Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


jeudi 28 janvier 2010

En route vers l'Expo?



En 1940, des étudiants parisiens avaient donné dans un tract cette définition devenue célèbre: «Être un bon aryen c'est être blond comme Hitler, grand comme Goebbels, svelte comme Göring, jeune comme Pétain et honnête comme Laval.» Un réputé anthropologue, et président d'une région qu'il dirige avec un sens aigu des guerres tribales et le soutien jusqu'ici indiscuté des progressistes du cru, ou du tout cuit en mal de «grand chelem», nous rapporte cette magnifique parure de Septimanie (photographie ci-contre), qu'il assure être parmi les meilleures représentations du visage — tronch en septimanien, nous précise-t-il — de parfait catholique. Nous espérons qu'il complètera sa collection afin de préparer l'exposition destinée à nous aider à mieux les reconnaître. C'est vrai que, à l'instar de leurs bibliques aînés, ces ennemis du peuple, comploteurs et ploutocrates, avancent masqués.

Découvrons-nous: la saillie de notre physiognomoniste montpelliérain est évidemment préméditée (1), mais son objectif n'est pas d'expliciter la latence d'un racisme spontané, apparemment contre-productif dans son fief. Devant la multiplication de ses provocations déjà racistes, le parti de ses électeurs avait été contraint de l'exclure, mais espérait se prévaloir tout de même de sa victoire prévisible afin de réaliser le tartarinesque «grand chelem». Le professeur veut tout simplement ridiculiser ses anciens amis en les obligeant à présenter clairement un candidat ou une candidate contre lui, qu'il compte battre à plate couture avec l'apport de ces mêmes électeurs. Une sorte de passing-shot de fond de court en somme qui chatouille désagréablement le zeste d'honneur de ce parti, dont on verra ce qu'il deviendra au soir du 21 mars lorsqu'il faudra lever la coupe au ciel. Jusqu'à la lie.

1. Le temps risque de rendre cette petite note rapidement incompréhensible. Malgré notre réserve à citer certains noms sur notre site afin de lui éviter d'inutiles visites, nous préférons ici rappeler l'origine de ce billet, ainsi que l'AFP la rapporte ce 28 janvier 2010: «Fort de ses 29% devant l’UMP dans les sondages, M. Frêche, 71 ans, avait déjà lancé sa campagne, lorsqu’une petite phrase rapportée par L’Express a fait l’effet d’une bombe: "Voter pour ce mec en Haute-Normandie me poserait un problème, il a une tronche pas catholique", dit-il à l’adresse de l’ex-Premier ministre d’origine juive.»
D'origine juive certes, Laurent Fabius est aujourd'hui bel et bien catholique: «ce mec» est donc habilement cloué sur place par la perfidie de l'attaque. C'est même à ce détail qu'on peut mesurer la préméditation de cette petite phrase, qui permet à son proférateur d'aller racoler chez les antisémites, tout en ménageant son électorat local traditionnel, largement juif et pied-noir, que la petite leçon de fidélité à ses origines administrée à Laurent Fabius ne peut qu'amuser, voire réjouir. Sans compter que, pour les sourds et téléphone arabe aidant, l'habile homme s'abritera aisément derrière l'argument de l'expression populaire. D'où l'argot.

© Photographie: Parure de guerre septimanienne, auteur non identifié, tous droits réservés.