Mal nommer
les choses, c'est ajouter

au malheur du monde.

Albert Camus.


mercredi 16 décembre 2009

Nouvel an pour l'Iran




La situation en Iran est tendue à rompre d'un jour à l'autre. Le délai de réflexion sur la question nucléaire accordé au gouvernement iranien par le groupe des Six (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) expire dans moins de dix jours. Après quoi de nouvelles sanctions seront normalement décidées: sur les circuits bancaires, sur les voyages et les investissements, ou sur le pétrole, l'Iran important plus de la moitié de son carburant.

Les mouvements étudiants — faut-il rappeler que l'Iran est de loin, parmi les pays musulmans, celui qui compte le plus d'étudiants (trois millions et demi, deux Iraniens sur trois ont moins de trente ans)
, mais aussi la fuite de cerveaux la plus forte? — ne désarment pas: après les grandes manifestations au lendemain des présidentielles truquées, et après avoir détourné les manifestations du 4 novembre commémorant l'anniversaire de la révolution de 1979, ils ont, le 7 décembre dernier, revisité la Journée des Étudiants (trois étudiants assassinés en 1953) pour descendre par milliers dans les rues et réaffirmer leur rejet. Malgré quatre mille arrestations, des dizaines de morts et cinq condamnations à la peine capitale, le mouvement, soutenu dans l'opinion iranienne bien au-delà des manifestants, ne faiblit pas, et les manifestations religieuses pour l'entrée dans le mois de Mouharram, deuil chiite, ne vont pas manquer d'éprouver ses références montantes à la laïcité, L'armée elle-même commence à émettre des signes de doute et d'hésitations.

Menacé par le pouvoir qui entend donner suite à une plainte contre Mir Hossein Moussavi déposée par cent députés, l'ancien premier ministre et perdant des dernières élections, se retrouve, sans doute malgré lui, contraint d'afficher, sinon d'assumer, sa place d'opposant et appelle à la poursuite du mouvement de protestation. L’Akbar Hashemi Rafsanjani. lui-même, ancien président iranien et actuel dirigeant du Conseil de discernement, ne peut plus davantage se taire et tente de poser quelque distance avec ses alliés du gouvernement.

À part le Guide suprême et le Président, rares sont ceux qui comptent encore sur les sanctions pour susciter une réaction d'unité nationaliste autour d'un pouvoir qui aggrave chaque jour sa répression contre de plus en plus de gens. Il sera tenu au contraire pour partiellement responsable d'une obstination aveugle et sourde aux modifications du jeu international, que tous ses alliés traditionnels ont déjà comprises, qui n'aboutit qu'à une vie quotidienne, politique, économique et sociale, impossible. L'année 2010 sera nécessairement celle d'un autre Iran, qui aura grand besoin d'ouverture et d'attention.

© Photographie: Iran man. Auteur non identifié, tous droits réservés.