Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


vendredi 1 août 2008

Il y a toujours un côté d'humour à l'ombre



Pour Philippe Val,
Charlie Hebdo et quelques principes. — De Siné, nous voudrions rappeler quelques fulgurances passées, que ni ses menaces, ni ses rodomontades, ni son agitation médiatique ne parviendront à effacer. En 1982, quelques jours après l'attentat de la rue des Rosiers, Siné déclarait sur les ondes de la radio Carbone 14: "Je suis antisémite et je n'ai plus peur de l'avouer, je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs... je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s'il est propalestinien. Qu'ils meurent!"
Le 2 juillet 1997, Siné écrivait à propos de la Gay Pride: "Loin d'être un empêcheur d'enculer en rond, je dois avouer que les gousses et les fiottes qui clament à tue-tête leur fierté d'en être me hérissent un peu les poils du cul... Libé nous révèle leurs chanteuses favorites: Madonna, Sheila et Dalida... On ne peut que tirer la chasse devant un tel goût de chiottes probablement dû au fait que c'est l'un de leurs lieux de plaisir préférés."
Le 8 octobre 1997, Siné écrivait à propos de la communauté harkie: "Traîtres à leur patrie, ils ne méritent que le mépris!... Quant aux enfants de ces harkis, les pauvres, ils n'ont guère le choix! Soit 1) ils en sont fiers ou 2) ils en ont honte. Dans le premier cas, qu'ils crèvent! Dans le second, qu'ils patientent jusqu'à ce qu'ils deviennent orphelins!"
Le 2 juillet 2008, enfin, il y eut cette fameuse phrase sur la prétendue conversion de Jean Sarkozy au judaïsme afin d'épouser "sa fiancée juive", cela étant supposé lui permettre de "faire du chemin dans la vie".
Las de ces dérapages, Philippe Val et sa rédaction ont condamné ces propos, comme ils avaient condamné les précédents, et ont réclamé à leur auteur des excuses. Celui-ci s'y est refusé et le voilà, au terme d'un invraisemblable retournement de situation, métamorphosé en martyr d'une liberté d'expression qui, si les mots ont un sens, consisterait donc à pouvoir librement tenir des propos homophobes, antisémites et racistes.
Certains ont pétitionné et pris position en faveur d'un homme qui n'en est pas à son coup d'essai en matière de dérapage. Une partie de la presse, en particulier sur Internet, a préféré imaginer que ce sont de sombres complots qui ont conduit à l'éviction de Siné. Entre autres outrances, nous avons été attristés de voir Plantu dans L'Express se distinguer en croquant Philippe Val en nazi. Pourquoi ne pas admettre l'évidence — à savoir qu'une fois de trop, Siné venait de franchir la barrière qui sépare l'humour de l'insulte et la caricature de la haine?
Pour notre part, nous ne pouvons supporter de voir le démocrate, le défenseur et le garant des principes traité comme s'il était l'agresseur et le coupable. C'est pourquoi nous entendons apporter notre entier soutien à Philippe Val et à la rédaction de Charlie Hebdo pour la constance de leur engagement contre le racisme, l'antisémitisme et toutes les formes de discrimination. Lorsque la raison aura repris ses droits, quand on acceptera de lire et entendre, vraiment lire et entendre, ce qu'a écrit et dit Siné depuis trente ans, alors chacun pourra constater que le seul tort de Philippe Val aura été de ne plus supporter ce qui, en réalité, n'était plus supportable depuis longtemps.

Alexandre Adler (historien); Élisabeth Badinter (philosophe); Robert Badinter (sénateur); Pascal Bruckner (écrivain et philosophe); Hélène Cixous; Bertrand Delanoë (maire de Paris); Jean-Claude Gayssot (vice-président de la région Languedoc-Roussillon); Blandine Kriegel (philosophe); Claude Lanzmann (cinéaste); Daniel Leconte; Pierre Lescure (directeur du Théâtre Marigny); Bernard-Henri Lévy; Daniel Mesguich (directeur du Conservatoire national supérieur d'art dramatique); Ariane Mnouchkine (metteur en scène); Élisabeth Roudinesco (historienne); Joann Sfar (dessinateur); Dominique Sopo (président de SOS-racisme); Fred Vargas (écrivain); Dominique Voynet (sénatrice); Élie Wiesel (Prix Nobel de la paix).

PS. L'image du rat, ci-dessus (cliquer sur elle pour l'agrandir), renvoie à notre petit montage visuel, inaugural du site, sur un emballage, celui du raticide Kapo. Quelques lignes aussi préparatoires à ce montage dans le dossier Pour Jean-Luc Godard pour des raisons explicitées ici: Kapo et ses textes, en date des 10 mars-3 juillet 2003. Au-delà de la médiocrité du ou des personnages concernés, ce fait divers (comme d'autres évoqués sur notre site: par exemple, parmi tant d'autres, La vierge de Lille, Fitna, L'Arche de Zoé), ne vaut que parce qu'il est dépassé par sa signification profonde: il ne sera présent sur ce site que tant qu'il continuera à procurer matière à réflexion, à nous paraître, lié à d'autres, conserver valeur de symptôme ou d'exemple.

PS. Signalons la proche sortie en avril 2011 de notre essai "Filmer après Auschwitz / La question juive de Jean-Luc Godard", aux éditions Le Temps qu'il fait.


Image: © tiré du montage Kapo, Maurice Darmon. Et autres Images.