Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


mercredi 3 mars 2010

Rafle sur les droits de l'homme?




Créé en mars 2006 pour lutter contre les dérives de la Conférence de Durban (2001), le nouveau Conseil des droits de l'homme des Nations-Unies s'était bientôt retourné en son contraire, sous l'emprise des membres de l'Organisation de la Conférence islamique. Un appel de la LICRA, L'ONU contre les droits de l'homme, avait en février 2008 souligné la transformation de l'ONU en

«une machine de guerre idéologique à l'encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l'acte et les violences de demain.»

À titre d'exemple ou de jalon, dans un de ces débats préparatoires où avait été soulevées les questions de la charia et de la lapidation des femmes, Monsieur Doru Costea, alors président de ce Conseil, avait suspendu la séance pour déclarer, dès la reprise:

«[Le Conseil des droits de l'homme] n'est pas préparé à discuter à fond des questions religieuses: en conséquence, nous ne devons pas le faire [...] Je promets que la prochaine fois que l'orateur émettra un jugement de valeur sur une croyance religieuse, loi ou document (religieux), je l'interromprai et donnerai la parole à l'orateur suivant».

Gageons qu'en homme de foi, il eut à cœur de tenir sa promesse.

Chacun se souvient enfin de la débandade de Durban II en avril 2009, et de celle de notre Ministre des Affaires étrangères et européennes, qui fit de la déclaration finale de cette sordide conférence «un texte historique majeur, dont l'adoption tient du miracle». Là encore, le vocabulaire au moins fut au rendez-vous.

Ce même Conseil des Droits de l'homme a aujourd'hui quatre postes à pourvoir. La Libye et l'Iran viennent de se porter candidats. Ces pays mêmes à qui, en 2007 et 2008, le Conseil des Droits de l'homme avait confié la présidence et la vice-présidence du comité préparatoire à ladite Conférence, qui se tint à Genève.

À propos de Suisse, la vice-présidente de la Commission de politique extérieure du Conseil National à Berne, Christa Markwalder, déclarait le 3 septembre 2009 à la télévision alémanique: «Le chef d'État libyen demande que figure à l'ordre du jour [onusien] la division du territoire suisse et sa répartition entre les pays voisins». Cette requête devait être soumise devant la soixante-quatrième assemblée générale de l'ONU qui débutait le 15 septembre 2009 sous la présidence de la Libye, justement. Le General Committee chargé d'établir l'agenda de la session, n'a pas confirmé avoir reçu cette requête, et l'a rejetée par avance.

Ce 26 février 2010, le même homme lance un appel au djihad contre la Suisse, qui ouvre des perspectives au directeur général des Nations-Unies à Genève, Serguei Ordzhonikidze: «Je crois que de telles déclarations de la part d'un chef d'État sont inadmissibles dans le cadre des relations internationales». En attendant qu'il en soit tout à fait sûr, contentons-nous pour l'instant là encore de sa croyance.

Dans l'état actuel du monde, on pourrait déjà passer sur les manifestations récurrentes d'humour du président libyen et de celles de quelques hauts responsables européens, mais l'Iran ne fait encore rire personne: son dictateur et ses mafias tuent, torturent, pendent publiquement, bafouent les droits les plus élémentaires du peuple iranien. Et leurs orateurs se prononcent sans fin contre les "prétendus" droits de l'homme et la "prétendue" démocratie.

Lisons tout de même, dans le site web du vénérable Guide Suprême Seyyed Ali Khamenei qui, ce 8 février 2010 et en véritable prophète, ne se contente ni de promesses, ni de miracles, ni de croyances:

«"Les détracteurs de l’Ordre islamique [...] ont opté pour un discours de menace; et ils s’imaginent qu’à travers des procédés comme les droits de l’homme et la démocratie, ils parviendront à suggérer un point faible pour la République islamique, ce alors que l’opinion publique mondiale ne prend pas au sérieux de tels procédés." Pour l’Honorable Ayatollah Khamenei, la répugnance des peuples envers les dirigeants de l’Arrogance traduit ce fait que l’opinion publique ne croit pas en des slogans comme les droits de l’homme et la démocratie de leur part.»

Courage, la messe n'est pas dite, et les droits de l'homme peuvent encore se retrouver dans de meilleures mains. Pour les quatre sièges à pourvoir, quatre autres postulants sont en lice, à qui, si les mots et les actes ont un sens, ces repoussoirs devraient donner toutes leurs chances: la monarchie parlementaire de Malaisie, les Maldives et le Qatar diversement fondés sur la charia, et la Thaïlande.

NB. Une note sans autre lien immédiat avec le texte ci-dessus que celui de la concomitance: nous venons de découvrir le site Philosophies.tv, et il rejoint notre petite liste de sites importants, en colonne latérale. D
es séminaires, des conférences, des entretiens et des débats en vidéo, qui se donnent le temps et les moyens de penser, des nouvelles de la philosophie. Sous bénéfice d'inventaire, il semble d'un contenu fort riche. Nous aurons certainement l'occasion d'y revenir.

© Photographie: Maurice Darmon, Times Square. Manhattania: Images, juin 2009.
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