Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


vendredi 14 décembre 2007

Un 11 comme un autre, dans Alger la blanche



Suite pour un article du 11 avril 2007: Alger la Blanche.
Lire les deux articles dans notre dossier.

Ce n'est pas la colère qui manque pour écrire encore sur ces choses, mais nous retient le sentiment de l'inutilité évidente de se répéter à l'infini. Seulement cela: la pauvreté de la pensée magique qui anime Al-Qaîda Maghreb est telle qu'elle vient de perpétrer, après cet attentat du 11 avril, puis celui du 11 juillet dernier à Lakhdaria (comme en écho à ceux des 11 avril et 11 juillet 2006 à Karachi et Bombay), deux nouveaux attentats à Alger, le 11 décembre 2007 (en Algérie jour anniversaire de la grande manifestation révolutionnaire du 11 décembre 1960 en soutien au FLN), l'un contre la Cour suprême et le Conseil constitutionnel algérien, l'autre contre deux organisations: le Haut-Commissariat aux Réfugiés, et le Programme des Nations-Unies pour le développement, dépendant de l'ONU "siège de l'apostasie internationale" aux termes de son communiqué, qui précise aussi: "Nous annonçons à la nation musulmane la bonne nouvelle: le succès de deux opérations martyres [...] pour défendre la nation de l'islam et humilier les croisés et leurs agents, les esclaves des États-Unis et les fils de France". N'mida Layachi, directeur de Al-Djazair News rappelle que Al-Qaîda-Maghreb "ne cesse" de dénoncer l'ONU comme "l'instrument des juifs qui utilisent les Américains pour faire la guerre aux musulmans" (Le Monde du 13 décembre 2007). Comme l'appel à des attentats en France est désormais présent dans chaque message, et nous souvenant du 11 mars 2004 à Madrid, devrons-nous, comme désormais les Algériens, les premiers et les plus durement frappés, voir chaque mois arriver le 11, avec inquiétude?
Ce 11 décembre est d'ailleurs étrange et fait de ce Monde du 13 décembre 2007 un numéro collector: tandis que, avec l'aval de notre Président actuel et d'un ancien ministre socialiste de la défense, le guide de la révolution libyenne reçoit au Ritz sur bristol vert nombre d'écrivains, d'universitaires, d'académiciens et d'éditeurs français connus, pour leur signer ses œuvres et leur expliquer que sa passion pour les Droits de l'homme a été prouvée par l'exemplaire libération des infirmières, un gros attentat secoue Bagdad, et un général antisyrien se fait assassiner au Liban. Je mélange tout? Sans doute. Mais Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas vont devoir parler et se respecter dans ce contexte, plus confus encore que ne le laissent entrevoir ces coïncidences.

Eugène Delacroix: Femmes d'Alger dans leur appartement (1834).