Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


vendredi 28 mars 2008

"Fitna", de Geert Wilders



En allant sur Wikipédia à l'entrée qualifiée de site officiel de Fitna par son générique de fin, chacun peut se faire à présent une idée précise du contenu de ce produit, condamné à l'avance, de Geert Wilders. Une version française est disponible sur Dailymotion [25 mai 2009: nos vérifications périodiques nous indiquent que le film a été retiré de Dailymotion. Après recherches, le film est devenu parfaitement invisible sur la toile. Ce qui laisse plus de place à d'autres films ou d'autres sites, dont personne ne parvient à souligner aussi efficacement la hargne. Et qu'on ne rétorque pas que c'est peut-être Geert Wilders qui en a demandé le retrait, ce serait plus grave encore, si c'est possible]. À le voir, ce montage qui se voudrait un film est encore plus inoffensif et banal que la description qu'on peut y lire: des images des attentats les plus marquants (11 septembre, Madrid), diverses archives vues et revues dans des émissions qui nous ont habitués à plus de pugnacité polémique (sur Planète par exemple, ou même tout simplement dans nos journaux télévisés) alternent avec des bouts d'appels de chefs djihadistes, de prêcheurs et gouvernants fanatiques, comme on en a déjà tant entendus, sur Al-Djazira ou ailleurs. Bref, plus de quoi fouetter un chat, comme on dit. Et pourtant, l'ouragan, bien sanglant, lui, se prépare et enfle, et à la source de ce qui pourrait s'abattre, brûler et tuer, la démission préventive de nos gouvernants démocratiques au nom de l'ordre et de la prudence, tandis que nos vigilants Tartuffes nous écraseront de leurs lucidités, sur l'air de "On vous avait prévenus, et malheur à celui par qui le scandale arrive". Ceux-là même dont — depuis leur terrible abandon de Ayyan Hirsi Ali — nous n'attendons plus qu'ils gardent en notre nom les lois et leur esprit, seul ordre qui vaille, nous contraindront-ils à préférer encore une injustice à un désordre, injustices flagrantes et désordres prescrits et orchestrés a priori? L'idéal serait évidemment que les communautés musulmanes ignorent ce pamphlet pour ce qu'il est et laissent les autorités, néerlandaises et autres, à leur lâche panique de principe et à leurs mimétiques soliloques sur "l'offense". En tout état de cause, la seule voie admissible est la libre diffusion de Fitna — comment s'être imaginés une seconde que, de toute façon, nous ne pourrions tous le voir? Ces gouvernants voulaient seulement avoir l'air de n'y être pour rien, et si possible opposés, donner des gages à peu de frais —, puis, pour tous ceux qui y verront à redire, il sera toujours temps de recourir aux tribunaux, étant bien entendu que la médiocrité n'est pas un délit. Tout le reste est tyrannie de la censure, faire-valoir et complice en réalité de nos pires ennemis.

lundi 24 mars 2008

Moments musicaux


Deux nouveaux bijoux de vidéos dans Écouter voir: un magnifique swing dans The Jogger, par le quatuor de flûtes à bec Amsterdam Loeki Stardust Quartett — oublions les quelques inserts d'extérieurs, qui nous privent parfois d'intimité avec ces incroyables musiciens — et une intériorité au contraire inégalée dans l'aria Es ist vollbracht de la Passion selon saint-Jean, Christophe Coin à la viole de gambe, Nikolaüs Harnoncourt à la direction, et l'enfant Jésus Panito Iconomou en prime, aujourd'hui voix de basse.

Lettre 5: printemps 2008


Commençons par notre invité, le photographe Evgen Bavcar présenté chronique précédente, qui, comme tout vrai créateur, questionne et transgresse les limites de son art, ici donc les codes purement visuels.
Nos compagnons ensuite: Philippe Méziat ouvre, avec Disco/graphie, un sujet sur les pochettes illustrées d'anciens disques de jazz et leurs graphistes. Bernard Daguerre et d'autres collaborateurs tirent des Archives du Cheval de Troie leurs notes de lectures (Cervantes, Gadda, La Lumia, Sciascia, Torga).
Le dossier Gadda ajoute à ces notes de lectures trois textes de Gadda: Automne, un poème de 1932, Fuite à Tor di Nona, et son avant-propos à La Connaissance de la douleur; de Hans Magnus Enzensberger, L'Aruspice; de Pier Paolo Pasolini: La pitié pour les choses; et d'un nouveau compagnon, Louis Bernardi: Baroquisme et réalisme sur une miette de Gadda.
Dans
Italiana: Mario Praz:
Grand Tour. David Herbert Lawrence: Verga ou le trésor des humbles, introduction (non publiée alors) à sa traduction anglaise du roman de Giovanni Verga, Mastro-don Gesualdo, 1923; de Vincenzo Consolo, L'Etna se donne en spectacle, sur une éruption de 1971, et Nelson, duc de Bronte, chronique d'un bourg de Sicile sous possession anglaise; de Leonardo Sciascia, une note sur l'Etna, où il commente les intuitions géniales du jeune voyageur Alexis de Tocqueville.
Dans Manhattania: Stanley Bard, qui inventa l'Hôtel Chelsea de New York, explique l'économie à ses actionnaires, dans J'ai quand même fait une œuvre, non?
Dans Liber@ Te: un texte de 1956 d'André Malraux, en guise de leçon à l'archevêque de Cantorbéry qui veut aménager la charia dans la législation britannique; Enfants de l'extermination, qui réfléchit à un caprice d'après-boire de notre Président, sur un sujet trop sérieux; Israël ou l'enjeu du sens; et, sur la bombe iranienne, Mais de qui parle-t-on ici si tard?; une note trop brève sur le mouvement des Internés volontaires (1940-1945); France-USA: d'une présidentielle l'autre, ou les vrais problèmes même s'ils ne sont pas les seuls, avec un texte de John McCain: États-Unis-Europe: "pacte global". Enfin, quelques remarques nécessaires sur la situation autour de Fitna, le montage de Geert Wilders.
Nous y relayons aussi l'appel de la LICRA du 28 février 2008, à propos de Durban 2009:
L'ONU contre les droits de l'homme.

Dans les
Goûts Réunis: la recette de l'akoud ou aakode, tripes au cumin, et les carbonnades des Flandres.

Dans
Images, l'album sur La Hague a été augmenté.
Enfin, dans Écouter voir: le swing du quatuor de flûtes à bec Amsterdam Loeki Stardust Quartett dans The Jogger, et une intense aria de J.S. Bach: Es ist vollbracht dirigée par Nikolaüs Harnoncourt, avec Christophe Coin à la viole de gambe et la voix du jeune Panito Iconomou.

dimanche 23 mars 2008

Evgen Bavcar, photographe absolu




Evgen Bavcar est photographe. Né en Slovénie en 1946, il vit et travaille à Paris. Il a treize ans quand son collège lui décerne un prix, un appareil photo, pour la qualité de ses images. Il revendique à seize ans ses premières vraies œuvres, venues déjà de loin: «À douze ans j'étais amoureux d'une jeune fille qui portait ses cheveux noués en une longue queue de cheval. Je me suis plongé dans sa chevelure et je n'ai depuis jamais trouvé la sortie.»

Après ses études de philosophie et d'esthétique à Paris, il collabore dès 1976 à l'Institut d'Esthétique des Arts contemporains, où il deviendra ingénieur d'étude en 2001. Il est naturalisé français en 1981, et travaille pour le CNRS où il «retrouve cette ouverture où l'on donne la parole à ceux qui peuvent parler beaucoup plus de l'intérieur». Il réalise sa première exposition en avril 1987, à Paris, qui a ouvert à un bel itinéraire européen puis plus largement international. En 1992, il publie
Le voyeur absolu aux éditions du Seuil.

«Je m'intéresse à la photographie non comme technique mais comme idée. Non à l'invention du dix-neuvième siècle de Niepce ou Daguerre mais à ses origines conceptuelles. Pour moi, la première chambre noire est la caverne de Platon. Il faut distinguer le visuel, ce que voient nos yeux, du visible, ce que voit notre esprit. Le sens n'est pas donné seulement par les expériences visuelles, mais aussi par celles invisibles à l'œil. D'ailleurs la science n'aurait pas de sens, sans cela.»

On le verra concrètement dans ce dossier consacré à lui et à ses œuvres par le site Zone/Zero, son projet photographique vise à figurer la lumière intérieure et à «laisser le champ libre aux autres perceptions [pour permettre] une ouverture à de nouvelles interprétations, qui, sous le poids démesuré du “visuel”, ne peuvent se frayer un chemin.»

Cette nécessité de mettre la photographie au service de l'âme et des autres perceptions a fait dire au poète allemand Walter Aue qu'Evgen
Bavcar était le quatrième inventeur de la photographie, après Niepce, Talbot et Daguerre.


lundi 3 mars 2008

Le Cheval de Troie: archives


Notre revue Le Cheval de Troie (1990-1996) continue d'ouvrir ses archives. Après ses documents sur Maximilien Vox (bois ci-contre, 1918) et Carlo Emilio Gadda, nous publions plusieurs textes pour Italiana. Pour commencer, Le Grand Tour de Mario Praz; de David Herbert Lawrence: Verga ou le trésor des humbles, l'introduction qu'il rédigea en 1923 pour sa traduction anglaise du roman de Giovanni Verga Mastro-don Gesualdo, mais qui ne fut finalement publiée qu'en 1936, après sa mort; de Vincenzo Consolo, L'Etna se donne en spectacle, sur une éruption de 1971, et Nelson, duc de Bronte, chronique d'un bourg de Sicile sous possession anglaise; de Leonardo Sciascia, une note sur l'Etna, où il commente les intuitions géniales du jeune voyageur Alexis de Tocqueville.
Tous les anciens abonnés de la revue trouveront ici l'occasion de relire ces beaux textes dans leur édition d'alors, désormais introuvable. Les autres les découvriront ici, pour leur plaisir tout neuf.

Image: © Maximilien Vox, dans Pour Maximilien Vox, 1917.