Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


mardi 8 juillet 2008

Edward W. Saïd, l'intelligence



En ces temps réducteurs où les idées ne valent que selon qui les énonce ou selon les services qu'elles rendent dans l'échiquier idéologique, blanches ou noires au gré des alliances; où, contraints à ne plus porter qu'une cause, des hommes et des femmes perdent tout être, la figure d'Edward W. Saïd (1935-2003) émerge à nouveau, avec la publication de
Réflexions sur l'exil (Actes-Sud, 2008). Dans cette cinquantaine d'essais (1967-1999), Edward W. Saïd parle, certes, de son itinéraire, de Jérusalem à New York, n'oublie jamais qu'il est, comme tant d'autres avant lui, un de ces exilés privilégiés pour qui l'éloignement forcé et l'intégration au cosmopolitisme new-yorkais permirent d'être pleinement un intellectuel; il sait que sa raison d'être principale est du côté de la Palestine, et c'est même pourquoi il réfléchit tout autant sur la littérature, l'histoire, la philosophie, la musique: on connaît son engagement auprès de Daniel Barenboïm pour la création de l'orchestre israélo-palestinien West-Eastern Diwan Orchestra. Avant de nous plaindre une fois de plus sur ses approximations à propos de l'orientalisme, ou de vouloir le dépasser — ce qui est le destin des seuls grands, les autres étant tout bonnement oubliés —, commençons donc par refaire connaissance avec cet homme grâce à cette recension de Tzvetan Todorov: Edward Saïd, le spectateur exilé, parue dans Le Monde des Livres du 16 mai 2008, pour nous plonger ensuite dans le livre lui-même.