Mal nommer
un objet, c'est ajouter

au malheur de ce monde.

Albert Camus.


lundi 16 février 2009

Pour en finir avec Pierre Péan



Nous aurions vraiment aimé en rester là avec Pierre Péan. Mais puisque lui et ses pareils veulent réduire le problème de ce Monde selon K. à la présence ou à l'absence d'un mot malheureux ("cosmopolitisme"), et que nous savons leur mal plus profond, donnons à lire ce qu'il a écrit, p. 44 de son célèbre Noires fureurs, blancs menteurs: Rwanda, 1990-1994 (Fayard / Mille et une nuits, 2005):

«Les rebelles Tutsi ont (...) réussi jusqu’à maintenant à falsifier complètement la réalité rwandaise, à attribuer à d’autres leurs propres crimes et actes de terrorisme, à diaboliser leurs ennemis. Enquêter au Rwanda relève du pari impossible tant le mensonge et la dissimulation ont été élevés par les vainqueurs au rang des arts majeurs (…) Kagamé et ses collaborateurs Tutsi ont, jusqu’à présent, réussi à ce que l’opinion publique internationale prenne des vessies pour des lanternes. (…) Cette culture du mensonge s’est particulièrement développée dans la diaspora Tutsi. Pour revenir “l’an prochain à Kigali”, celle-ci a pratiqué avec efficacité mensonges et manipulations. Les associations de Tutsi hors du Rwanda ont fait ainsi un très efficace lobbying pour convaincre les acteurs politiques du monde entier de la justesse de leur cause. Elles ont infiltré les principales organisations internationales, et d’aucuns, parmi leurs membres, ont su guider de très belles femmes Tutsi vers des lits appropriés (…) Leur brillante intelligence a su parfaitement se jouer de nombreux milieux intellectuels».

Qu'on ne vienne pas ici nous parler de lecture symptômale, l'homme de plume organise le plus clairement du monde sa terrible transposition. En une seule page
(1), il orchestre: "diaspora Tutsi", "lobbying", son admiration pour la "brillante intelligence" prêtée aux Tutsi, qui "ont infiltré les principales organisations internationales". Plus précisément encore, il introduit son propre humour, en clarifiant l'intention des Tutsi par ce cauchemardesque "l'an prochain à Kigali" — fabriqué, il faut le rappeler, sur le modèle de la prière domestique récitée pour les fêtes de la Pâque juive: "L'an prochain à Jérusalem", prière d'espérance purement religieuse, dont il serait déjà malhonnête de s'emparer à propos du conflit du Moyen-Orient, Conflit et atavismes supposés dont les obsessions servent tant de pochoirs à ce journaliste qu'elles en deviennent ses clés délirantes pour conflits tous azimuts.

Travaux pratiques faciles à réaliser chez soi: remplacez dans le texte ci-dessus "Tutsi" par "Juif"
(2) ou "sioniste" et rien ne distinguera plus cette prose de celle des vulgaires antisémites.

1. On retrouvera ce passage, et bien d'autres malheureusement, dans une étude d'Assunta Mugiraneza: Pierre Péan et le Rwanda ou le discours de la haine (L'Arche n° 581, septembre 2006), qu'on pourra lire dans le site du collectif VAN (Vigilance arménienne contre le négationnisme, un de plus). Faut-il rappeler que dans son élan moralisateur, Pierre Péan minimise, pour le moins, le génocide des Tutsi? Comme quoi tous les négationnismes passent par des formes rhétoriques obligées.
2. D'autant que, pour les amateurs de glisse en politique, le problème pourrait se pimenter, si on ajoute foi à tous les historiens qui pensent déceler une origine juive des Tutsi. Par exemple, cette petite synthèse, L'origine juive des Tutsi, rédigée par Mathias Niyonzima. Et la blogosphère de s'emparer de cette thèse pour la glorifier ou la diaboliser, au gré des préjugés du lieu et du jour.

© Photographie: coiffe Tutsi, rappelant les coiffes royales pharaoniques, en particulier la
khepresh de Ramsès II (1279-1212 av. J.-C.). Auteur inconnu, droits réservés.

mercredi 11 février 2009

Le rêve brisé d'Arthur


Quel philosophe, quel historien, quel sociologue, démontera les mécanismes, analysera et explicitera les sens des enchaînements historiques qui auront rendu possible, fatale, nécessaire, la rédaction d'abord d'un tel texte en France, par cet homme et pas un autre, ce qui m'a donné l'occasion de le découvrir (1), mais aussi sa publication
dans Le Monde du 8 février 2009?

D'OÙ VIENT CETTE HAINE DES INCENDIAIRES DES ÂMES? — Après Vals-les-Bains et Lille, alors que je suis dans ma loge, on m'annonce que, pour la troisième fois cette semaine, des manifestants propalestiniens sont devant le théâtre où je dois me produire. Encore. Muni d'une banderole, un groupe scande: "Arthur sioniste, Arthur complice!" Un autre: "Arthur Essebag finance la colonisation!" D'autres encore brandissent à bout de bras des photos d'enfants palestiniens ensanglantés avec écrit: "Arthur soutient la guerre!" Et puis, se voulant sans doute blessant, mais juste ridicule, pathétique: "Arthur larbin!"
Par la fenêtre, au milieu d'un imposant service de sécurité, je les regarde. Ils sont moins nombreux qu'à Lille et Vals-les-Bains. Mais calmes. Organisés. Déterminés. Le plus effrayant, c'est qu'ils semblent sincèrement convaincus de ce qu'ils disent...
Après l'étonnement, l'incompréhension. Puis, le silence. Puis, ce dilemme que, pour la première fois de ma vie, je découvre: répliquer au risque de donner trop d'importance à une minorité de sots qui ne rêvent que de jeter le feu dans les esprits — où me taire en espérant, ainsi, apaiser cette violence folle? Il m'aura fallu attendre la troisième manifestation pour prendre mon parti. Je ne le fais pas pour moi. Je le fais pour les hommes et les femmes qui sont venus à ces spectacles malgré la menace, je le fais pour tous les amis, connus et inconnus, qui entendent ces inepties, m'écrivent et ne comprennent pas. Je le fais pour tous les simples citoyens qui n'ont pas le même accès que moi aux médias et qui ont à supporter, souvent avec plus de violence que moi, le même type d'injures, de stigmatisation, bref, d'antisémitisme.
D'où vient cette haine? Et qu'est-ce que je viens donc faire dans le conflit israélo-palestinien? Tout commence en janvier 2004, quand Dieudonné déclare au détour d'une interview au magazine
The Source, qu'il existerait «un lobby juif très puissant qui aurait la mainmise sur les médias, dont fait partie Arthur qui, avec sa société de production, finance de manière très active l'armée israélienne. Cette armée qui n'hésite pas à tuer des enfants palestiniens (2)». Qu'est-ce qui fait que ces propos aient été relayés sans commentaire dans les colonnes du Monde (3)?
Qu'est-ce qui fait que cette pure imbécillité, cette rumeur sans l'ombre d'un fondement, est aussitôt relayée par une grande partie de la presse? D'où vient que soit pris pour argent comptant le délire d'un humoriste qui eut, jadis, un peu de talent mais qui commence, à ce moment-là, la pathétique dérive qui, à coups d'insultes répétées contre des artistes juifs ou supposés tels, va le mener tout doucement au contact du
Front national? Je l'ignore. D'autres que moi recomposeront l'histoire de cette incroyable indulgence dont les provocations, les mensonges, les constructions énormes de ce personnage auront bénéficié dans les médias.
Pour moi, le mal était fait. Si c'était dans le journal c'est que c'était vrai. Suite à cet article, Dieudonné sera condamné pour diffamation raciale par le tribunal correctionnel de Paris et par la cour d'appel de Paris. Mais, encore une fois, le mal était fait. Et je me trouvais confronté à cette loi d'airain qui veut que, dans ces "batailles", là aussi, la première frappe est souvent, hélas, la plus dévastatrice.
Tous les témoins de ces manifestations racontent. De l'imbécile "Arthur est sioniste, il finance Israël avec son fric!", on est vite passé à l'infect "de toute façon il est juif donc il soutient les bombardements de Gaza!" Juif... sioniste... finance... fric... Tout est dit. Et, sitôt la dépêche AFP publiée, les sites et blogs Internet se déchaînent. C'est comme s'ils étaient dans les
starting-blocks et n'attendaient que cela. C'est comme si ceux qui n'avaient jamais pu exprimer leur fiel, leur antisémitisme à mon encontre, pouvaient enfin se lâcher au grand jour. Certains sites, débordés, horrifiés, fermeront leurs commentaires et forums; d'autres comme celui du Point où du Nouvel Observateur laisseront faire.
Quant à moi, pour la première fois de ma vie, à quarante-deux ans, je découvre cette forme de haine. Fini le cocon douillet de l'animateur vedette. Je prends de plein fouet ce drôle de retour du refoulé. Les vieux démons se réveillent et c'est moi, cette fois, qu'ils pointent du doigt. En surfant sur le Net dans l'encyclopédie
Wikipédia, je découvre, dès la première ligne, au milieu de mille inepties, que je suis "d'origine juive, marocaine" et plus loin "déjà multimillionnaire". Laurent Gerra, Jamel Debbouze, les autres artistes, ont-ils droit à ce type de précisions et, dans mon cas, d'imprécisions peu innocentes? Non. Arthur, juif, argent, marocain, donc pas français. Encore...
C'est aussi sur Internet que
Le Figaro a lancé l'odieuse rumeur "Arthur aurait vendu son appartement à Vladimir Poutine !" Non seulement odieuse, la rumeur. Non seulement lancée sur la Toile et aux chiens, sans que nul ait pris la peine d'aller à la source, se renseigner, vérifier. Mais fausse, évidemment. Dénuée — je rougis d'avoir à la préciser (4) — de l'ombre d'un fondement. Mais voilà... Tout le monde connaît Poutine...
Et quelle aubaine de pouvoir ajouter à mon portrait cette délicate nuance: "Arthur... argent... que ne ferait-il pour de l'argent, Arthur? Ces gens-là, les gens de son espèce, n'ont-ils donc aucun principe, aucune valeur et, quand il s'agit d'argent, aucune retenue?", "Arthur sioniste! Arthur finance l'armée d'Israël!": cette horrible phrase, ce mensonge repris en boucle par des centaines de sites et d'articles de presse, comme j'aurais aimé qu'un journaliste, un seul, prenne soin de le vérifier.
J'aurais aimé que le maire de Lille réagisse. J'aurais aimé que le maire de Belfort réagisse
(5). J'aurais aimé que tout ceci ne soit qu'un cauchemar. Mais ce n'est pas un cauchemar et le réveil est douloureux.
Même si je suis sonné, je reste debout. Même si c'est compliqué, je mets un point d'honneur à ce que ma tournée se poursuive. Venant de ma part, certains trouveront tout cela anecdotique. D'autres non.
Je m'appelle Jacques Essebag. Je suis né le 10 mars 1966 à Casablanca. Durant la guerre des Six-Jours, ma famille a quitté le Maroc pour s'installer dans la patrie des droits de l'homme. Je suis français.
Jamais je n'aurais imaginé, que dans mon propre pays, dans ce pays que j'aime tant, dans ce pays qui m'a tant donné et auquel j'essaie de rendre un peu, on puisse manifester contre moi uniquement parce que je suis juif. — © Arthur,
Le Monde du 8 février 2009.

1. N'ayant jamais écouté ni les stations de radio ni les chaînes de télévision où il a déployé sa carrière, ne découvrant certains de ses amis ou ex-amis humoristes que lorsque d'autres raisons les ont fait sortir de ce qui était pour moi un anonymat, apprenant aujourd'hui qu'il a acquis une certaine notoriété sur des scènes de boulevard, et qui fut son épouse, je n'avais jusqu'ici aucune raison de mentionner seulement ce prénom (et finalement aussi ce nom) dans Ralentir travaux.
«Creuse, vieille taupe», comme disait Karl Marx, à propos des ruses de l'Histoire qui, progressant toujours par son mauvais côté, surgit toujours là où on ne l'attend pas.
2. C'est pour nous une sorte d'axiome: Toujours aux faussaires échappe quelque chose de l'ordre du langage. Ici, cet éloquent glissement du conditionnel vers l'indicatif montre à soi seul comment l'insinuation se fait assertion, presque preuve. La réciproque de notre axiome n'est évidemment pas vraie.

3.
Le Monde précise, entre parenthèses: "
NDLR : Notre édition du jeudi 8 janvier 2004 citait les propos de Dieudonné au magazine The Source". Notons à notre tour qu'Arthur confirme la mention de ces déclarations par le quotidien, mais qu'il déplore son absence de commentaires. Ceux-là même que Beaumarchais appelle "libres".
4. Le site d'@rrêt sur images publie la capture d'écran du "confidentiel" du Figaro.fr du 23 mai 2008 et le droit de réponse d'Arthur, publié le 5 juin par le quotidien. Il reste, en effet, que la quasi-totalité des blogs qui ont relayé la rumeur n'ont jamais rien corrigé.
5. En clair: Martine Aubry (PS) à Lille et Étienne Butzbach (Gauche unie) à Belfort. Jean-Claude Flory (UMP) maire de Vals-les-Bains a
appelé à la vigilance, aussitôt après l'annulation du spectacle le 16 janvier 2009.

samedi 7 février 2009

Le torchon brûle



Un plumitif récidiviste — Pierre Péan — qui commence dans les vingt premières pages par écrire que ce qu'il va révéler sur un homme — Bernard Kouchner — peut se passer de preuves; que les échafaudages qu'il va rapporter ensuite ne dénonceront aucune illégalité commise par ce «personnage», comme il le désigne; qui entraîne ensuite son lecteur — appelons par convention "lecteur" celui qui se laissera longtemps piéger par lui dans cette posture, je n'en suis pas — dans un embrouillamini autour du Rwanda, où seul un expert pourrait distinguer pour l'honnête homme le faux du vrai, le clair de l'obscur; qui finit surtout par dire clairement que ce qu'il a à reprocher en réalité à cet homme, ce sont: son sentiment «américanolâtre» (1), son «rêve d'effacer cinquante ans de politique étrangère indépendante de la France», son rejet d'une «indépendance nationale honnie au nom d'un cosmopolitisme anglo-saxon» et, ni last ni least, ses origines (2), devinez lesquelles; qui laisse son éditeur — Fayard! on se souvient des régulières imprécations morales de son directeur Claude Durand sur les torpilleurs de l'édition française — mettre éhontément leur commun produit à l'ombre portée de trois immenses écrivains, en le titrant Le monde selon K. (nous vous laissons le bonheur de puiser dans vos vraies lectures pour identifier vous-même les écrivains sous-jacents: vous vous direz alors avec moi: oui, rien que ça!) et à l'abri d'une "couverture" (sic) où l'homme en question, tel une épousée ravie, se blottit dans les bras de l'ancien président américain (3), l'éditeur donc, puisque éditeur il se nomme, comptant ainsi faire confluer sur son poulain nos admirations littéraires et les petites haines indécises; un tel auteur ne saurait être un homme libre, ni son propagateur (4). Nous n'avons aucune estime particulière pour ce qu'a pu déclarer ou faire le Ministre des Affaires Étrangères, nous l'avons dit en son temps, mais nous attendons l'historien, ou au moins le libre journaliste d'investigation, qui nous éclairera posément sur la vie, la cour, les intérêts et les mobiles d'Un certain P. P. (j'offre ici le titre à celui qui s'aventurera dans les mystères d'une si longue et si durable carrière). Un brûlot? Non, un torchon.

1.
«Américanolâtre»: accusation (car c'en est une: quel mot désigne la vertu inverse?) que Bernard Kouchner n'a guère de mal à nuancer: «Je conseille à l'auteur de relire mon article dans Le Monde à l'époque "Non à la guerre, non à Saddam". J'y écrivais très clairement: "il ne faut pas suivre les Américains, ils nous mentent sur les armes de destruction massives. Il faut passer par le système des Nations Unies." (...) J'ajoute, si c'est nécessaire, que pendant une bonne partie de l'année qui vient de s'écouler, je me suis ouvertement opposé aux Américains, que ce soit sur le Liban, les relations avec la Syrie, l'entrée de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'Otan ou la poursuite de la colonisation dans les territoires palestiniens».
2. Pierre Péan écrit:
«Bernard Kouchner insiste sur sa "double judéité", affirmant paradoxalement que "être à moitié juif, c'est être deux fois juif", comme s'il voulait indiquer qu'il faut chercher là le principal moteur de ses actes (...) cela permettrait de comprendre son engagement fort et constant auprès des minorités». Voici comment Pierre Péan induit ce qu'il convient de penser des gens et les choses: "paradoxalement", "comme si". Comme s'il suffisait d'affirmer pour que le lien "comme s'il voulait", le "paradoxe", et le béni conditionnel présent, deviennent à chacun évidents car, franchement, je ne vois aucun "paradoxe" dans cette profonde réflexion de Kouchner, ni aucune invitation à y réduire ses actes et ses engagements que je peux comprendre tout autrement. Comme si Pierre Péan ne faisait qu'entrer dans les désirs de Bernard Kouchner en allant chercher là où il lui indique de le faire. Comme s'il suffisait qu'il confesse après coup (ah, l'art du trop tard quand, comme on dit, le mal est fait!) qu'il n'aurait pas dû utiliser le mot "cosmopolitisme": pour quelle réédition d'ailleurs, car, pour l'instant, malgré ces réserves mentales, Fayard se borne à réimprimer, et à tour de bras. Et quand auteur, éditeur et leur cour auront tenté de fixer toute l'opération sur la présence ou l'absence de ce sacré mot, qu'adviendra-t-il de tous ces restes?
Nous écrivions "plumitif récidiviste". Sur la façon dont le professeur de morale instrumentalise les clichés et — disons — préjugés sur la perfidie, la duplicité, le génie, certes, mais malfaisant, de certaines ethnies, voir notre note du 16 février 2009, ci-dessus.
3. Cette photographie eût-elle été authentique, elle eût depuis longtemps fait le tour du monde. Nos deux moralistes, auteur et éditeur, auront sans doute préféré abriter leurs leçons de morale sous un montage au détourage — words, words! disons plus simplement un bidouillage tout à fait bâclé d'ailleurs: Didier Thimonier, l'atelier / © Suzanne Plunkett, la photographe, Landov / Maxppp.
, l'agence.
4. Et qu'on ne vienne pas cyniquement (de cynos = chien) nous dire que c'est grâce à ce genre de produits réimprimé deux fois le jour même de sa sortie que Fayard peut nous offrir presque en même temps un volume superbement illustré: Leçons sur l'Enfer de Dante, deux conférences données par le jeune Galilée sur la géométrie de l'Enfer, traduites par Lucette Degryse et postfacées par le grand scientifique Jean-Marc Lévy-Leblond. Alors nous vient enfin l'envie, la joie, l'ardente obligation d'écrire le mot "livre", et de rappeler que le premier principe de Ralentir travaux est de ne jamais faire ni des livres ni des films de critique négative, le silence alors l'exprimant bien mieux,
ce qui n'est évidemment pas le cas quand nous sommes soumis ensemble à des opérations politiques, et qu'il nous faut bien protester. Au moins.

vendredi 6 février 2009

Leonardo Sciascia: vingt ans après



Le site déjà signalé
Amici di Leonardo Sciascia (1921-1989) nous propose d'inviter nos lecteurs à apporter leur signature au texte
Nous nous en souviendrons de ce maître — allusion à l'épitaphe, en italien, citant une exclamation attribuée par Léon Bloy à Auguste de Villiers de L'Isle-Adam (1), voulue par l'auteur sur sa tombe au cimetière de Racalmuto: "Nous nous en souviendrons de cette planète", à qui — rappel — nous consacrons ici un dossier in progress. Nous voudrions aussi vous recommander le menu déroulant "Media Gallery", qui offre une collection unique audio et vidéo (Youtube, Radio radicale, France 3, et bientôt la RAI), mise à jour régulièrement et avec ferveur.
(2)

1. «Ah! nous nous en souviendrons de cette planète! me disait Villiers de l’Isle-Adam, étant tous deux, les pieds dans la crotte froide, un certain soir où il semblait que nous aurions pu livrer nos droits d’aînesse pour un bon dîner devant un bon feu.» Extrait d’une lettre à «un géographe», tirée de: Léon Bloy, Mon journal, 7 juillet 1899, I, 273, Bouquins / Laffont, 1999).
Pour en savoir davantage sur l'histoire de cette épitaphe chez Leonardo Sciascia, qui lit l'italien se reportera au texte ci-dessous écrit par Angela Diana Di Francesca:
Note sull'ultimo enigma
.

2. Un autre site, toujours en italien (le site propose une version anglaise), Regalpetra, donne nombre d'informations inédites et introuvables ailleurs sur Leonardo Sciascia et son proche environnement, en particulier ses itinéraires. Jusqu'à plus ample informé, il semble ne pas fonctionner sous Firefox, utiliser Safari ou Explorer
. Nous y reviendrons.

Image: © Auteur non identifié, tous droits réservés.

mercredi 4 février 2009

Lettre 8: hiver 2008-2009


USA 2009: 1. Le dernier discours: Monsieur John Mac Cain (extraits). 2. À l'ouest, de nouveau, les premiers mots d'Obama.
— Israël-Palestine:
1. Urgences pour un état de grâce, traduction d'un communiqué de Americans for Peace Now. 2. Amoz Oz: Une voix d'Israël. 3. Du courage pour chaque jour: le conflit, suite.
Nos balises sur l'islamisme montant: 1. La vierge et la verge se remarient (2), suite de Vierge est la verge ou l'heureuse annulation de l'annulation du mariage de Lille laisse pourtant les vraies questions en l'état. 2. Les "inconnus" de Bombay, et leur "nouveau" modus operandi, ou comment les attentats islamistes du 26 novembre 2008 à Bombay peuvent mener la pensée par le bout du nez. 3. Un éditorial de Cyrano, sur Ripostes laïques, sur Le vrai courage.
Liber@ Te: 1. Patrice Gouy (La Croix): Florence Cassez a trente-quatre ans, un jugement au Mexique. 2. Rama Yade, la demoiselle d'honneur, ou la passion en politique. 3. Aux carrefours du pouvoir et du devoir, sur un article du Monde émanant des LDH, nationales et internationales. 4. Les propres mots d'un recteur d'académie, ou du désespoir en explications de textes, suivi de La langue un bien commun? petit élargissement du même sujet.
Judaïca: 1. Abdelwahab Meddeb nous donne le texte intégral d'un article publié trop partialement dans Le Monde du 13 janvier 2009: Pornographie de l'horreur. 2. David Grossman: Parler, une autre voix israélienne sur le proche avenir.
Les Trains de Lumière: 1. Le texte écrit par Louis Aragon en 1965 sur Pierrot le fou: Qu'est-ce que l'art, Jean-Luc Godard? 2. Un grand film de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige: Je veux voir (2008). 3. Tout ce que je peux pour Jean-Luc Godard, sur le film d'Alain Fleischer sur le cinéaste. 4. JLG: Un goût de revenez-y, sur une variation de Godard dans Le Mépris. 5. À redécouvrir: Charles Matton.
— Nos compagnons: 1. Après ses textes sur Carlo Emilio Gadda, Louis Bernardi nous offre Alessandro Baricco et la chapelle Sixtine. Éloge de Sans sang, sur un roman de cet auteur italien. 3. Philippe Méziat nous donne aujourd'hui une chronique du Jazz à Bordeaux de 1988 à 2008, en deux livraisons.
Images: Après ses nouveaux croquis et peintures, Éveline Lavenu nous livre aujourd'hui de nouvelles gouaches.

La plupart des articles se retrouvent en défilant les varia et leurs libellés en page d'accueil et suivantes, avec option en lecture plein écran. Utiliser aussi la liste des libellés et Tout retrouver en colonne de gauche et la table générale qui liste tous les articles par auteur.

Image: ©
Le jardinier de Brooklyn,
tiré de Manhattania, Maurice Darmon, 2008. Autres images.

dimanche 1 février 2009

Tout ce que je peux pour Jean-Luc Godard




Il faut s'y résigner: qui n'est pas parisien, ou qui ne sera au jour dit dans les lieux rares de quelques villes citées plus bas, ne verra pas au cinéma le film d'Alain Fleischer, Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard. Le DVD sera en principe disponible dans six mois.

Les
Éditions Montparnasse, qui distribuent le film, précisent ces dates et lieux de projection. Leur site diffusera les débats parisiens a priori riches et passionnants qui accompagneront les projections du film au Reflet-Médicis (1).
On peut y trouver aussi différents téléchargements d'articles de presse et cinq courts extraits du film.

Le site de Philippe Sollers diffuse le bel entretien (27') avec Alain Fleischer et surtout Nicole Brenez dans l'émission Tout arrive du 21 janvier sur France-Culture. Il propose quelques courts textes:
Jean-Luc Douin, La solitude de l’incompris; Jean-Philippe Tessé, "Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard" est un film simple; Matthieu Santelli, Godard, on le sait, est un grand bavard, dont on trouvera ici le texte complet, sur le site Critikat. Pour mémoire, sur le même site, un article de A. Gauvin, auteur du dossier, rappelle l'existence du curieux DVD: Godard-Sollers: l’entretien.

Les Cahiers du Cinéma proposent enfin en PDF une critique du film par le même Jean-Philippe Tessé:
L'Atlas.

Bribes et éclats donc. Enragé de n'être pas convié à la fête, voilà, avec
notre dossier en permanent enrichissement sur Jean-Luc Godard
, à peu près tout ce que je peux faire pour ce film sur le cinéaste, le 1er février 2009, ici, dans une agglomération de 700.000 habitants, à huit cents mètres des cinq écrans d'Utopia: "Salles art et essai à Avignon, Bordeaux, Montpellier, Pontoise et Toulouse", précise leur site. Grâces soient donc rendues au Fresnoy-Studio national (École de cinéma de Tourcoing, où le film est partiellement tourné), au Royal (Toulon), au Cratère (Toulouse), à l'Institut de l'Image de l'Université d'Aix-en-Provence, au Concorde (Nantes), au Café des Images (Hérouville Saint-Clair), au CNP-Odéon (Lyon) d'avoir aussitôt compris que, au-delà des dérisoires opinions personnelles ou stratégies fiscales et financières, ce film nous offre peut-être les deux dernières heures de conversations en morceaux qu'aura publiquement accordées le solitaire de Rolle.


1.
débats en ligne: Alain Fleischer et Dominique Païni (57') — Stéphane Delorme et Serge Lalou (6'). — André S. Labarthe (49') — Catherine Millet, Jacques Henric, et Dominique Païni, ne pas se laisser décourager par un début narcissique et laborieux, la seconde moitié est excellente et, surtout, Jean Narboni s'invite durant les dix dernières minutes! (60') — Alain Fleischer et Sarkis (60') — Alain Fleischer, Nicole Brenez, David Faroult, Pilippe Gandrieux, et Lionel Soukaz (78') — Alain Bergala (62') — Jean Nouvel et Alain Fleischer (42') — Serge Toubiana (42').
C'est aussi l'occasion de rappeler l'entretien réalisé par Olivier Bombarda et Julien Welter, avec de belles images de Thomas Schwoerer, pour le compte d'Arte et des Cahiers du Cinéma, réalisé au lendemain de la projection du film d'Alain Fleischer au festival de Locarno.


En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
Si vous préférez le commander aux éditions Le temps qu'il fait,
cliquer ici.

Photogramme: © Jean-Luc Godard, Prénom Carmen (1983).

Jean-Luc Godard: un goût de revenez-y



Et puisque nous en sommes à notre cinéaste, nous nous amuserons autour d'un point d'histoire. On se souvient de la phrase qui clôt le générique du Mépris (1963): «Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs. Le Mépris est l'histoire de ce monde.»

On donnera toutes ses chances à cette phrase en se souvenant que le cinéaste a souvent affirmé contre vents et marées que le cinéma était pour lui la seule réalité. Soit. Si, pour le moment, nous en restons au terre-à-terre, les cinéphiles savent, pour l'avoir lu partout, que la phrase réelle, beaucoup plus aisée à comprendre il faut l'avouer, est citée par André Bazin († 1958) dans son livre Qu'est-ce que le cinéma (1), mais qu'elle est de Michel Mourlet: «... le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs ...» dans l'article Sur un art ignoré, dans le n° 98, août 1959, des Cahiers du cinéma. Tous ceux qui voudront en savoir un peu plus se reporteront au très intéressant Carnet de route de Michel Mourlet, qui, le 1er octobre 2008, a saisi l'occasion de nouveaux avatars de sa phrase pour faire le point sur cette affaire.

Courons au secours de notre emprunteur fétiche en citant exactement Alain Bergala, qui, dans son par ailleurs magnifique Nul mieux que Godard (Essais / Cahiers du Cinéma, 1999), justifie théoriquement ce type de tour de mémoire: Godard, écrit-il p. 181, «a une façon bien à lui de faire revenir les phrases des autres dans son discours ou dans ses films. Elle consiste à citer "à peu près" la phrase originelle, non par défaut de mémoire ou par manque de précision, mais parce que c'est dans ce "peu" près, grâce à cette minuscule différence, que la phrase peut réellement re-venir». Abyssal tiret déconstructeur, méditatif italique... On peut aussi dire, plus prosaïquement que, une fois «revenus», les oignons n'en sont que meilleurs.

1.
Qu'est-ce que le cinéma? comportait quatre tomes: I. Ontologie et langage — II. Le cinéma et les autres arts — III, Cinéma et sociologie — IV. Une esthétique de la Réalité: le néo-réalisme. Un choix d'articles en un volume est disponible: Qu'est-ce que le cinéma? aux Éditions du Cerf / 7e art, 1976/1999.

En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
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Photogramme: © Jean-Luc Godard, Le Mépris (1963).