Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


mercredi 11 avril 2007

"Kapo". Pourquoi Jean-Luc Godard?


Vois-tu, Godard, entends-tu ce que, autour du poignant Notre musique, tu aurais dit aux étudiants en art dramatique de Sarajevo, en leur laissant en cadeau une caméra numérique, il paraît que tu aurais cette habitude: «Faites un petit film qui montre votre vraie journée, et sauvez votre âme avec.»? Belle déclaration, d'autant que, avec une aussi belle lucidité, dans Notre musique justement, tu mets en scène Godard négligeant un petit film numérique que, avant de se tuer, Olga l'a forcé à accepter, et que, tout à son jardin, Godard s'est empressé d'oublier. C’est tout à fait ce que j’ai voulu te signifier en t’envoyant la boîte de raticide Kapo (dont je n'ai su ensuite faire qu'un petit montage), à toi qui dis toujours faire un petit film par jour et qui déplore souvent que le cinéma, tout parlant qu’il est devenu, n’a jamais été présent devant la catastrophe et est définitivement mort de cette absence. Il ne suffit donc pas d’être ici et ailleurs ? Juste faire signe. Juste signe.

C’est sans amertume, et sans acrimonie, toi dont j’admire l’art, et dont je redoute tant la pose et le sectarisme politiques. De ce côté, tu méritais mieux.


PS. Repris, [avec une légère variante], d'une note du 15 juillet 2003: Un supplément d'âme.

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La question juive de Jean-Luc Godard
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