Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 28 janvier 2013

Pinar Selek: quinze ans de combat


    «Si on me demande où j'en suis, je réponds que je tiens bon la barre, que j'ai appris à jouer avec les vents qui m'ont d'abord déroutée. Mais je ne peux pas mettre le cap sur le lieu dont je parle, le pays qui me manque.» — Pinar Selek, Loin de chez moi... mais jusqu'où? mars 2012, éditions de l'iXe. 

    Pinar Selek est née en 1971 à Istanbul, d'une pharmacienne et d'un avocat, engagé dans la lutte pour les droits de l'Homme, lui-même fils de Haki Selek, militant révolutionnaire à la fondation du Parti des Travailleurs de Turquie (TIP). Tandis que son père est arrêté et emprisonné durant cinq ans après le coup d'État militaire de 1980, Pinar est scolarisée au lycée Notre-Dame-de-Sion.

    En 1992, elle entreprend des études de sociologie à l'Université d'Istanbul et cofonde l'Atelier des Artistes de Rue, pour étudier principalement des enfants et des divers déshérités et marginaux de la ville: monde de la prostitution, des SDF, des Tziganes, des étudiants, des femmes au foyer. Son important article «Travailler avec ceux qui sont en marge» théorise ses raisons de ne pas écrire sur eux. Jusqu'à son mémoire de 1997 sur et avec les transsexuels et travestis, publiée en 2001 sous le titre: Masques, cavaliers et gonzesses. La rue Ülker: un lieu d'exclusion. Ses études militantes de terrain s'orientent alors vers la question kurde en vue d'un projet d'histoire orale.

    Le 11 juillet 1998, la police l'arrête et la torture pour obtenir les noms des personnes avec qui elle a mené ses entretiens. Devant sa résistance, elle est alors accusée d'avoir participé à l'attentat du 9 juillet 1998 dans le marché aux épices d'Istanbul, qui fit sept morts et plus de cent blessés. Les experts ont beau établir qu'il s'agissait d'une explosion accidentelle d'une bouteille de gaz, la police et la justice s'acharnent désormais sur Pinar. Pendant son emprisonnement jusqu'en décembre 2000, elle écrit des textes, tous confisqués. Elle organise ensuite des mobilisations féminines pour la paix, fonde Amargi, association contre les violences faites aux femmes qui ouvre la première librairie féministe stambouliote et une revue du même nom, dont elle est toujours rédactrice en chef.

    Après son acquittement en 2006 au procès qui établit l'utilisation de la torture et du faux témoignage contre elle, la Cour de cassation fait appel du verdict. Pinar Selek travaille alors sur le militarisme, le nationalisme et les exploitations violentes. En 2008, elle publie Devenir homme en rampant, sur le rôle du service militaire dans la construction de la masculinité.

    Après son second acquittement en 2008, la Cour de cassation fait un nouvel appel qui incite Pinar Selek à s'exiler à Berlin où elle écrit son roman, L'Auberge des passants, publié simultanément en Turquie et en Allemagne en 2011. Après son troisième acquittement et un nouvel appel en cassation, Pinar réside à Strasbourg,  la 12e Cour pénale d’Istanbul vient de la condamner ce 24 janvier à la prison à perpétuité. Elle sera extradée vers la Turquie si la France ne lui accorde pas très bientôt l'asile politique, qu'elle a aussitôt demandé.

    En mars 2012, les éditions iXe ont publié un premier texte en français «Loin de chez moi... mais jusqu'où?» en attendant la prochaine publication de son roman aux éditions Liana Lévi. On peut contacter le ici le collectif de solidarité avec Pinar Selek en France

    © Photographie: Pinar Selek, site de soutien à Pinar Selek.