Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


samedi 21 mai 2011

Pour une femme oubliée




Il nous paraît aujourd'hui essentiel de contribuer à la circulation de ce texte émanant des associations Osez le féminisme, La Barbe, et de nombreuses autres associations.

Sexisme: quand les élites se lâchent, ce sont les femmes qui trinquent. — Depuis une semaine, nous sommes abasourdies par le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques, largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail comme sur les réseaux sociaux. Nous avons eu droit à un florilège de remarques sexistes, du «il n’y a pas mort d’homme» au «troussage de domestique» en passant par «c’est un tort d’aimer les femmes?» ou les commentaires établissant un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent [1].

Nous sommes en colère, révoltées et révoltés, indignées et indignés.

Nous ne savons pas ce qui s’est passé à New York samedi dernier mais nous savons ce qui se passe en France depuis une semaine. Nous assistons à une fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires, si prompt à surgir chez une partie des élites françaises.

Ces propos illustrent l’impunité qui règne dans notre pays quant à l’expression publique d’un sexisme décomplexé. Autant de tolérance ne serait acceptée dans nul autre cas de discrimination.

Ces propos tendent à minimiser la gravité du viol, tendent à en faire une situation aux frontières floues, plus ou moins acceptable, une sorte de dérapage. Ils envoient un message simple aux victimes présentes et futures: «Ne portez pas plainte». Nous le rappelons: le viol est un crime. La tentative de viol est un délit.

Ces propos prouvent à quel point la réalité des violences faites aux femmes est méconnue. De la part d’élites qui prétendent diriger notre société, c’est particulièrement inquiétant. 75000 femmes sont violées chaque année dans notre pays, de toutes catégories sociales, de tous âges. Leur seul point commun est d’être des femmes. Le seul point commun des agresseurs, c’est d’être des hommes.

Enfin, ces propos font apparaître une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes. Les actes violents, viol, tentative de viol, harcèlement sont la marque d’une volonté de domination des hommes sur le corps des femmes. Faire ce parallèle est dangereux et malhonnête: il ouvre la voix aux partisans d’un retour à l’ordre moral qui freine l’émancipation des femmes et des hommes.

Les personnalités publiques qui véhiculent des stéréotypes qu’on croyait d’un autre siècle insultent toutes les femmes ainsi que toutes celles et ceux qui tiennent à la dignité humaine et luttent au quotidien pour faire avancer l’égalité femmes – hommes.

On peut apporter ici sa signature
et rejoindre ici le réseau de l'association.

1. Ces mots sont respectivement de Jack Lang et de Jean-François Kahn, qui lui au moins l'a bientôt profondément regretté
, et même si la question n'est pas de savoir qui a dit quoi, mais plutôt: «Que nous est-il donné d'entendre en France en 2011?» et qui, après coup, a terrifié Jean-François Kahn lui-même. Sans parler de l'invocation de l'Affaire Dreyfus par Jean-Pierre Chevènement, tentant, avec toute la lucidité d'un autre Ministre de l'Éducation nationale, d'amalgamer une trop ordinaire affaire de mœurs avec un véritable complot d'État à ressort antisémite. Comme quoi les mauvaises causes se rejoignent souvent.

1er juin: quinze jours après son bon mot, l'ancien ministre de la Culture et de l'Éducation nationale persiste et signe, puisque, selon ses mots mêmes: «la libération provisoire sous caution est généralement accordée sauf homicide. Autrement dit, selon une vieille formule française, sauf mort d'homme». Quinze jours pour que l'ancien professeur de droit trouve cette explication, imparable en effet.

Quant a la comparaison avec l'affaire Dreyfus, l'ancien ministre de la Défense et chef des Armées n'y est pas encore revenu. Patience, l'intelligence a tout son temps (NDLR).

© Femme à barbe, by Anna Blume.