Mal nommer
un objet, c'est ajouter

au malheur de ce monde.

Albert Camus.


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samedi 13 août 2011

Printemps 2011: Images de Rome




Un diaporama qui n'a d'autre ambition que de raconter un voyage de plus dans Rome, les monuments et les maisons, rentrer à l'intérieur de l'univers du Caravage, se promener sur les plateaux de Cinecittà, la rue où fut tourné Gangs of New York, les décors de tous les péplums du monde, et même une furtive photo volée du fellinien Teatro n° 5, des bribes aussi d'art des rues. Et toujours les origines, Rome plus que jamais ville ouverte à tous ces gens qui la traversent ou qui la peuplent, posant autrement les questions de l'identité nationale. À suivre, forcément.

Voir les cinquante-et-une images du Diaporama.

© Photographie: Tramezzini in piazza Barberini, Rome 2011.


Et toutes nos images:

Paris

vendredi 5 décembre 2008

Charles Matton (1931-2008)




Conseiller de François Truffaut pour
La Mariée était en noir, peintre des toiles dont Charles Denner y est censé être l'auteur, constructeur de décors pour nombre de pièces et par exemple ceux de L'homme du hasard de Yasmina Reza, découvreur de Richard Bohringer dans L'Italien des Roses (1972), sélectionné au festival de Venise, chacun devrait connaître Charles Matton, mort ce 19 novembre 2008. Il aura signé d'autres films: Spermula (1976), La Lumière des étoiles mortes (1993) et Rembrandt (1999), Grand Prix du meilleur scénario.
Il faut aller se promener patiemment sur le site du "fabricant d'images", où il mêle, de façon délibérément figurative — choix qui lui barrera toute route jusqu'en 1983 —, la peinture, le dessin, la sculpture, la vidéo, la photographie, l'écriture ou le cinéma: les plus beaux dessins du monde, les formidables boîtes d'un mètre cube représentant par exemple en trois dimensions
Le grand loft (animé sur la page d'accueil du site), Le bureau de Sigmund Freud, L'atelier de Bacon ou celui de Giacometti, Hommage au café de Flore (l'original est exposé en permanence au Café lui-même), Hall d'hôtel, La chambre d’une femme désordre, ou celle de Paul Bowles à Tanger, Le grenier de Leopold von Sacher Masoch, les boîtes Vampire studios: Armoire à glace, Salle de bains carrelée, ou La chambre d’Anna Freud à Londres, ou encore L'hommage à Proust.
De nombreuses expositions ont rendu justice de son œuvre: au Centre Pompidou en 1989, à Tokyo en 1990, aux États-Unis, à la FIAC en 2000, à
Art Paris en 2006, dans cinq vitrines aussi du Palais Royal dans une Carte blanche offerte par le ministère de la Culture. La Maison Européenne de la Photographie lui a consacré une exposition en 2007, États des lieux.
Son travail a été longuement commenté par Jean Baudrillard comme par Françoise Sagan (1). Il est lui-même l'auteur d'une monographie sur
Rembrandt (1998, J'ai lu) et d'un essai en 2002, avec Alain Finkielkraut et le fort voisin Ernest Pignon-Ernest, Être artiste aujourd'hui, aux éditions du Tricorne.

1. Françoise Sagan, février 1989: Je ne parlerai pas ici de la beauté pure, et du charme violent des photographies, des tableaux et des objets de Charles Matton; je parle d'autre chose, je parle de ce secret dérisoire, cerné et néanmoins chaleureux qu'est notre existence quand nous la voyons à travers les images de Charles Matton, je parle du sacrilège bizarre qu'il nous fait faire en même temps que de cet acte de foi, je parle de l'affection qu'il prodigue visiblement à ceux qui l'entourent et qui nous permet à nous, une fois entouré de ses toiles, de ses objets, de ses reproductions et de ses agrandissements, de supporter mieux cette effroyable désordre, subi au millimètre près, qu'est en général notre existence.

Photographie: © Autoportrait dans le grand atelier, Charles Matton.

dimanche 21 septembre 2008

Éveline Lavenu: bloc de croquis


Éveline Lavenu nous avait déjà donné quelques-unes de ses peintures acryliques sur La Hague et sur Les vaches, et de ses gouaches, sur lesquelles notre compagnon Henri Harismendy avait écrit un bel article, Femmes. Elle complète ses gouaches de neuf nouvelles venues. Nous voici davantage dans l'intimité d'une création qui, dans une vive capture des apparences et une ascèse du trait continu, s'approche mieux chaque jour des mystères de la chair et de la grâce.

Image: © Éveline Lavenu.

vendredi 13 avril 2007

Henri Harismendy: "Femmes d'Éveline Lavenu"




La femme d'Éveline Lavenu n'est pas vraiment la femme-femme ou la femme féminine. Difformités ou visages aux traits fuyants. Mais elle s'avance ou s'étire, dans un mouvement obstiné de présence, de reconnaissance, anti-modèle qui ne renoncerait pas à livrer ses secrets.
Femme archaïque de la gestation qui ramène toute l'humanité à la rondeur de ses flancs; suspendue dans l'attente du plaisir marquée par la mutilation du corps ou la couverture du vêtement, voire la fermeture du geste; prise entre la grossièreté d'un corps et les perfections de la gestuelle érotique. Femmes sans visages comme si seule la silhouette intégrale du corps pouvait traduire l'intégralité de l'identité.
Femmes peut-être callipyges, obèses ou aux mollets trop épais? La féminité ne tient ni à la perfection du pied, ni au galbe des hanches, ni même au rayonnement des traits du visage. Elle doit se laisser découvrir par-delà les codes sociaux trop convenus, mais aussi par-delà le concept qui prétendrait circonscrire son essence. Aux images et aux idées réductrices de la femme, Éveline Lavenu substitue des postures de femmes qui ne se donnent pas à voir comme telles, si tant est qu'une posture n'expose jamais qu'un artifice. Elle ne cherche manifestement pas non plus à reproduire des archétypes, ou elle ne les retrouve que pour les déplacer. La pâte de ses esquisses et de ses glacis allie autant des couleurs chaudes, bleu irénique et vert prometteur et celles, plus sombres, du noir tragique, du marron clair mélancolique, ou du rouge toujours flamboyant. Mais la palette de cette féminité déclinée au pluriel n'est chez elle que l'instrument d'une tension manifeste entre perfection et imperfection, dont semblent animées ces femmes finalement mystérieuses.
Le paradoxe de son univers est celui d'une féminité insaisissable aux seuls contours d'un corps, dont elle casse à souhait toute attente de perfection, mais qui n'est explorable qu'à partir des limites incertaines de ce corps. Là sont la force et le charme de ses tableaux, à mes yeux: la féminité reste à inventer, au sens où sa rencontre ne peut être qu'une découverte exigeante. Sans concession, le peintre récuse ici tout compromis avec les canons de la beauté et de la laideur. Mais à l'inverse d'un Fernando Botero qu'on peut soupçonner de se complaire dans la difformité, Éveline Lavenu parvient à traduire quelque chose de la grâce du féminin qui transcende ces notions communes ou leur opposition passablement dualiste. Elle les renvoie dos à dos. Notre regard est alors projeté vers une intériorité, lisible sur le grain d'une chair ou les contours de formes qu'on serait tenté de décréter trop vite imparfaites ici ou là. À l'heure des clichés surfaits, il fallait que la sensibilité unique et le talent d'une femme nous invitent à oser un nouveau regard sur le féminin.

© Gouache d'
Éveline Lavenu.