Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


samedi 29 janvier 2011

Ceci n'est pas Godard




Dans Ralentir Travaux, sauf en matière de basse politique — mais au fond s'agit-il ici d'autre chose? —, nous ne pratiquons que la critique positive. Jamais facile de dire pourquoi on aime un livre, un film, mais mieux vaut, selon nous, consacrer tout son temps et son énergie à s'y employer. C'est pourquoi, dans le seul intérêt de nos lecteurs, nous serons très brefs: éviter de toute urgence Jean-Luc Godard, Tout est cinéma, la nouvelle biographie sur Jean-Luc Godard, due à Richard Brody, un journaliste du New Yorker et dont c'est la première parution en librairie. Le titre friserait déjà le contresens, pour un ramassis fastidieux de commérages et de ragots que nul ne devrait s'abaisser à commenter, d'invraisemblables et péremptoires procès d'intentions avec l'obsession obscène et réductrice de privatiser les raisons d'être et les contenus des films, jamais l'ombre d'une analyse de ce que le cinéaste a concrètement inventé — lisez donc là-dessus Nul mieux que Godard ou Godard au travail d'Alain Bergala par exemple, ou les écrits de Godard lui-même (1)! —, le tout sur plus de sept cents pages. Mieux vaut garder son temps et son argent pour acquérir et lire — ou lire deux fois — Jean-Luc Godard, biographie d'Antoine De Baecque (Grasset, 2010), déjà signalée, par exemple ici, autrement fouillée et réellement documentaire sur ce demi-siècle de cinéma qu'avec Godard nous traversons (2).

Ne croyons pas que cette appréciation soit le résultat d'une simple passion française, du genre: pas touche à mon cinéaste! D'autres ont démasqué sur place la supercherie, bien avant nous. Il suffit seulement de savoir lire l'anglais, ou de se contenter de la traduction automatique facilement fournie — en deux temps néanmoins — par le service Google, pour prendre la mesure de ce qu'a pu être aussi la réception américaine de cette parution. Et juste envie de suggérer à son auteur, de là où nous sommes et cinquante ans après Michel Poiccard dans À bout de souffle: «Si vous n'aimez pas ralentir, si vous n'aimez pas les travaux, allez vous faire foutre!»

1. Alain Bergala: Nul mieux que Godard, Collection Essais / Cahiers du cinéma, 1999, et si on aime, en plus de l'extraordinaire documentation, les beaux livres d'art, Godard au travail / Les années 60, Cahiers du Cinéma, 2006 — Le même auteur a aussi établi, après celle, collector, de Jean Narboni en 1968 chez Belfond, l'édition en deux tomes des textes du cinéastes Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard, Éditions de l’Étoile / Cahiers du Cinéma, 1985 et Cahiers du Cinéma, 1998.

2. S'agissant de ce que nous appelons notre désir de critique positive, voilà où s'abaisse quelqu'un qui se regarde écrire sur un sujet que n'habite pas l'amour: «Notre Musique est une diatribe ayant l'aspect d'une méditation, une œuvre de préjugés et d'injures déguisée en une calme réflexion, une œuvre venimeuse travestie en mascarade». C'est ainsi qu'
au prétexte fallacieux d'antisémitisme, Richard Brody assassine, page 737, l'un des plus grands films de Jean-Luc Godard (2004), alors qu'avec ses trois protagonistes juifs centraux, un interprète — dresser l'oreille à ce genre de personnages depuis Le Mépris — et deux magnifiques portraits de femmes, il est justement le plus riche et le plus nuancé sur la question.


En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
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© Photogramme: La chinoise (1967) de Jean-Luc Godard.