Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 4 août 2008

Fethi Benslama, une proximité



Un lien de circonstance, mais singulier et nécessaire, m'unit à Fethi Benslama. Nous nous sommes connus en 1989, quand la chute du Mur nous fit entrer dans cet extraordinaire entre-deux siècles qui prit fin le 11 septembre 2001. Je préparais mon premier numéro du
Cheval de Troie, revue des cultures et littératures méditerranéennes. Fethi Benslama fondait sa revue
Les cahiers Intersignes, dont le projet demeure de traiter de la psychanalyse à l'épreuve de l'I/islam, pour évoquer le titre de l'un de ses ouvrages. Il contribua même à notre revue par un bel article pour notre numéro 3 consacré à Moïse et, pour l'anecdote, nous partageâmes un stand au premier salon de la Revue qui se tint à l'École des Beaux-Arts. Bref, nous étions appelés à nous connaître, justement en ces années-là.
Présenter Fethi Benslama, l'homme et son œuvre, outrepasserait les limites de cette note. Mentionnons que, en 2004, il initia le Manifeste des libertés, dont le but est de fédérer les forces laïques créatrices à l'intérieur du monde musulman. Dans le mouvement, est né un site du même nom, qui continue au quotidien à donner parole et vie à nos frères et sœurs exposés, isolés, en danger. Ainsi, ce site a pu, à sa façon, traiter par exemple de l'affaire Redeker, des caricatures danoises, de la condition des femmes, des libertés de conscience et de culte, de toutes les censures, de la fondation d'une Université des libertés, de problèmes autour de la clinique en psychanalyse, (sujet que sa profession l'amène à approfondir sous des angles inédits, en particulier dans les sens que prennent la parole et les symptômes chez les gens déplacés ou en exil), ou encore des réflexions sur l'histoire et la manière de l'écrire. Et lisons un entretien qu'il donna à Conférences & débats, l'agenda du savoir et des idées, à propos de son ouvrage Déclaration d'insoumission à l'usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005), dont le Manifeste des libertés évoqué ci-dessus est une première version.
C'est par lui et par ses semblables que passe, comme dirait
Leonardo Sciascia, notre future mémoire. Si la mémoire a un futur.


© Photographie: Ruines de Carthage. Auteur non identifié, domaine public.