Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


mercredi 15 avril 2009

Juif donc riche: Ilan Halimi (1983-13 février 2006)



Au début du siècle dernier, après l'Affaire Dreyfus pourtant, quand, quelque part dans le monde, un juif voulait donner une idée de son bonheur, il usait de ce vieux proverbe yiddish et se disait "heureux comme Dieu en France".

À la veille de l'ouverture à Paris du procès de ses bourreaux, il est nécessaire d'en revenir à Ilan Halimi. Avec l'aide de la romancière Émilie Frèche, la mère d'Ilan, Ruth Halimi, témoigne dans un livre: 24 jours, la vérité sur la mort d'Ilan Halimi, paru aux Éditions du Seuil, Patricia Jolly en donne une trop brève recension dans Le Monde du 15 avril 2009.

La mère d'un supplicié témoigne. — Ruth Halimi a fait inhumer son fils Ilan à Jérusalem, puis s'est assurée que l'on n'oublie jamais qu'il est mort en février 2006 au terme de vingt-quatre jours de séquestration et de tortures dans un appartement vide puis dans une chaufferie de la cité de la Pierre-Plate, à Bagneux, "parce qu'il était juif donc riche". Parce que dans l'esprit de Youssouf Fofana, son ravisseur franco-ivoirien, assisté de son macabre "gang des barbares", la communauté juive est "aisée et solidaire", prête à payer.
Dans
24 jours, le temps du calvaire d'Ilan, Ruth Halimi s'est appliquée à "consigner les faits" qui ont conduit son fils de vingt-trois ans à finir sa vie nu, tondu, le corps brûlé gisant le long d'une voie ferrée parce qu'il a commis l'erreur de suivre un vendredi soir une jeune et jolie cliente — appât venu l'aguicher sur son lieu de travail. Émilie Frèche, romancière et auteur spontanée de La Mort d'un pote (Panama, 2006) — un essai sur le calvaire d'Ilan —, a tenu la plume. Elle livre le récit simple et terriblement éprouvant de plus de trois semaines passées par la modeste famille du vendeur de téléphones portables gagnant mille deux cents euros par mois entre espoir, terreur et abattement, au fil des quelque six cents appels téléphoniques opérés par un ravisseur aux revendications décousues.
Dans cette douloureuse chronologie s'insèrent les éléments d'une enquête judiciaire dont les détails ne sont apparus aux proches du jeune supplicié que bien après sa mort, et dont Ruth Halimi dénonce ce qu'elle considère comme des manquements. Selon elle, la police s'est entêtée à voir dans l'enlèvement une affaire crapuleuse, alors qu'elle était "
avant tout antisémite".
Le silence imposé à la famille Halimi comme le refus de diffuser dès l'enlèvement le portrait-robot d'une des jeunes filles-appâts, au prétexte que cela aurait mis la vie d'Ilan en danger, ont, selon Mme Halimi, fait perdre un temps précieux. Ruth Halimi dénonce aussi plusieurs occasions manquées d'interpeller le ravisseur.
"
Croire que personne n'a rien vu, rien entendu, oui, il faut croire cela pour ne pas risquer de ne plus croire en rien...", souffle-t-elle, sidérée qu'aucun voisin de la cité-tombeau de son fils n'ait remarqué le manège. Car, aux côtés de Youssouf Fofana, pas moins de vingt-huit complices présumés comparaîtront à partir du 29 avril et durant dix semaines devant la cour d'assises des mineurs de Paris. — Patricia Jolly, Le Monde du 15 avril 2009.

Nécessaire d'en revenir aussi au livre d'Adrien Barrot, Si c'est un Juif. Réflexions sur la mort d'Ilan Halimi, Michalon, 2007 qui, partant de ce supplice, tente de comprendre ce qui a pu le rendre possible un an auparavant, dans l'ex-paradis de Dieu. Il nous livre, comme le résume Rudy Reichstadt dans son Blog à part, «des considérations souvent pénétrantes sur la consubstantialité du nazisme et du gangstérisme; l'inanité d'une critique sociale impénitente qui, trop souvent, trouve des excuses à l'injustifiable; le recyclage et le blanchiment de la haine antijuive la plus éculée par le truchement de l'antisionisme; le rapport du marxisme au "fait juif"». Adrien Barrot enseigne la philosophie à l'université de Paris-XII. Il a aussi écrit L'Enseignement mis à mort, Librio, 2000.
Enfin, la meilleure
synthèse détaillée sur ce sujet est fournie par Wikipedia, qui rapporte les faits, les commentaires, les positions des différents acteurs politiques et sociaux. Les différents liens indiquent que le ou les auteurs de cet article entendent le tenir scrupuleusement à jour. Qualité qui rend ls bandeaux de mise en garde apposés en tête par Wikipedia d'autant plus incompréhensibles, surtout si on les interprète comme des précautions de circonstance.