Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


samedi 11 octobre 2008

The mess stops here: le bordel s'arrête ici




Crises géopolitiques au Moyen-Orient, en Europe orientale, en Asie et sans doute bientôt au Groenland; crise économique désormais ouverte et évidente et comme enjeu le
leadership pour l'économie dominante mondiale entre pays démocratiques et dictatures dont le mélange inédit avec le capitalisme sera terrible; crises idéologiques et politiques donc présentes et imminentes; crise morale et intellectuelle enfin, engagée depuis 1968, dont l'événement majeur est sans doute l'invasion de la Tchécoslovaquie, coup d'envoi de la grande redistribution qui s'affirme avec la chute du Mur, se radicalise avec le 11 septembre et ses infinies conséquences, se prolonge et s'amplifie aujourd'hui dans la difficile construction d'un Occident européen face à la reconstitution d'un Empire en Europe de l'Est, bientôt prêt à traiter un partage avec les nouveaux maîtres de l'Orient, Asie et terres d'islam conjointes.
C'est la superposition, la simultanéité, l'enchevêtrement, — qu'on choisisse le terme qu'on voudra, ils se valent tous ici — de ces crises qui constitue donc notre crise globale. De plus (si j'ose dire, car c'est sans doute le fond de la scène), cette crise globale éclate de façon enfin indéniable sur un horizon délimité par l'urgence de la mutation galopante de l'écosystème planétaire: modifications climatiques, raréfaction des énergies vitales (nourriture, air et eau) et des matières premières et énergétiques, pollutions exponentielles diverses, bouleversements des cartes de la biodiversité, de la santé, l'inventaire ne peut en la matière prétendre à l'exhaustivité.
Nous l'écrivions naguère
(22 novembre 2006) et nous y sommes souvent revenu depuis: nos responsables et mandatés politiques, nos candidats aux diverses élections majeures nationales ou d'ailleurs, nos comportements individuels et sociaux, voire simplement électoraux, n'intégraient guère jusqu'ici ces urgences. Nous aurions grand tort de penser encore une fois que, sous le prétexte que les Bourses les reflètent, les déflagrations en cours sont l'affaire (!) des acteurs cupides qui les animent ou a contrario des populistes révolutionnaristes qui tonnent contre, et qui, ceux-ci comme ceux-là, une fois le symptôme masqué, retourneront comme un seul homme à leurs fonds de commerce. La grande chance que le présent nous offre est de nous contraindre — nous et nos représentants, nos élus et gouvernants et nos moyens d'information et de réflexion, bref nous et nos maîtres à penser économiques, politiques, idéologiques, moraux et intellectuels — à nous projeter, nous impliquer concrètement dans ce qui va être le monde de tout à l'heure. Ils sont déjà nés, ils sont déjà à l'école, peut-être même déjà dans les Universités et les lieux de travail et de production, ceux qui, c'est le mieux que nous puissions espérer pour eux, se confronteront à la nécessaire reconstruction qui succèdera bientôt à l'actuelle Première Guerre Civile Mondiale.

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