Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 18 février 2008

Israël ou l'enjeu du sens




Le même jour, dans Le Monde du samedi 16 février 2008:
Deux manifestations simultanées à Beyrouth. L'une, emmenée par le Hezbollah, où son leader Hassan Nasrallah a annoncé "le début du compte à rebours de la chute de l'État d'Israël. Le sang d'Imad [un de leurs combattants tué à Damas, en Syrie] éliminera Israël de l'existence [...] L'État juif [est une] entité cancéreuse usurpatrice plantée au cœur de la oumma arabe et musulmane". L'autre manifestation, à la mémoire de l'ancien premier ministre assassiné par les Syriens, Rafic Hariri, a permis à Saad Hariri, l'héritier politique de son père, de déclarer que le pouvoir de Damas était "un pur produit israélien, étranger à l'arabité" façon de tendre la main au Hezbollah, son adversaire local. Il devient anodin, et pas seulement en Iran, de parler de la fin d'Israël, comme d'une évidence. Nous pourrions nous attendre à quelques protestations de la part des pays européens. Peut-être viendront-elles?
En attendant, le même jour, dans le même numéro du Monde, nous apprenons, par la plume de Marek Halter, que — avec le fondateur du Manifesto, Valentino Parlato, mais oublions-le, puisque deux jours après, Le Monde publie sa rétractation en forme d'adulation du peuple élu — le philosophe communiste Gianni Vattimo, invité d'honneur de la Foire Internationale du Livre de Turin et du Salon du Livre de Paris, rejoint par l'écrivain fêté, primé et décoré Edoardo Sanguineti, la scientifique Frederika Hack, Franco Cardini professeur d'histoire médiévale de l'Université de Florence et le célèbre prix Nobel Dario Fo, qu'on ne présente plus — mais oublions-le aussi, puisque ce 28 février, il proteste maintenant de son innocence et accuse tout le monde —, ont appelé à boycotter la littérature israélienne. C'est que, à cette même Foire de Turin, sont invités Amos Oz, Avraham B. Yehoshua et David Grossman, qu'on ne présente pas davantage, et qui se battent tous pour les droits des Palestiniens. Le 16 décembre 2002, le conseil d'administration de l'Université Paris-VI avait déjà adopté une résolution — oublions, là encore, le Président de Paris-VI qui avait ensuite dit qu'il n'y était pour rien — appelant au boycott par l'Union Européenne des universités israéliennes, elles aussi foyers de résistance actifs à la politique du gouvernement israélien et majoritairement acquises à cette même défense des droits de leurs voisins, aux côtés du mouvement La paix maintenant.
On le voit donc: peu importent les camps, peu importent les prises de position, la cause est entendue: Israël doit disparaître, physiquement pour les Barbares, intellectuellement au moins pour les élites cultivées. Et ce n'est pas d'aujourd'hui.
Toujours dans ce même numéro, un troisième article rend compte d'un ouvrage d'histoire: Une si longue présence. Comment le monde arabe a perdu ses juifs (1947-1967), Plon. 900000 en 1945, ils sont 4500 aujourd'hui. Son auteur Nathan Weinstock invite le monde arabe à se confronter à l'expulsion de 99,5 % de ses juifs en vingt ans, et donc à sa propre histoire. Et il rappelle que, déjà en 1982, Ahmed Ben Bella déclarait: "Israël est un véritable cancer greffé sur le monde arabe. Ce que nous voulons, nous autres Arabes, c'est être. Or nous ne pouvons être que si l'autre n'est pas".

© Photogramme: Jean-Luc Godard,
Histoire(s) du cinéma, IVb (1989-1998).