Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


samedi 20 août 2011

Un jeudi noir pour la paix au Proche-Orient



Les attentats par le Hamas sur la ville israélienne d'Eilat ne se sont pas passés ce jeudi 18 août par hasard ou coïncidence. Le gouvernement israélien est actuellement ébranlé par une crise intérieure économique et sociale d'une profondeur inédite, et qui ne se développera politiquement que si les masses citoyennes en mouvement prennent pleinement en conscience le lien entre leurs luttes et la poursuite des colonies et l'occupation en Cisjordanie. Les forces de paix et de progrès en Israël et l'Autorité palestinienne, et donc Israël et le futur État de Palestine, ont intérêt à une telle évolution.

Par ailleurs, voilà cinq mois qu'en Syrie, le pouvoir tue, torture et emprisonne tout son peuple, et canonne à présent un camp palestinien sur son sol, avec la bienveillance renouvelée des gouvernements russe, chinois, indien et brésilien, et surtout le soutien actif de l'usurpateur iranien et de son régime, qui entretient de la même façon la dictature du Hamas dans la bande de Gaza, d'où sont partis les attentats. Or, le jour même des attentats d'Eilat, et pour la première fois de façon claire, les gouvernements américain, français, allemand et anglais se sont prononcés conjointement pour le départ du dictateur syrien. Le Hamas et la Syrie: le maître iranien ne peut imaginer perdre ses deux bases militaires et politiques dans le conflit du Moyen-Orient.

Enfin, cinq jours avant les attentats, le 13 août, le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Malki a précisé à l'AFP que le gouvernement palestinien présenterait la demande de pleine adhésion d'un État de Palestine à l'ONU le 20 septembre prochain. Quelles que soient les opinions qu'on peut avoir sur cette démarche de l'Autorité palestinienne, il est néanmoins sûr que ces attentats ne l'aident pas précisément.

Ces attentats, et les inévitables représailles sur lesquelles leurs instigateurs peuvent tranquillement compter, n'ont pas pu se faire sans l'engagement actif de ceux qui y ont intérêt. Ils ont donc pour but de stopper ou de dévoyer la nature profondément démocratique du mouvement de protestation israélien qui pourrait imposer un tout autre cours à son gouvernement, ce dont ni le pouvoir iranien, ni donc la Syrie actuelle ni le Hamas, ne veulent; d'affaiblir la lutte du peuple syrien contre l'oppresseur qui se dit leur gouvernement; de gêner les évolutions américaine et européenne en cours; de contribuer, après les coups d'arrêt donnés par le sanguinaire poète libyen et le stratège syrien, à réduire à néant toute possibilité de démocratisation de l'ensemble du monde arabe; et de s'opposer aux initiatives de l'Autorité palestinienne. Au profit de l'extrême-droite israélienne qui peut ainsi compter sur la terreur pour vider rues et places de ses manifestants; des forces islamistes et militaires qui montrent de quoi elles sont capables en Tunisie et en Égypte; du Hamas ennemi juré de l'Autorité palestinienne et de la répression syrienne et iranienne. C'est aussi ce qui s'est passé ce jeudi noir. En dépit des gens spoliés et persécutés dans leur vie quotidienne, des milliers de morts, mais aussi des dizaines de milliers de prisonniers et de torturés.

© Photographie: Maurice Darmon. Jérusalem, la vieille ville, Gens de là-bas, novembre 2009.