Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


dimanche 11 janvier 2009

Les propres mots d'un recteur d'académie


Lu dans
Le Monde des 11/12 janvier 2009.
Les faits. "Frappée aux jambes à la sortie du collège, dépouillée de son manteau, jetée à terre et contrainte à manger de la neige, la victime, une adolescente de quatorze ans, a déposé plainte pour "violences volontaires aggravées" et "insultes à caractère antisémite".
À titre conservatoire, quatre élèves sont exclus du collège Léon-Blum à Villiers-le-Bel, en attendant la décision du conseil de discipline, et sont mis en examen pour ces motifs. Rien d'inouï, il y a longtemps que ces pratiques (et de bien pires) sont connues de qui veut les connaître, par exemple au moins depuis la parution en 2002 du livre d'Emmanuel Brenner:
Les territoires perdus de la République (éditions Mille et une Nuits, — compte-rendu ici de Christine Guimonnetpuis une deuxième édition, avec une nécessaire mise à jour malheureusement, en 2004). Qui préférera commencer par aborder la question en la mettant à distance par la fiction, ce qui lui laissera provisoirement quelques échappatoires, pourra lire ce roman noir de Thierry Jonquet [décédé en août 2009]: Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, publié au Seuil en 2006 (Points / Seuil, 1814), sur lequel nous reviendrons un jour ou une nuit de plaisir de lire retrouvé.
Le texte. Alain Boissinot, recteur de l'académie de Versailles — ci-devant orfèvre de la pédagogie de la lecture, de l'histoire, et de l'explication de textes, avant de devenir "haut fonctionnaire" comme le désigne le Who's who — dans sa propre langue: "Il est établi que des propos antisémites ont été établis à son encontre, mais nous sommes incapables de nous prononcer sur un lien éventuel avec le conflit israélo-palestinien [...] Très traumatisée [la jeune fille n'a pas repris les cours. Le recteur s'est] "engagé à l'accompagner dans son souhait éventuel de changer d'établissement. [...] Nous voulons insister sur le fait que, quelle que soit la religion ou l'appartenance culturelle d'un élève, il est un petit Français. [Si le recteur reconnaît] une montée et une banalisation des injures à caractère religieux ou raciste [ce n'est] heureusement pas courant à ce niveau de gravité et de violence physique."
Sans souligner ici les contre-vérités, dédouanements, fuites et dénis, trop aisés à débusquer par chacun depuis que, répétons-le, ces faits et bien d'autres sont le quotidien de nombreux collèges, l'énergie et la patience me manquent pour faire simplement un sort à chaque mot et chaque implicite de ces énormités, proférées par un haut responsable de l'Éducation Nationale — peut-être en toute bonne inconscience de ce que parler veut dire, pour lui accorder avec beaucoup trop d'indulgence le bénéfice du doute. À donner simplement à lire donc, car, en ce moment et en l'état des choses, toute explication de textes relèverait de l'indécence.


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