Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 14 novembre 2011

Quinze jours de l'automne européen




Ainsi, ce que n'ont pu vraiment obtenir les manifestations et les rassemblements pourtant importants durant des mois et des mois en Grèce, en Italie et dans toute l'Europe, s'est accompli en moins de quinze jours. Examinons un instant les nouveaux venus, dans leur ordre d'entrée en scène:

• 1er novembre 2011: Mario Draghi succède à Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne (BCE), chargée de l'émission de l'euro et du contrôle de la politique monétaire européenne. Responsable des privatisations en Italie de 1993 à 2001, Mario Draghi a été vice-président de la branche européenne de la banque d'affaires américaine Goldman Sachs entre 2002 et 2005, avant d'être nommé gouverneur de la Banque d'Italie jusqu'à sa prise de fonction à la tête de la BCE.

• 10 novembre 2011: en Grèce, Loukas Papadimos est nommé Premier Ministre, au lendemain de la démission de Geórgios Papandréou. Pour la première fois depuis la chute des colonels, l'extrême-droite grecque participera au gouvernement d'union nationale. Après avoir été à partir de 1980 conseiller économique de la Federal Reserve Bank de Boston, il devient en 1984 économiste en chef de la Banque de Grèce, avant d'en être nommé le 1er décembre 1993 gouverneur adjoint puis gouverneur jusqu'en 2002, où il prépare le passage de la Grèce à l'euro, grâce aux comptes falsifiés par les experts de Goldman Sachs. Ce n'est qu'en février 2010 que les révélations du New York Times permirent de mesurer la responsabilité directe du groupe financier américain dans l'aggravation de la crise de la dette publique grecque, par diverses manipulations qui ont rapporté à cette banque trois cent millions de dollars. De 2002 à 2010, Loukas Papadimos a été vice-président de la BCE.

• 13 novembre: en Italie, le sénateur à vie Mario Monti est chargé de former le nouveau gouvernement, après la démission de Silvio Berlusconi. Auparavant, ce grand universitaire était depuis 2005 International Advisor pour Goldman Sachs. Il est également membre du comité de direction de la conférence Bilderberg, un club informel réunissant chaque année ses cent trente membres environ — diplomates, hommes d'affaires, politiciens et journalistes — pour produire des réflexions et des bilans dont nul ne sait à peu près rien. Ajoutons à sa décharge que s'il se retrouve aujourd'hui à la tête d'une équipe de technocrates pour gouverner le pays, c'est uniquement parce que les irresponsables des différents partis, de droite comme de gauche, ont refusé toute implication plus démocratique dans les mesures forcément impopulaires que Mario Monti devra prendre, pensant qu'ils peuvent attendre en toute quiétude les prochaines élections qui se tiendront — au plus tard — au printemps 2013.

Quant à la banque d'investissement, de capitalisation et d'échanges, de gestion d'actifs et d'assurance The Goldman Sachs Group Inc. dite The Firm: en avril 2010, la Securities and Exchange Commission a poursuivi Goldman Sachs pour fraude durant la crise des subprimes. En mai 2010, le Département de la Justice a ouvert une enquête pénale sur Goldman Sachs au sujet de «vente de titres adossés à des crédits hypothécaires à risque», à la suite de quoi, le 2 septembre 2011, le gouvernement fédéral a entamé de nouvelles poursuites judiciaires contre Goldman Sachs pour son rôle dans la crise des subprimes, à l'origine de la crise économique qui a largement contribué à mettre à bas les économies européennes.

© Photographie: Manhattania. Maurice Darmon, Reflets dans un œil d'or. Voir aussi nos Images.