Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 4 juin 2012

L'ordre nouveau de l'Europe



Après tant de signes de l'installation de la droite et du populisme en Europe, l'écrasante victoire au printemps 2010 du Fidesz - Union civique hongroise a assumé au premier ministre Viktor Orbán une confortable majorité des deux tiers au Parlement. Nous avions déjà relaté ici, le 26 décembre 2010, comment les médias avaient été mis au pas par un Conseil des Médias et l’unique radio d’opposition Klubradio interdite, à la veille de l'accession de la République de Hongrie à la présidence tournante de l'Union Européenne.

Le 1er janvier 2012, la nouvelle constitution est entrée en vigueur. Constitutionnellement donc, la Hongrie n'est plus une République, Dieu bénit l'homme hongrois, et les dirigeants du Parti socialiste sont rétroactivement responsables des crimes communistes. Les élections se tiendront à un seul tour et les voix des non-élus seront reportées sur les listes arrivées en tête. Les mandats de l'appareil d'État sont aux mains des hommes d'Orbán pour neuf ou douze ans, histoire de se prémunir durablement contre tout éventuel nouveau gouvernement. Les nominations essentielles au fonctionnement de la Banque Centrale sont désormais à la discrétion des actuels gouvernants. Il va sans dire que l'embryon est un être humain dès le début de la grossesse et que tout mariage homosexuel est exclu. Quant aux sans-abri, ils sont désormais passibles de prison. Sur le plan international, l'unité de la grande nation hongroise englobant presque trois millions de Magyars voisins (Roumanie, Slovaquie, Serbie, Ukraine, Autriche, Croatie et Slovénie) est affirmée par le droit de vote accordé à tout «Hongrois d'origine».

Fin avril, la place de la Liberté de Gyömrö (aéroport de Budapest) a été rebaptisée place Miklos Horthy. Régent du royaume de Hongrie de 1920 à 1944, cet amiral (1868-1957) fut l'allié empressé d'Adolf Hitler qu'il n'abandonna qu'à l'arrivée des Soviétiques, non sans avoir joué sa partie en 1941 dans l'instigation des lois antisémites. Des fonds sont actuellement récoltés par L'Ordre des Braves qu'il avait créé pour décorer les combattants de la première guerre mondiale et qui fut réactivé en 1992, afin d'ériger une statue équestre, sur l'initiative de l'extrême-droite, avec l'appui des leaders du Fidesz - Union civique hongroise. Une statue existe déjà à Kereki, où un avocat qui avait eu l'audace de la maculer a manqué se faire lyncher à Budapest. Dans une université c'est une plaque qui est apposée en présence de l'évêque Gusztav Bölcsket, chef de l'Église réformée hongroise. Dans les lycées, des écrivains et auteurs antisémites sont inscrits aux programmes d'études.

Des dizaines de milliers de Hongrois manifestent. Les instances européennes, les candidats en campagne, les présidents— anciens et nouveaux — des gouvernements démocratiques se taisent. Tandis que Viktor Orbán est le vice-président du PPE, le plus grand parti du centre droit au Parlement Européen, l'Europe des marchés déverse plusieurs milliards d'euros pour retarder la faillite de la Hongrie qui ne manquera pas d'entraîner une grave crise dans les banques allemandes et autrichiennes.

© Dessin: auteur inconnu, tous droits réservés.