Mal nommer
un objet, c'est ajouter

au malheur de ce monde.

Albert Camus.


mardi 6 novembre 2007

Lettre 3: automne 2007


Dans Fictions: Lexique et Préhistoire (voir
ci-dessous varia du 11 octobre).
Dans
Italiana: un article sur Naples, écrit quand, dans les textes mondains, sévissait une ambiguë méridiomanie;
Le cercle brisé, une recension dans La Quinzaine littéraire sur Les Feux du Basento, roman de Raffaele Nigro (Verdier, 1989), et un entretien de 1986 sur Traduire.
Dans Liber@ Te, sur les engagements politiques européens: Pilate parmi nous; sur les scénaristes de l'avenir: Fausses fenêtres; et sur les enfants du Darfour: Enfants de la guerre ou guerre des enfants?Une vitale déclaration au Monde de Ayaan Hirsi Ali, et un bel article de l'archevêque Hippolyte Simon sur les tests ADN.
Dans Écouter voir, qui continue de rassembler des séquences de concerts, des émissions et des films rares en version intégrale: l'unique prestation télévisuelle de Jacques Lacan: Télévision (1974) de Benoît Jacquot; de Jean-Luc Godard (dossier général créé depuis) : l'entretien radio avec Serge Daney en 1987, diffusé sur France-Culture en 1992 et un autre pittoresque entretien sur son film Tout va bien, réalisé en 1973.
Par ailleurs, le site de la société de ses amis: Maupassant par les textes propose en accès libre ses écrits en versions intégrales et dans plusieurs langues. Ce peut être précieux.

mardi 30 octobre 2007

Enfants de la guerre ou guerre des enfants?




Évidemment, un imbroglio juridique et légal entoure cette affaire d'enfants du Tchad ou du Darfour. Pour autant, Idriss Déby, sinistre président du Tchad, installé en 1990 grâce aux autorités françaises qui ont de nouveau volé à son secours en 2006, peut-il, avant toute enquête, tout procès, déclarer devant une forêt de micros, mot pour mot et en français — qu'on ne prétexte aucune mauvaise traduction: "Est-ce que c'est pour [les] vendre aux ONG pédophiles? C'est ce qui est à mon avis évident. Ou bien peut-être les tuer et enlever les organes et les vendre aussi possible [sic, ou entendre: "... les vendre aussi? Possible"]?". Les trois cents personnes qui attendaient l'arrivée de ces enfants à l'aéroport seraient donc complices de tels réseaux? La suite répondra sans doute à ces questions, mais pour l'heure, rien de tout cela n'est "évident", sauf pour cet homme. Un homme qui trouve évident d'engager des enfants de huit ans dans sa guerre; évident de mener une répression aux dizaines de milliers de victimes; évident de changer la Constitution à sa guise; évident encore de soustraire son trafiquant de fils à la juridiction française, assassiné depuis sous un faux nom à Courbevoie, et qui, aux dires de son propre avocat, servait d'intermédiaire aux milieux d'affaires français intéressés par les cimenteries et le pétrole tchadiens, avant que son corps fût rapatrié dans l'avion personnel du Libyen Khadafi, de longue date aussi son évident soutien. Rama Yade, notre secrétaire d'État aux Affaires Étrangères et aux Droits de l'Homme, est pleine de "compréhension pour la colère du président tchadien", et ose des mots d'esprit pour le moins déplacés sur "la France étant bonne mère..." Nos ministres et notre Président en personne trouvent urgent de condamner les responsables de l'opération, si écervelés ou même si douteux soient-ils, d'une façon tout aussi prématurée que cet homologue tchadien, quand tout indique que les autorités tchadiennes et françaises étaient informées depuis longtemps de ces projets, très clairement explicités sur le site de L'Arche de Zoé [Ne répond plus, octobre 2009]. Ce qui, soit dit en passant, nous contraindra tôt ou tard à réfléchir aussi sur ces difficiles questions de la désobéissance civile et du droit d'ingérence, ou du moins de leur récurrente invocation. Mais pour l'heure, ne sommes-nous pas à l'aube d'une nouvelle affaire inspirée par celle des infirmières bulgares et du médecin palestinien: où se succéderont manifestations de mères dans les rues contre les criminels, chauffe à blanc des opinions locales, procès iniques, tortures et aveux, emprisonnements indéfinis, des années peut-être, en attendant que le contexte soit favorable à l'extorsion de rançons, toutes ignominies si ouvertement et cyniquement orchestrées par les Khadafi, alliés personnels et politiques des Déby et dont le pater familias est le prochain invité de notre Président, dans les gouffres d'un contexte politique, économique, mafieux et militaire, impliquant le Tchad et la France?

© Photographie: auteur non identifié. Tous droits réservés.

lundi 29 octobre 2007

Fausses fenêtres




D'après une synthèse publiée dans
Le Monde du 28 octobre 2007, un rapport de l'ONU dit "GEO 4", publié le 25 octobre dernier, envisage quatre scénarios sur l'avenir écologique de la planète:


— l'État s'efface au profit du privé, le commerce se développe sans limite, les biens naturels sont privatisés. Cette voie assure la croissance la plus forte mais se traduit aussi par un impact environnemental jugé insupportable, engendre les plus grandes inégalités et nous rapproche du "point de basculement", c'est-à-dire en clair de la catastrophe.

— Une intervention centralisée vise à équilibrer une forte croissance économique par un effort pour en limiter les impacts environnementaux et sociaux, au prix du développement bureaucratique.

— La sécurité face aux désordres civils et aux menaces extérieures prime sur toute autre priorité.

— Organiser la durabilité par l'environnement et l'équité, dans laquelle les citoyens jouent un rôle actif. C'est ce qui apparaît évidemment préférable du point de vue social et écologique mais exige de consacrer beaucoup de temps à la coopération entre acteurs.

Et le rapport prévient que, dans tous les cas, "le changement climatique et la perte de biodiversité resteront des défis significatifs".

Je ne sais si la synthèse de presse reflète fidèlement le rapport (téléchargeable à présent sur ce site), voilà qui paraît clair, ordonné, argumenté. Essayons de mieux comprendre pourtant:

1. L'hypothèse sécuritaire est hors sujet puisqu'elle exclut toute politique écologique. Pourtant désordres civils et menaces internationales sont bien réels et personne ne voit comment ils pourraient cesser dans un avenir prévisible. En un mot donc, trois scénarios imaginaires sont envisageables une fois qu'on s'est affranchi de toute réalité. Et d'un.

2. La privatisation du monde est en fait liée à l'exclu précédent, puisqu'un monde privatisé privatisera tout sauf la lutte politique et militaire contre les périls et les menaces internationales, du ressort des États et parfois de l'ONU. Ils leur fourniront cependant armements et milices. Il est donc également hors sujet. Et de deux.

3. Nous rêvons tous du dernier scénario, durabilité, environnement et équité. Mais il est si angélique, si redoutablement abstrait qu'il deviendrait criminel de s'en servir de façon purement incantatoire et hypnotique pour laisser en fait les coudées franches au tandem précédent. Et de trois?

4. Il ne reste donc qu'un avenir dans les faits, c'est celui de l'inévitable et difficile pas de deux entre économie de marché et réglementations diverses. Là est la rose et là il faut danser. Ce qui existe déjà, se fait un peu, germe un peu partout, y compris dans les plans onusiens du PNUE. Le seul avenir envisageable serait d'ailleurs un peu plus précis et, en attendant de disposer du rapport complet, curieusement, la synthèse du Monde n'en dit mot: cette voie médiane ne peut exister que dans le cadre d'un marché du réchauffement climatique. Autrement dit, notre seule chance, si l'on peut dire, réside dans le développement de recherches scientifiques, de technologies innovantes, et surtout à très court terme d'industries du climat qui dépasseront les faux gadgets genre éoliennes. Comme nous sommes fort mal partis pour que ces industries soient publiques, elles ne se développeront que si, à leur tour, elles se transforment en sources de profits. Ce serait somme toute un avenir encore assez rose si l'industrie proprement financière laissait un peu de temps à ces processus. Ce qui est loin de tomber sous le sens.

Nos angoisses viennent du fait que nous savons que cette voie étroite résistera mal aux urgences, elles-mêmes mal divulguées: l'emballement climatique assuré, qui fait soi-disant débat, alors qu'un enfant de dix ans sait que, à 0°, la glace fond brusquement, par exemple. Urgences qui se transformeront rapidement en inégalités planétaires et donc en tentations sécuritaires. Sauf à organiser la dictature économique et politique qui, partout où elle s'est installée, a montré ses capacités en matière de pourrissement de l'air, des terres, des eaux et des esprits.

© Place Saint-Marc à Venise, 2 décembre 2008. Agence Reuters, Joerg Mitter.

dimanche 28 octobre 2007

Pilate parmi nous



Dans une récente interview donnée à Euronews, Amos Oz avait cet avis: "Le combat entre Juifs et Arabes est un conflit entre deux anciennes victimes de l'Europe, ce qui donne à l'Europe une responsabilité spéciale pour aider les deux côtés et non pas pour moraliser, agiter le doigt comme ça, mais pour aider vraiment les deux parties.
"Je pense que les Européens ont une sorte d'inclinaison naturelle lorsqu'ils font face à un conflit international. Leur tradition, c'est de lancer une grande manifestation d'hostilité à l'égard du méchant et de signer une pétition enthousiaste en faveur du gentil et puis d'aller se coucher en ayant bonne conscience."

En un mois passé à Manhattan, j'ai eu l'occasion de rencontrer beaucoup d'Américains opposés farouchement à la politique irakienne du président Bush. À Manhattan au moins, c'est sans doute une opinion majoritaire, et peut-être même ailleurs dans le pays, si on en croit les sondages sur la question et si on est sensible à la montée réelle des manifestations. Mais pour autant, l'attitude de l'Europe et de la France en particulier ne semble pas, vue de là-bas, être perçue par les mêmes opposants et manifestants comme ayant été raisonnable et lucide avant tout le monde. Certes, Bush, disent-ils, a eu ce tort historique de vouloir y aller en se passant des alliés traditionnels, avant et surtout ensuite, ce que n'aurait sans doute pas fait Colin Powell. Mais il ne suffisait certainement pas aux Européens et singulièrement aux Français, posant aux chefs de file dans cette affaire, de se laver de toute responsabilité dans les développements de ce problème, sous prétexte qu'ils étaient contre dès l'origine. La bonne attitude eût été de faire valoir de façon constructive leurs conditions d'une présence aussi tôt que possible d'une façon ou d'une autre, et au moins après la chute de Saddam Hussein, pour éviter de laisser se développer ce dangereux tête-à-tête, car il a très vite été manifeste qu'il y avait un avant et un après. Et tandis que madame Alliot-Marie, ministre alors de la Défense, ne cessait de répéter que les Français ne retourneraient en Irak que lorsque tout serait résolu puisque, farouches opposants de l'intervention, ils étaient innocents de tous ces développements, un article du Monde du 19 mars 2004, quelques jours après les attentats de Madrid soit dit en passant et repéré à l'époque dans mon Bloc-Notes, soulignait le désespoir des Irakiens eux-mêmes devant cet abandon. Je redonne ici les lignes concernées:

Fakhri Karim, directeur du journal Al-Mada: "Si la direction américaine enchaîne erreur sur erreur en Irak, les Européens et les Français en particulier sont encore plus idiots car ils ne déterminent leur position qu'en fonction de Washington. Ils ne tiennent aucun compte de l'Irak et de ses habitants (...) Les Irakiens pensent que l'Europe et la France les ont doublement lâchés, d'abord face à Saddam, puis face à l'occupation américaine. La France n'est intéressée que par sa position antiaméricaine. Elle oublie les Irakiens. Chirac et Villepin doivent comprendre qu'aucun Irakien ne juge que leur position est courageuse. Qu'a fait la France pour aider l'Irak à se libérer du dictateur, puis pour aider l'Irak à retrouver sa souveraineté? Rien!" Un autre journaliste explique: "Nous, Irakiens, pensons que le refus de la France et de l'Allemagne de nous aider, et le départ annoncé de l'Espagne est une catastrophe. Pour que nous retrouvions nos esprits après les décennies terribles de Saddam, pour que nous sortions de ce tête-à-tête avec les Américains, nous avons aujourd'hui plus que jamais, besoin des autres pays."

Et il a fallu quatre ans et demi, se représente-t-on suffisamment cette éternité? pour qu'y aille, presque en catimini, en tous cas par surprise, un représentant officiel du gouvernement français, en la personne de Bernard Kouchner. Encore a-t-il été critiqué de toutes parts et s'est-on gaussé de son impuissance, tant cette visite était peu désirée, peu préparée par nos gouvernants.
La liste est longue des mêmes comportements dans bien des endroits du monde, dont la France en Europe revendique régulièrement haut et fort sa particulière responsabilité, et dont l'interview d'Amoz Oz résume la maxime. Lui-même souligne cette évidence dans le conflit du Moyen-Orient. Et bien que ma confiance politique soit pour le moins nulle dans l'actuel dirigeant de la Turquie, nous développons un même double discours dans la question de sa lutte récurrente, qui ne date tout de même pas de l'accession de Recep au pouvoir, contre le PKK, organisation peut-être marxiste-léniniste, mais dont beaucoup de rapports internationaux constatent sa forte activité en matière de trafic de drogue, d'êtres humains, et de racket des commerçants kurdes sur notre sol. Ces lâches soulagements, ces défaites sont encore présents à leur façon dans l'affaire des enfants du Darfour: "Enfants de la guerre ou guerre des enfants", (cf. ci-dessous au 30 octobre 2007), ou plus directement dans la situation de Ayaan Hirsi Ali et les analyses qu'elle vient d'en tirer, disponibles sur ce site.

dimanche 21 octobre 2007

L'ADN et l'archevêque Hippolyte Simon


La question des tests ADN a fait réagir beaucoup de gens, en particulier parmi ceux qui utilisent régulièrement les droits de l'Homme et la défense des populations immigrées pour se situer dans l'échiquier politique et social de l'Hexagone. Ainsi, n'ont pas manqué les qualificatifs ordinaires de "fascistes", les rapprochements entre cette loi et le nazisme et son eugénisme. Tout à fait contre-productifs d'ailleurs, car beaucoup de gens qui ne savent que penser de cette loi, voire qui y sont spontanément favorables, les gens à convaincre donc, sont résolument opposés à l'extrême-droite et s'indignent d'être ainsi niés par de telles épithètes. Ce texte d'Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, publié dans Le Monde du 20 octobre 2007, a toute sa place dans notre dossier Parole d'homme. Il centre le débat exactement là où il doit être: ce qui fait le lien familial humain n'est pas seulement ni même d'abord la filiation, mais le lien historique, social, affectif et éducatif. Ce que la gauche laïque et les progressistes historiques devraient avoir affirmé d'instinct, de culture, d'histoire et de tradition avant et devant tout le monde, plutôt que perdre leurs âmes en analogies, associations de mots, réflexes et autres attrape-nigauds, quand ce n'est pas en épousant ce ravageur sophisme par systèmes d'alliances supposés géo-politiques: peu importe ce que tu dis, dis-moi seulement avec qui tu le dis, et je te dirai si c'est juste. Un système fanatique et totalitaire, confondant justesse et réputée justice, qui amène aux pires déclarations et manifestations politiques concrètes, par exemple sur les USA, le conflit du Moyen-Orient, l'islamisme, le racisme et le colonialisme, Hugo Chavez, le "tout sauf Sarkozy", bref partout où la survie du monde et des têtes est en jeu.
Pour revenir un instant à notre archevêque, Je pense que sa foi l'a retenu de poser la question de l'ADN à celui que sa naissance a mis sous le signe de l'exode, de la fuite, je veux dire Jésus lui-même. Un moment de bonheur de découvrir aujourd'hui la profondeur humaine d'une telle commune intuition entre la parabole du jugement de Salomon et celle du mystère de l'Annonciation.


Hippolyte Simon
Archevêque de Clermont-Ferrand

Pas touche à la famille

Si le roi Salomon avait eu à sa disposition des tests ADN pour résoudre le problème qui lui était posé par les deux femmes — dont l'une avait étouffé son enfant dans la nuit —, son problème eût été simple. Mais le recours à cette facilité eût été profondément regrettable. L'humanité aurait perdu un grand exemple de sagesse. Sous son apparente brutalité, le jugement de Salomon a fait franchir à l'humanité un seuil de première importance. Il a fait apparaître clairement que, pour être mère, il ne suffit pas d'avoir donné la vie. C'est l'amour authentique et désintéressé qui fonde la maternité et la filiation humaines.
Ceux qui ne connaissent pas la Bible ou qui l'ont oubliée pourront relire Marcel Pagnol et cette réplique de César à Marius : "Les animaux aussi peuvent donner la vie. Mais le père, Marius, c'est celui qui aime !" Plus près de nous, le philosophe Michel Serres, lors d'une conférence à Clermont-Ferrand, a quelque peu surpris son auditoire en déclarant tout de go: "Le christianisme a bien raison de présenter la Sainte Famille comme le sommet de l'humanité, car dans cette famille tous s'aiment d'un amour d'adoption, que j'appellerai, pour ma part, amour de dilection ..."

Cet amour de dilection n'abolit pas le lien biologique, et les deux peuvent évidemment se renforcer mutuellement. L'ignorance du second peut devenir dramatique. En témoignent les recherches éperdues de certains enfants adoptés pour retrouver leur père et ou leur mère biologique. De la même façon, cet amour d'adoption ne supprime pas la nécessité pour tout enfant de pouvoir s'identifier à son père et à sa mère. C'est un autre débat.

Mais la famille humaine n'est pas une affaire d'engendrement. Son élément nourricier est aussi et d'abord celui de la parole engagée par l'homme et la femme qui l'ont fondée. Elle repose sur un pacte de confiance et d'amour. Le recours à des tests ADN pour établir une preuve en matière de filiation est toujours le signe que la confiance et l'amour ont disparu. Qu'on le veuille ou non, cette parole reste une parole de mort. Dans le domaine des relations personnelles, il est une forme de savoir scientifique qui peut tuer la connaissance vivante, celle qui repose sur le respect mutuel et la parole donnée. En cas de malheur, car cette situation est un malheur, la justice peut exiger par ce moyen matériel qu'un homme reconnaisse qu'il est le géniteur d'un enfant et qu'il remplisse ses devoirs économiques envers celui-ci. Mais chacun comprend qu'une "paternité" établie de cette manière est bien pauvre.

PARTIR POUR SURVIVRE. — L'immigration, de son côté, constitue aussi un malheur. Pour en avoir souvent parlé avec mes frères évêques d'Afrique, elle est un malheur pour le pays qui perd ses éléments les plus dynamiques. Elle l'est aussi pour les gens qui doivent partir pour survivre. Et elle crée, dans un premier temps, un vrai problème pour les pays qui les accueillent. Enfin tout le monde peut comprendre que l'émigration économique ne peut pas être une solution durable. Le développement des pays pauvres est une nécessité. L'Union européenne, donc la France, est confrontée, pour longtemps, à une vraie contradiction. Il n'y a pas de réponse simple à cette immense question.

Pour autant, l'idée d'introduire le recours à des tests ADN en matière de regroupement familial ne me paraît pas recevable. L'émotion soulevée par l'article d'un projet de loi est tout à fait compréhensible. On ne touche pas impunément à la famille, car elle constitue le noyau symbolique le plus intime et le plus précieux de l'humanité. Je ne sais pas combien d'abus cette disposition permettrait d'éviter.

Mais je sais que ce serait à coup sûr une régression en deçà du seuil d'humanisation franchi grâce au jugement de Salomon. Je ne pense pas qu'il soit judicieux d'ajouter du malheur au malheur. Est-ce ainsi que l'on pourrait sauvegarder l'identité d'un pays qui n'a déjà que trop tendance à se montrer oublieux de son authentique héritage religieux?

© Hippolyte Simon, Le Monde, 20 octobre 2007.

samedi 20 octobre 2007

Ayaan Hirsi Ali



Dans Le Monde du 20 octobre 2007: «Menacée de mort par des groupes islamistes pour ses prises de position critiques sur l'Islam, l'ex-députée néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Hirsi Ali avait dû s'exiler en 2006 aux États-Unis. Depuis le 1er octobre, elle est confrontée au refus du gouvernement de La Haye de continuer à assurer sa protection à l'étranger. Une décision qui la rend à la fois démunie et vulnérable. Jointe par téléphone, Ayaan Hirsi Ali interpelle le gouvernement français: à la France de rappeler au reste de l'Europe les principes des Lumières.» Lire cet entretien et prendre régulièrement de ses nouvelles. Il devient nécessaire d'ouvrir avec elle un nouveau dossier dans le site: Liber@ Te.

jeudi 11 octobre 2007

"Lexique" et "Préhistoire"



J'ai commencé à rédiger ce
Lexique en 1985. Par sa nature, il est destiné à demeurer en élaboration. Son but est de revenir sur les charges émotionnelles, morales, physiques, toujours significatives que mots et expressions ont prises, souvent dans mon enfance, parfois plus tard, surtout dans cette communauté judéo-tunisoise aujourd'hui disparue. La rêverie s'est élargie ici ou là à des expressions courantes, animée par l'amour des mots plus que par une nostalgie restrictive, Peu importe au fond qui dit quoi:
j'ai voulu m'étonner, au fil du temps, de certaines évidences qui m'ont surpris par leur riche universalité.
À recopier ici ce texte, je m'aperçois combien il doit à Sciascia et à ses démarches associatives où, à force de soi-disant coq-à-l'âne, en réalité enchaînements subtilement travaillés, il savait, infailliblement lui, éclairer du lecteur les zones d'ombre.
En complément à ce travail, on pourra lire Préhistoire (1980), qui, sur un mode plus fictionnel, relevait déjà de la même archéologie.

dimanche 30 septembre 2007

Lettre 2: été 2007


Dans
Images: trois jours dans la capitale écossaise, un album: Rousses d'Edinburgh, entre assomptions flamboyantes et difficultés d'être.
Retour d'un mois de septembre à New York, un nouveau dossier d'images et de textes: Manhattania.
Dans Liber@ Te: Je suis le maître de la clé, ou Le Monde face au chantage libyen.
Dans Les Trains de Lumière: un article sur Notre Musique, le dernier film de Jean-Luc Godard.
Dans Les Goûts Réunis: je ramène aussi d'Edinburgh la recette du succulent haggis, étonnamment jumeau du osbane, un plat de fête judéo-tunisien, que je raconterai bientôt. Quant aux pâtes, s'ouvrent ce mois-ci le chapitre à la fois simple et compliqué des pâtes aux légumes (basique pummarola, ancienne marinara, pittoresques pappardelle aux fleurs de courgette, simples rigatoni aux broccoli, chou-fleur ou romanesco, siciliennes penne alla Norma) et celui des pâtes au poisson, avec les bucatini alla Vucciria de Palerme, mêlant sardines et fenouil sauvage.

lundi 27 août 2007

"Notre musique" de Jean-Luc Godard



"Je porte la langue obéissante comme un nuage", dit la légende de ce photogramme que vous pouvez agrandir en cliquant dessus, comme toutes les images d'ailleurs.

Pourquoi ce film me submerge-t-il de toutes parts, étreint d'un bout à l'autre, ruisselle d'une émotion tapie? Il utilise tous les moyens de cinéma: la vidéo fauve, les superbes images argentiques des lourdes caméras contemplatives, les musiques les plus diverses, toujours dans leur majesté et leurs interprétations choisies par un passionné de musique, dont il fait naître les images; des images pour ainsi dire documentaires, où la ville, dont nous avons tous vu pendant des années les rues, les maisons, les gens martyrisés, est filmée là dans sa poignante quotidienneté: voitures, feux rouges, trams et bus, piétons à leurs trajets privés; où, comme Godard le veut, Judith et Olga (1), jeunes endeuillées, ne sont pas filmées comme le marmoréen profil de Rony Kramer, l'interprète de Ramos Garcia dans la voiture (de même que Seberg, Karina, Bardot, Detmers, Huppert, Roussel, et même Françoise Verny et toutes les inconnues d'avant et d'après, n'auront jamais été filmées comme Piccoli, Dutronc, Bonnafé, Putzulu, sauf la remarquable singularité sans descendance du jeune Belmondo de À bout de souffle filmé un peu comme une femme, dans toute sa chair féline et son érotique animalité), et, malgré cette acuité d'entomologiste, nous restons pourtant en permanence au bord du mystère de l'humanité, sa violence, l'abîme d'autrui.

Comment peut-il émouvoir aux larmes par les seules vertus et musiques des mots, du langage, des langues, du sens, des livres, des films, sinon par la mémoire que ce film bouscule et charrie? Ce que ces séquences de films, ces rues, ces jeunes femmes éveillent, ce que ces Indiens disent et surtout taisent nous va droit dans les yeux, dans les oreilles. Tout fouaille nos oublis, nos nostalgies, nos fautes aussi. Tout se passe comme si la réalité et sa violence demeuraient rebelles à toute représentation: la première partie agence des feux d'artifices sur un air de Ô Dieu que la guerre est jolie avec des séquences de films: guerre, westerns, que nous regardions avec une délectable innocence, et même les parties d'actualités s'édulcorent de fausses patines et rayures voulues par l'artiste; la seconde se nourrit de la même impossibilité à témoigner d'une violence actuelle: toujours là, les ruines longent des rues animées de marcheurs nonchalants, de tous véhicules civils multicolores, à la rencontre dans notre mémoire de toute l'agitation cathodique où ces mêmes rues, filmées naguère par des reporters, étaient traversées par des gens qui couraient au péril de leur vie, sillonnées par des jeeps, des camions, des tanks, ou tout à coup des exodes massifs et désespérés, et où le blanc était la couleur de la seule Finul. Quant à la troisième partie, la violence devient pure et simple mascarade de gardiens blasés, anesthésiés d'une sorte de Club Med aux rives du lac Léman, là où, avec trois francs six sous, Godard tourna naguère la guerre yougoslave dans For Ever Mozart. Nous sommes en permanence l'enjeu de quatre registres: celui des yeux, celui des oreilles, celui des mots piégés en permanence par les flûtes de champagne, les poses intellectuelles dans un monde où, parole d'Indien, les souffrances se taisent devant les jeux de mots ou les parades d'autant plus redoutables qu'elles sont splendides, celui enfin cruel de notre mémoire sans cesse traquée, taraudée, violentée.

Jamais en peine de cohérence, Godard retrouve une quantité d'autres de ses films:
— Ainsi, la multiplicité des langues dans laquelle il s'installe, et l'expérimentation de différentes manières de traduire: simultané, superposé, brefs sous-titres, ou rien du tout souvent, pour nous confronter à leurs étranges familiarités, souvent langues d'emprunt ou en tous cas très articulées (un peu la leçon de Shoah de Claude Lanzmann derrière tout ça), me renvoie à mon intuition de toujours que le personnage principal, ou du moins central, du Mépris n'était ni Camille, ni Paul Javal, ni Fritz Lang, ni Jeremy Prokosch, mais sans doute Francesca Vanini, cette traductrice en jaune au nom stendhalien jouée par une actrice inconnue, Giorgia Moll, central en ce qu'elle est ici la seule à posséder les quatre langues du film (anglais, italien, allemand et français) et oblige tous les personnages, et les grandes vedettes de cinéma avec eux, à se soumettre à sa médiation, pour que le minimum de compréhensions relationnelles et professionnelles vitales puisse faire advenir leur film. Et, sur cette responsabilité des médiateurs, Notre musique place aussi au centre du film un interprète et une pigiste, alors que le film est traversé de stars littéraires convoquées, tout comme Godard lui-même d'ailleurs, sur le devant de l'invisible scène — à la significative exception de son propre cours sur le champ/contrechamp — des Rencontres Européennes du Livre, à Sarajevo.
— Ainsi revivent les images de Vivre sa vie: Anna Karina en larmes devant Falconetti, Jeanne d'Arc de Dreyer, dans une scène où ne subsistent de Jeanne d'Arc que les cartons du muet et le même visage ému de la jeune journaliste. D'autres indications testamentaires parsèment le film.
— Par son titre même, et par l'usage pour l'instant mystérieux et prenant qui est fait de la musique tout au long du film, c'est sans doute une occasion de choix pour s'interroger sur ce que Godard attend de la musique de film, en particulier depuis Prénom Carmen, dont (au-delà de Bizet dont, en tout et pour tout passe le tube non crédité, Habanera — gag qui n'a rien à voir avec le film: "L'amour est un oiseau rebelle"), la musique était le vrai sujet, autour des plus grands quatuors (9, 10, 14, 15, 16) de Beethoven, incessant chantier des musiciens filmés dans la production même de la bande-son, un peu comme est filmé l'orchestre de Sauve qui peut (la vie). Piste à creuser à la prochaine vision.

Enfin et sans doute surtout, Notre Musique est aussi l'impitoyable autoportrait de Godard devant sa propre culpabilité de cinéaste qui ne sera jamais à la hauteur de ses ambitions, de ses missions, de ses devoirs (à ce propos, voir mes notes Éthique et esthétique, du 20 mars 2004). Grand virtuose de l'image, du son, tout de ce point de vue plie à sa volonté, même ce point d'interrogation en cadrage à l'aéroport au moment du départ, tout est sous contrôle. Tout (juste) sauf ce DVD que lui lègue Olga, en lui forçant carrément la main pour qu'il l'accepte, une Olga qu'il a négligée, sous-estimée, alors qu'elle dit tout de son projet de mourir dans un geste d'éclat (un peu comme Poiccard d'À bout de souffle: on apprendra qu'elle a été abattue parce qu'elle a mis la main à son sac qui, pour toute arme, ne contenait que des livres). Et lui, Godard, revenu dans son paradis suisse (où il filme en pur potache la dernière partie Le Paradis justement, gardé par des Marines et aux airs de discothèque, nouveau lieu du faux départ d'Adam et Ève), retourne à ses fleurs en pots et en caisses, et répond distraitement, du fond de son oubli, à un coup de téléphone qui lui rappelle l'existence de cette jeune étudiante, parmi ceux qui avaient attentivement écouté ses leçons de cinéma (si évidemment trop narcissiques, que je les crois sciemment filmées et données à voir pour telles), raison pour laquelle JLG en personne avait été invité à Sarajevo. Le travelling reste donc toujours une affaire de morale, mais Godard se confronte lucidement, pathétiquement, à son immoralité. Et à celle de tout le cinéma.

Tout fait de ce film une somme, un crépuscule, un testament. D'un grand artiste, d'un grand homme.

1. Sarah Adler, dans le rôle de Judith Lerner, qu'on croisera un instant dans Avanim de Raphaël Nadjari, et Nade Dieu dans celui d'Olga Brodski.

Photogramme © Notre Musique, un film de Jean-Luc Godard (2007).
Les dix premières minutes: générique et "Enfer" en vidéo.


En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
Si vous préférez le commander aux éditions Le temps qu'il fait,
cliquer ici.

lundi 6 août 2007

Écouter voir Ingmar Bergman




En fidélité à cet homme disparu, un mot de lui, parmi d'autres:
"Cette sinistre prison dont les geôliers sont nos mensonges, nos remords, nos terreurs, notre désarroi".
Un site exemplaire (en anglais), consacré à l'artiste (informations, citations, séquences, commentaires, photographies,
tout Bergman, sa troupe, ses proches, ses films, ses livres, sans oublier, de Liv Ulmann, Infidèle, dont nous reparlerons un jour).
D'où l'idée d'indiquer de grands sites, à gauche:
Le cinéma:
celui sur Paul Carpita, réalisé par son fils: découvrir un très grand cinéaste pour ceux, nombreux, qui le méconnaissent; un site pédagogique consacré à R. W. Fassbinder par la revue Cadrage, qui dispose d'autres dossiers intéressants (sur Maurice Pialat par exemple); un beau site en italien sur Luchino Visconti [désormais en vente! 6 juillet 2010], un autre enfin, exhaustif, animé et utile, sur Alfred Hitchcock. Mais, malgré mes recherches, à part les bonnes pages de Wikipédia, rien de satisfaisant pour l'instant sur Chantal Akerman, John Cassavetes, Bruno Dumont ici Flandres), Jean-Luc Godard (notre Pour Jean-Luc Godard), Anne-Marie Miéville, Yasujiro Ozu, Jacques Rivette. Ça viendra: alors en aurai-je peut-être fini avec le sujet.
Les écrivains: en plus du
joli site sur Jean Giono déjà signalé dans nos tables, ceux (en italien) des amis de Leonardo Sciascia et sur C. E. Gadda. L'amateur de Gustave Flaubert sera comblé par le site de l'Université de Rouen, textes et manuscrits numérisés, etc. et celui de Marcel Proust par le site en français de l'Université de l'Illinois. Ainsi sont-ils là, à peu près tous.

PS. Signalons la proche sortie en avril 2011 de nos essai "Filmer après Auschwitz / La question juive de Jean-Luc Godard", et "Pour John Cassavetes" aux éditions Le Temps qu'il fait.


Image: © Ingmar Bergman,
Persona, 1965.

Cinéma: un site exemplaire



Je découvre aujourd'hui le site du Ciné-club de Caen, créé en 2001 par l'Association du personnel de l'INSEE de Basse-Normandie: comme quoi on peut compter d'un côté et se dépenser de l'autre! Une filmographie complète de 300 réalisateurs au moins, et plus de 1000 films analysés. Derrière cette belle somme, du savoir, des lectures, du sérieux, et de nouvelles fiches analytiques l'enrichissent chaque semaine: tout savoir sur les auteurs, les films, les propositions de regard: c'est d'ores et déjà inépuisable, et même pas épuisant. Merci à Jean-Luc Lacuve et à son équipe.

vendredi 3 août 2007

Je suis le maître de la clé




En une du Monde daté du jeudi 2 août 2007, une photo d'un homme élégant et un titre, en forme de déshonorant jeu de mots: "Saïf Kadhafi donne des clés sur la libération des infirmières". Toujours en première page, le texte dit que le fils du président geôlier libyen "éclaire d'un jour nouveau les négociations (...) et que deux éléments, jusqu'ici passés sous silence par les négociateurs français et européens, ont pesé de façon déterminante, etc." Suite sur la moitié de la page 4: une autre photo en pied du maître des clés, un titre selon lequel notre homme "détaille un contrat d'armement entre Paris et Tripoli", et le texte reprend le même argument: cet homme révèle ce que nos "officiels français et européens ont préféré passer sous silence". Ce même fils, dont il est précisé qu'il "a joué un rôle décisif" dans cette affaire, dicte en anglais, au même moment, aux mêmes journalistes expressément convoqués par ses soins dans un hôtel de luxe à Nice, qu'il n'a jamais cru à la culpabilité des infirmières bulgares: "elles ont malheureusement servi de boucs émissaires". En revanche, dans un petit entrefilet en bord de page, réduit à l'état de quelqu'un qui se justifie tandis que l'autre "donne des clés", "révèle", "éclaire" et "détaille", notre ministre des Affaires Étrangères a "affirmé qu'il n'y avait pas de contrepartie financière", "a parlé devant la presse", reprenant ce qu'avait déjà dit la veille à la volée notre président Sarkozy, sur le perron de l'Élysée devant les perches, les appareils photo et les micros.


Personne d'entre nous ne peut affirmer savoir aujourd'hui ce qui s'est réellement passé, vendu, acheté, lors de ce grave marché, mais des moyens démocratiques peuvent rapidement être mis en œuvre pour construire un peu plus de vérité. Personne d'entre nous ne prend Kouchner ni Sarkozy pour des enfants de chœur qui n'auraient jamais menti, ni qu'on n'aurait jamais pris la main dans le sac, mais au moins n'ont-ils jamais poussé la forfaiture jusqu'à emprisonner, torturer, violer, condamner à mort des gens qu'ils savaient innocents, et les mettre impunément sous clés — c'est le mot, décidément — durant sept ans dans le but d'obtenir le jour venu des contreparties nécessaires. Et par le truchement de ces pages du Monde, un fréquentable assassin, grand ami du leader autrichien Jorg Haider, gentiment qualifié ici de "populiste", devient l'homme de qui vient la lumière des tapageuses et vertueuses vérités, l'indiscutable détenteur des clés.

Pourquoi notre quotidien prend-il les déclarations insupportablement cyniques de cet homme pour un document historique relatant des faits indiscutables et avérés, ou au moins pour argent comptant, alors qu'il frappe celles de nos gouvernants de suspicion, de mensonges et les réduit à l'état d'allégations, implicitement fallacieuses? Pourquoi dois-je croire l'un plutôt que les autres, pourquoi dois-je enfourcher cette mauvaise querelle, au seul bénéfice de pouvoir en toute bonne conscience m'emporter contre mes ennemis politiques? Pourquoi Le Monde, dont le seul métier est de savoir ce que les mises en mots et les mises en pages veulent dire, organise-t-il ainsi sciemment une telle désinformation? Cette partialité manifeste est-elle imposée par la force politique intrinsèque du fils du "Guide" — oui, c'est ainsi que Kadhafi père se désigne, en italien ça donne Duce et en allemand Führer —, ou sa puissance de conviction lui est-elle soudain conférée parce qu'elle sert les petits jeux de politique intérieure qui font la fortune de ces feuilles people et de notre personnel politique dans son ensemble, droite et gauche réunie (en ce qui concerne la gauche, ses leaders, au lieu de hurler démagogiquement avec ces loups dont l'intérêt immédiat est d'ameuter, auraient mieux fait de puiser dans leur expérience du pouvoir pour se souvenir qu'en matière d'armement les décisions prennent, fort heureusement, beaucoup de temps à se prendre, à moins qu'ils aient quelques comptes à régler avec leur ancien compagnon Bernard Kouchner, actuel ministre des Affaires étrangères)?

Comme dirait Stendhal, voilà maintenant des années que, pour ces clés et le plaisir d'un mot d'esprit, les journalistes du Monde et leurs relais pourraient commettre des assassinats.


Mardi 7 août 2007. — La suite est pitoyable pour Le Monde et c'est pourtant lui qui la donne dans son édition du mardi 7 août: dans un petit coin de la page 5 en bas à gauche, un articulet rapporte les nouvelles déclarations du dandy assassin, sans photo cette fois, mais un peu plus important tout de même que l'entrefilet de l'Agence Reuters consacré aux "affirmations" de Bernard Kouchner. Le titre: "Pas d'armes en contrepartie, selon Saïf Al-Islam Kadhafi". Pas besoin d'attendre les journalistes du Monde pour savoir que le décontracté tortionnaire mentait, et qu'il était évident, pour qui le premier problème n'est pas de se nourrir des querelles domestiques, que sa parole n'avait d'importance qu'aux yeux de ces hommes de plume.

Mais une nouvelle fois, le pire est dans ces lignes: "Dans un entretien au Monde, publié en date du 2 août, le fils du président Kadhafi n'a pas non plus explicitement [souligné par moi] parlé de contrepartie en matière de fourniture d'armements par la France". Pas explicitement? Alors, pourquoi cette tapageuse mise en page du 2 août et son titre "Saïf Kadhafi donne des clés sur la libération des infirmières"? Pourquoi ce titre page 4: "les coulisses de la libération des infirmières bulgares: le fils du colonel Kadhafi détaille un contrat d'armement entre Paris et Tripoli"? Pourquoi ces lignes de plomb, tout à fait explicites, elles: "Le contrat a pesé... de façon déterminante dans l'accord", ou "Le cœur du sujet entre Paris et Tripoli est donc l'affaire militaire"? Pourquoi avoir élevé les mensonges évidents de cet homme à la dignité d'un "entretien au Monde", qui a surtout entretenu toute une semaine de pseudo-polémiques, dont les démagogues de tous horizons se sont emparés fort explicitement et en toute connaissance de cause? Saïf Al-Islam Kadhafi s'est dédit, mais je n'aurai tout de même pas cette naïveté d'attendre longtemps l'examen de conscience des journalistes du Monde.

© Photographie: 24 juillet 2007: Les infirmières bulgares arrivent à Sofia. Auteur non identifé. Tous droits réservés.

mardi 31 juillet 2007

Lettre 1: printemps 2007


Dans
Images, deux albums: Jambes de Sicile et Sicile 2007.
Dans
Italiana, un court récit, Pour mémoire, préface à ma traduction du premier roman de Luigi Pirandello, Le Tour de rôle, suivi d'une lettre à Leonardo Sciascia du 3 novembre 1989...
La politique nous confronte aux
Avertissements de Londres et de Glasgow, des attentats qui n'ont rien d'attentats manqués, et aux événements d'Islamabad. Quant au Monde, il nous mène De Perec à Recep, à propos des législatives anticipées en Turquie.
Dans
Les Goûts Réunis, s'ajoutent aux
Entrées les recettes de la sicilienne caponata et du florentin cibreo, et s'ouvre l'inépuisable saga des pâtes: la recette des pâtes fraîches, une présentation générale qui donnera la pleine mesure du problème abordé, et l'essentiel du chapitre sur les pâtes à la viande: l'altière amatriciana, l'opulente bolognese, la matricielle carbonara, une fantaisie fort peu responsable autour du cibreo, et l'impossible pagliata du Testaccio. À suivre donc.