Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


jeudi 22 mai 2008

Taslima Nasreen, suite

En janvier 2008, nous avions laissé Taslima Nasreen à New Delhi d'où, fin novembre 2007, les services secrets indiens l'avaient exfiltrée pour l'amener dans un lieu tenu secret. Puis, à l'occasion du Prix Simone de Beauvoir, elle avait fait parvenir un texte important: Je ne suis plus qu'une voix désincarnée, Nous apprenons par un article de Frédéric Bobin dans Le Monde du 21 mai 3008 qu'elle était en fait «littéralement assignée à résidence dans un lieu secret, une pauvre chambre où seuls "deux lézards souffreteux" lui tiennent compagnie». Face aux pressions de ses protecteurs d'éviter de blesser les sentiments religieux, elle refuse: «Si la liberté d'expression a un sens, j'ai le droit de blesser les sentiments religieux de certains». Son régime devient alors carcéral, de façon à la décourager au point de l'amener à s'exiler elle-même. Malade, elle finit par s'envoler vers la Suède: «En Occident, je me considère comme debout à un arrêt de bus, attendant le bus qui me ramènera chez moi, dans le sous-continent [indien] où ma vie a un sens», en clair le «combat en faveur des femmes opprimées [...] Je critique toutes les religions, pas spécialement l'islam. Je critique aussi l'hindouisme en raison des discriminations contre les femmes qu'il justifie. Mais il n'y a que les musulmans qui se sentent offensés par mes critiques et me menacent de leurs fatwas. Les autres ne m'attaquent pas. [...] Est-ce que cela signifie qu'il n'y a pas de place pour la critique dans l'islam? Mais comment une société peut-elle évoluer, s'arracher à la stagnation, si elle refuse toute critique?» Comme l'écrit Frédéric Bobin: «Taslima sait que le camp des intellectuels "progressistes", sa famille naturelle, ne la défend que très timidement, voire même la fustige comme irresponsable. On lui reproche d'en faire trop, de verser dans la provocation: "Ces intellectuels me trouvent trop radicale. À leurs yeux, on peut critiquer les fondamentalistes, mais pas l'islam en tant que tel. Or en critiquant le Coran, je franchis la ligne rouge. C'est pourtant ma conviction: le Coran n'est pas bon pour l'humanité et les droits des femmes

Saluons donc la parution en France de
De ma prison, chez Philippe Rey (2008), chronique de ce nouveau bannissement.

À notre connaissance, le seul site tenu régulièrement à jour sur Taslima Nasreen est en anglais: Taslima Nasreen/Nasrin's website.