Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


lundi 17 novembre 2008

La vierge et la verge se remarient (2)




Dans notre note du 11 juin 2008,
Vierge est la verge, nous faisions état de divers étonnements dans cette scandaleuse affaire d'annulation de mariage, à Lille. Nous tenions alors déjà pour acquis que la virginité considérée juridiquement comme "qualité essentielle" était un intenable sophisme. Dont acte: la cour d'appel de Douai vient d'annuler l'annulation du mariage. Mais nous posions tout de même deux autres questions et, dans l'actuelle et facile satisfaction générale, nous continuons à les considérer comme l'essentiel de toute cette affaire:
1. La question d'alors était: pourquoi cet empressement des magistrats à souligner la religion de ces deux citoyens français? Voilà que, d'accord avec les futurs réépousés (car époux les voilà redevenus), le parquet général de Lille et les avocats ont pourtant d'abord essayé le 22 septembre dernier de maintenir cette annulation, quitte à invoquer d'autres motifs ("erreur sur la personne" ou "défaut de cohabitation"). Autrement dit, les époux et conjointement (!) les hommes de loi auraient tout de même préféré avoir eu raison, fût-ce en changeant leurs motifs.
2. À moins qu'il faille continuer à chercher dans la direction de notre seconde question: pourquoi diable ne divorcent-ils pas? Comment ne pas voir que ces "suggestions" du Parquet soutiennent les époux dans leur démarche têtue et volontaire (dire que nous leur accordions une possible naïveté... naïf, qui l'était!) de légalisation civile de la répudiation religieuse? Alors que le consentement, mutuel, présent à l'évidence, eût été et serait nettement moins bruyant et plus avancé, bruit et retard dont tous font mine aujourd'hui de se plaindre.
Là-dessus, le comble du double langage a été exprimé par la bouche de Me Xavier Labbée, l'avocat du marié, qui considère que la cour d'appel de Douai, "impose le maintien d'un lien matrimonial et organise un mariage forcé", [et autorise, dans un litige de pur droit privé relatif à l'intimité du couple] "le parquet à contrôler les âmes et les consciences". Ce qui l'amène, logiquement à dénoncer "la venue d'un ordre moral laïc et l'intrusion de la notion de laïcité dans la vie de famille en ce qu'elle a de plus intime". À la lettre: nous voilà renversés. Combien de contorsions un avocat doit-il commettre pour exercer son honorable et difficile métier: mettre en mots l'inarticulable?
L
es derniers développements de cette affaire confirment et renforcent, mot pour mot, notre conclusion d'alors: D'une façon ou d'une autre, une sphère religieuse et culturelle, en l'occurrence musulmane, [ajoutons: "soutenus à présent par le Parquet général,"] entend faire prévaloir sa législation propre, ses prétentions sexistes, ses ostracismes et discriminations sexuelles, sur la loi de la république, dont elle attend d'elle qu'elle s'annule — le mot est ici à sa place — d'elle-même.

Image: Simone Martini, Annonciation (détail), 1333, Galerie des Offices, Florence.