l'emplacement de deux sites nucléaires secrets. Pur jeu de l'esprit, vous dis-je.

© Photographie: Maurice Darmon, Femme de paix à Sderot, tirée de notre diaporama: Gens de là-bas.

lundi 18 février 2008

Israël ou l'enjeu du sens




Le même jour, dans Le Monde du samedi 16 février 2008:
Deux manifestations simultanées à Beyrouth. L'une, emmenée par le Hezbollah, où son leader Hassan Nasrallah a annoncé "le début du compte à rebours de la chute de l'État d'Israël. Le sang d'Imad [un de leurs combattants tué à Damas, en Syrie] éliminera Israël de l'existence [...] L'État juif [est une] entité cancéreuse usurpatrice plantée au cœur de la oumma arabe et musulmane". L'autre manifestation, à la mémoire de l'ancien premier ministre assassiné par les Syriens, Rafic Hariri, a permis à Saad Hariri, l'héritier politique de son père, de déclarer que le pouvoir de Damas était "un pur produit israélien, étranger à l'arabité" façon de tendre la main au Hezbollah, son adversaire local. Il devient anodin, et pas seulement en Iran, de parler de la fin d'Israël, comme d'une évidence. Nous pourrions nous attendre à quelques protestations de la part des pays européens. Peut-être viendront-elles?
En attendant, le même jour, dans le même numéro du Monde, nous apprenons, par la plume de Marek Halter, que — avec le fondateur du Manifesto, Valentino Parlato, mais oublions-le, puisque deux jours après, Le Monde publie sa rétractation en forme d'adulation du peuple élu — le philosophe communiste Gianni Vattimo, invité d'honneur de la Foire Internationale du Livre de Turin et du Salon du Livre de Paris, rejoint par l'écrivain fêté, primé et décoré Edoardo Sanguineti, la scientifique Frederika Hack, Franco Cardini professeur d'histoire médiévale de l'Université de Florence et le célèbre prix Nobel Dario Fo, qu'on ne présente plus — mais oublions-le aussi, puisque ce 28 février, il proteste maintenant de son innocence et accuse tout le monde —, ont appelé à boycotter la littérature israélienne. C'est que, à cette même Foire de Turin, sont invités Amos Oz, Avraham B. Yehoshua et David Grossman, qu'on ne présente pas davantage, et qui se battent tous pour les droits des Palestiniens. Le 16 décembre 2002, le conseil d'administration de l'Université Paris-VI avait déjà adopté une résolution — oublions, là encore, le Président de Paris-VI qui avait ensuite dit qu'il n'y était pour rien — appelant au boycott par l'Union Européenne des universités israéliennes, elles aussi foyers de résistance actifs à la politique du gouvernement israélien et majoritairement acquises à cette même défense des droits de leurs voisins, aux côtés du mouvement La paix maintenant.
On le voit donc: peu importent les camps, peu importent les prises de position, la cause est entendue: Israël doit disparaître, physiquement pour les Barbares, intellectuellement au moins pour les élites cultivées. Et ce n'est pas d'aujourd'hui.
Toujours dans ce même numéro, un troisième article rend compte d'un ouvrage d'histoire: Une si longue présence. Comment le monde arabe a perdu ses juifs (1947-1967), Plon. 900000 en 1945, ils sont 4500 aujourd'hui. Son auteur Nathan Weinstock invite le monde arabe à se confronter à l'expulsion de 99,5 % de ses juifs en vingt ans, et donc à sa propre histoire. Et il rappelle que, déjà en 1982, Ahmed Ben Bella déclarait: "Israël est un véritable cancer greffé sur le monde arabe. Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c'est être. Or nous ne pouvons être que si l'autre n'est pas".

© Photogramme: Jean-Luc Godard,
Histoire(s) du cinéma, IVb (1989-1998).

vendredi 15 février 2008

Enfants de l'extermination



Il est simplement contraire à la démocratie la plus élémentaire de vouloir plier des consciences personnelles et d'organiser les mémoires de l'enfance par une injonction collective, en surprenant des convives au cours d'un banquet corporatiste. C'est pourtant ce que vient de faire le Président de la République en dévoilant sa décision de jumeler chaque enfant de CM2 (neuf à onze ans environ) avec un enfant juif exterminé, un double de soi-assassiné en quelque sorte, et qu'il n'aura aucun moyen, autre que magique, de faire revivre, dans un tête-à-tête solitaire dans lequel les nécessités et les contingences de la vie quotidienne ne tarderont guère à l'abandonner. Tout ceci sans débat longuement et discrètement mûri avec les élus, avec les acteurs concrets de ce geste pédagogique, civique, historique et politique, mais par un brusque et inopiné décret d'après-boire.
Nous pourrions dans un second temps envisager, avec l'analyse psychologique, la validité d'une telle irruption de cette mort et du meurtre insoutenable dans les imaginaires d'une classe d'enfants réels et concrets, avec leurs recours spécifique au langage, au symbolique, à la mémoire justement privés, ou à peu près, de cette réflexive mise à distance, y compris par l'ironie, ce que sait si bien faire l'humour juif justement, acte adulte par excellence. Autre chose serait évidemment d'enrichir et d'encourager tout ce qui, dans nos écoles, confronte déjà nos élèves à une expérience collective et dialoguée entre générations, pour reconstituer ou évoquer, ensemble ou divisés, des vies individuelles, des histoires de sujets, des sujets et des enfants dans l'Histoire, et d'ailleurs aussi dans la géographie, en liaison avec leurs avenirs européens.
Mais, au lieu de s'en tenir à ces deux dimensions — une au fond, car tout démontrerait, mais c'est un autre sujet, que la psychologie de l'enfant est indissociable de la démocratie —, dans cette désertion quotidienne de la démocratie que nous vivons sur tous les fronts, le débat, aussi spectaculaire, que vont ouvrir les prescripteurs d'opinions de tous ordres et de tous bords, va exploiter des émotions collectives plus infantiles encore, et nous précipiter droit dans un piège: nous allons entendre deux autres arguments irrecevables, et dont nous ferions bien, en des occasions moins perverses, d'affronter les pernicieuses racines, que nous résumerons ainsi, pour l'instant:
— "Encore? mais ils nous fatiguent avec leur Shoah!"
— "On ne va pas ouvrir une telle boîte de Pandore en agressant ainsi nos jeunes musulmans dans les écoles! Colère compréhensible, après tout!"
Et c'est sans doute la pire des conséquences de ce geste antidémocratique et totalitaire que de donner à toutes ces lâchetés, peurs et amnésies, l'occasion, belles âmes, de se draper dans les vertus politiques, pédagogiques, et psychologiques, en guise de justification a posteriori.

19 février 2008. En quatre jours, l'injonction présidentielle est devenue "intuition", et appréciation soumise à commission, tant mieux. Faut-il pour autant supprimer cette note? Non, car tirer avant de réfléchir demeure problématique pour quelqu'un appelé à de telles fonctions. Que n'a-t-il au moins consulté son amie et soutien politique Simone Veil avant de parler, elle qui, comme tant d'autres, connaît cet homme depuis toujours pour l'avoir côtoyé au quotidien, et qui déclare, légèrement après coup d'ailleurs: "À la seconde, mon sang s'est glacé". Comme tant d'autres qui savaient d'expérience et savent encore, et que d'exquises connivences auront retenu de clairement mettre en garde leurs concitoyens en temps utile, de les dissuader fermement, au-delà des appartenances partisanes, de porter leur familier ami ou intime adversaire à une responsabilité qui demande d'abord un peu de sang-froid, justement. Inadéquation qui n'échappe guère à nombre d'entre nous, qui le fréquentons pourtant nettement moins.

20 juin 2008.
Le Monde de ce jour annonce la parution prochaine d'une circulaire abandonnant le projet de parrainage, après le rapport (8 pages téléchargeables ici) d'une commission présidée par Hélène Waysbord-Loing (présidente de l'Association de la maison d'Yzieu) et composée de quinze membres, dont Serge Klarsfeld,
Claude Lanzmann et Simone Weil:
"La thématique des enfants victimes constitue l'approche privilégiée pour enseigner l'histoire de la Shoah en classe de cours élémentaire: partir d'un nom, d'un visage, d'un itinéraire, de l'exemple singulier d'une famille dont l'histoire est liée aux lieux proches — l'école, la commune, le département — constitue une approche pédagogique respectueuse de la sensibilité des enfants", indique le projet de circulaire.

samedi 9 février 2008

André Malraux, 3 juin 1956 / L'archevêque de Cantorbéry, 7 février 2008




"C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. À l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’État. Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe. Quand je dis “musulmane”, je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir [auquel il venait alors d'accéder pour la première fois le 14 avril 1956, comme premier ministre, NDLR] qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps… Actuellement, il est trop tard! Les “misérables” ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race. L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution". André Malraux, le 3 juin 1956, transcription sténo par Élisabeth de Miribel, source: Institut Charles de Gaulle. Publié dans Valeurs Actuelles n° 3395, 21 décembre 2001.


L'archevêque de Cantorbéry, qui, du haut de sa réputation de "progressiste" [un prêtre obtient cette cooptation par les autres progressistes de la société civile dès qu'il se prononce en faveur du mariage homosexuel, de l'ordination des femmes, et qu'il a quelques bonnes paroles contre la pauvreté, et pour
Al-Qaîda, qui a "de vrais objectifs moraux"], déclare le 7 février 2008 que l'adoption pour partie de la charia dans la législation britannique est "inévitable", et précise:
"Il est possible de trouver ce qui serait un arrangement constructif avec certains aspects de la loi islamique [le compte-rendu du Monde du 9 février 2008 précise: divorce, garde des enfants, héritage, et donc en clair: répudiation, garde au père des fils, violences conjugales banalisées, dépendance économique des femmes — "Aux mâles portion semblable à celle de deux filles" prescrit la sourate "Les Femmes" — et, en ligne de mire, la légitimation des châtiments corporels et des pratiques mutilantes] comme nous le faisons déjà avec des aspects d'autres lois religieuses" [allusion de mauvaise foi à l'existence en Angleterre de cours d'arbitrage pour juifs orthodoxes, mais sans aucune valeur légale, et silence opportun sur l'existence de telles cours musulmanes à Londres depuis 1982], cet archevêque connaît-il cet homme, Malraux, à qui on a fait souvent dire que le XXIe siècle serait religieux ou ne serait pas? Est-ce donc cela que Malraux voulait dire? Sait-il seulement, cet archevêque, quels hommes, quelles femmes, quels enfants, combien de musulmans et musulmanes, premières et massives victimes résignées, ou en lutte, en Grande-Bretagne et dans toute l'Europe, et dans tous les pays déjà soumis à ces tyrannies, pour avoir droit à une seule loi pour tous, aux libertés de presse, d'opinion, de mœurs familiales et civiles, démocratiques, à l'égalité des femmes, ce leader anglican trahit ainsi, abandonne et condamne à mort aux mains de minorités, agissant ainsi sous nos yeux en toute impunité, et grandissant aujourd'hui au pays de l'habeas corpus avec le fraternel encouragement de son autorité religieuse?

mardi 5 février 2008

Dossier Carlo Emilio Gadda


Le dossier Carlo Emilio Gadda propose:
Trois textes de Gadda lui-même, alors traduits pour
Le Cheval de Troie:
Automne, un poème de 1932, Fuite à Tor di Nona, et son important avant-propos à La Connaissance de la douleur. — Un texte de Hans Magnus Enzensberger, L'Aruspice. — De Pier Paolo Pasolini: La pitié pour les choses. — De Louis Bernardi: Baroquisme et réalisme sur une miette de Gadda. — Diverses notes de lectures sur des œuvres de Gadda: Journal de guerre et de captivité, La Madone des Philosophes, La Mécanique, L'Art d'écrire pour la radio, Les Voyages la mort, Conversation à trois voix, et sur l'ouvrage de Gian Carlo Roscioni: La Disharmonie préétablie, essai sur Gadda. — Enfin, rappelons que l'inédit de Gian Carlo Roscioni lui-même: Sur La Méditation Milanaise, est intégralement accessible dans notre traduction sur ce site, que les aléas du monde éditorial ont malheureusement laissée inédite, jusqu'ici, et donc durablement provisoire.

samedi 2 février 2008

Stanley Bard et l'hôtel Chelsea à New York




Pendant cinquante ans, Stanley Bard a créé une œuvre d'art: l'hôtel Chelsea. C'était un toit, un atelier, un bureau à Manhattan, pour tant d'artistes: Arman, William Burroughs, Charles Bukowski,
Don Cherry, sir Arthur Clarke, Christo, Leonard Cohen, Bob Dylan, Jane Fonda, Milos Forman, Allen Ginsberg, Elliott Gould, Ethan Hawke, Dennis Hopper, Janis Joplin, Jack Kerouac, Willem de Kooning, Stanley Kubrick, Arthur Miller, Nico, Edie Sedgwick, Dylan Thomas, Virgil Thomson, Uma Thurman, Gore Vidal, Tennessee Williams, Thomas Wolfe, Mary Woronov, cent et cent autres. Yves Klein y écrivit en 1961 son texte de référence: Manifeste de l'Hôtel Chelsea. Le Monde-2 du 2 février 2008 nous documente fort bien là-dessus. Aujourd'hui, les actionnaires de l'hôtel ont mis fin à ces façons, selon eux, non rentables. Dans J'ai quand même fait une œuvre, non? un court entretien publié avec ce reportage, Stanley Bard leur donne aussi une leçon d'économie. Retrouvons aussi Stanley Bard nous parler (en anglais, non traduit) de son hôtel, en juin 2007, quand rien de tout cela n'était encore arrivé.

Image: ©
Sam Rohn, 24 février 2009.

vendredi 1 février 2008

Les dévoilements de Recep Tayyp Erdogan



Ainsi la Turquie adopte ces jours-ci une réforme constitutionnelle, destinée à libérer les femmes, dit Recep Tayyip Erdogan, "des préjugés rigides" de l'ancien régime laïque: Les étudiantes pourront désormais se voiler, en attendant le tour des fonctionnaires. Quand, le 24 juillet 2007, l'éditorial du
Monde se félicitait de la victoire de l'AKP:
"La Turquie progresse et se normalise. Un signe ne trompe pas: pour la première fois dans ce pays, les sondages publiés avant les élections législatives du 22 juillet avaient vu juste [...] La vie politique turque est devenue prévisible. Contrairement aux peurs des élites laïques du pays, la nette victoire de l'AKP "ex-islamiste" ne signifie pas qu'il aura les mains libres pour appliquer un quelconque "agenda islamiste caché" , nous nous ébahîmes, dans De Perec à Recep, de ces invraisemblables sophismes, de ces conclusions ravies, et de tous ces guillemets à l'angélisme suspect, tant l'évolution était en effet aisément prévisible, et le demeure.

dimanche 27 janvier 2008

Retour à Madrid 2004



Des observateurs font mine de découvrir l'implantation d'
Al-Qaîda en Espagne et donc en Europe, et de soudain pressentir la confrontation imminente. Opportun de revenir à des réflexions sur la façon dont, en 2004, au lendemain des attentats de Madrid, l'opposition socialiste a pu s'emparer en quelques jours d'un pouvoir qui ne l'attendait pas, par une extraordinaire manipulation d'opinion, avec l'aval des belles âmes européennes. Il était pourtant clair que la démocratie ne pouvait ainsi capituler devant Al-Qaîda, sans l'inviter à s'installer en maître. La réorganisation technique du site permet d'accéder facilement à des articles écrits avant sa création. Parmi eux, la section Islamismes retrouve des textes de 1993 à aujourd'hui et, par exemple, un ensemble sur les attentats de Madrid et leur suite, écrit pendant ce terrible mois de mars 2004.

jeudi 24 janvier 2008

Hier, les chiens



SECDEF DECISIONS. However, I stand for 8-10 hours / A day. Why is stands, limited to 4 hours? D. R. DÉCISIONS SECRET DEFENSE. "Moi je reste bien debout huit à dix heures par jour. Pourquoi limiter les stations debout à quatre heures?" Mémo du Pentagone, paraphé et approuvé par Donald Rumsfeld, alors Secrétaire d'État à la Défense, autorisant de nouvelles méthodes d'interrogatoire à Guantanamo, le 2 décembre 2002 (Le Monde-2, 19 janvier 2008).

mardi 22 janvier 2008

Le Cheval de Troie: Notes de lectures


Au fil des parutions de notre revue Le Cheval de Troie (1990-1996), plusieurs collaborateurs ont rédigé des notes de lecture sur différents ouvrages. Certains de ces auteurs ou sujets ont leur place dans ce site. Nous reprenons donc ces notes, pour compléter les nombreux dossiers correspondants:
— Miguel de Cervantès:
Les travaux de Persille et Sigismonde.
— Carlo Emilio Gadda: voir détails varia ci-dessus (5 février 2008): Dossier Carlo Emilio Gadda. Ou accéder au dossier Gadda.
— Isidoro La Lumia:
L'expulsion des Juifs de Sicile.
— Leonardo Sciascia: Heures d'Espagne.
— Miguel Torga:
Senhor Ventura, Portugal.

samedi 19 janvier 2008

Lettre 4: hiver 2007/2008


Godard et la question juive: Treize documents de JLG; une page de Jacques Mandelbaum (ailleurs, une note sur son livre); de Gérard Wajcman, "Saint Paul" Godard et "Moïse" Lanzmann. Avec Bruno Bettelheim, Primo Levi, Giorgio Agamben, Georges Didi-Huberman, Claude Lanzmann, une synthèse, Filmer après Auschwitz, ordonne l'ensemble de la réflexion sur ce sujet.
Un accueil général Pour Jean-Luc Godard propose textes et informations sur le cinéaste, dont la liste de ses trouvables, y compris sur le site, et introuvables.
Écouter voir retrouve une interview d'Aragon "Sur Godard" du 15 juillet 1965 pour l'ORTF, disponible sur le site de l'INA, et sur Ubuweb, deux films de Guy Debord: Critique de la séparation, 1961 (18') et In girum imus nocte et consumimur igni, 1978 (95').
Par ailleurs, Prénom Marcel, ma première lecture de La Recherche du temps perdu, de Marcel Proust, en 1984.
Dans Les Goûts Réunis, section Desserts: la mousse des mousses, d'après Pierre Hermé, et les dattes farcies; section Viandes: Il Polpettone in salsa verde, en VO uniquement.
Le Cheval de Troie regroupera de nombreux textes repris de notre revue (1990-1997), en rapport avec les intérêts du site. Ainsi des souvenirs sur Carlo Emilio Gadda de Goffredo Parise: L'ingénieur anecdotique et L'Ami titubant rejoignent les articles existants (Jean Giono, Sylvère Monod, Leonardo Sciascia, Maximilien Vox). Ces récits de Parise, des notes de lecture sur les œuvres de Gadda s'ajoutent à l'étude de Gian Carlo Roscioni sur la Méditation Milanaise, dans un dossier: Pour Gadda.
Dans Liber@ Te: Robert Badinter, La prison après la peine; Akram Belkaïd, La Shoah et les faux amis des Palestiniens; Corinne Lepage, l'homélie de notre Président; Taslima Nasreen: Je ne suis plus qu'une voix désincarnée, et Caroline Fourest: Égalité et diversité.
Quant au jazz, retour de Nantes, Philippe Méziat, directeur du Bordeaux Jazz Festival, continue à nous donner de ses nouvelles, de ses archives, et à y réfléchir aussi [désormais sur son site, depuis le 20 mai 2009].
Nouveau compagnon: Bernard Daguerre donne un texte sur Insularités et littérature policière.
Une nouveau dossier, Judaïca, favorisera les recherches dans le site sur le sujet.