Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


mercredi 12 novembre 2008

1965: Louis Aragon a vu Pierrot le fou




1965 n'est pas une année comme les autres. Les trois grands pouvoirs qui se sont jusqu'ici partagé l'opinion française tremblent sur leurs bases. Le pouvoir américain d'abord: la guerre du Vietnam à son comble va faire écrire à Jean-Paul Sartre dans le Nouvel Observateur du 1er avril qu'avec les Américains, y compris ceux qui s'opposent à cette guerre, "il n'y a plus de dialogue possible", traduisant ainsi une fureur anti-américaine assez générale. Le pouvoir gaulliste ensuite est atteint de façon vitale par deux fois: l'enlèvement de Ben Barka avec l'implication évidente des services secrets français d'une part, et, en décembre, l'éberluement du général de Gaulle lui-même, mis en ballottage à la première élection présidentielle au suffrage universel par le socialiste François Mitterrand, élection qui consacrera bientôt la mise à mal du troisième pouvoir, celui du Parti communiste, au moment même où sa stratégie d'union paraît porter ses fruits, mais qu'on commence à discerner dans les débats théoriques et politiques internes qui le traversent et se prolongent dans ses mouvements de jeunesse et le monde syndical dans son ensemble.

Et justement, c'est aussi l'année où Jean-Luc Godard livre son
Pierrot le fou. Vous pourrez lire ici l'intégralité de Qu'est-ce que l'art, Jean-Luc Godard?, un texte de Louis Aragon paru dans Les Lettres françaises n° 1096 des 9/15 septembre 1965 (pp. 1 et 8) et reproduit sur le site de Julien d'Abrigeon en annexe d'un mémoire sur le cinéaste-écrivain, qui salue chaleureusement l'événement. Ce texte rejoint notre documentation et réflexion sur le cinéaste.

Ajoutons que ce que nous avons jamais lu de meilleur sur ce film est un chapitre du livre indispensable d'Alain Bergala aux éditions des
Cahiers du cinéma, 1999: Nul mieux que Godard, (comment ne pas voir que la raison d'un titre aussi contourné et aussi périlleux est d'être l'anagramme de "lumineux", lumineux comme l'est tout le cinéma de Jean-Luc Godard) un chapitre intitulé: La réminiscence. Texte de 1996 en réalité où nul mieux que Bergala n'aura démontré de façon convaincante et définitive l'étroite parenté entre Pierrot le fou et Monika d'Ingmar Bergman et, plus profondément encore, en quoi Godard filme déjà et pour toujours ensuite la mémoire du cinéma.

En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
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Photogramme: © Jean-Luc Godard, Pierrot le fou, 1965.