Mal nommer
un objet, c'est ajouter

au malheur de ce monde.

Albert Camus.


samedi 11 avril 2009

Josette Roudaire: Henri Pézerat (1929-2009)




Le 30 juin 2008, nous avions évoqué Henri Pézerat, grand universitaire à Jussieu, dans notre article
Lanceurs d'alerte. Il est mort le 16 février 2009. Les organes de presse et les communiqués officiels des organisations ouvrières auront été sobres sur l'événement. Ailleurs, beaucoup savent néanmoins grâce à Henri Pézerat que l'union — une vraie, celle qui ne veut pas d'abord créer des masses de manœuvre — entre les travailleurs des usines et des lieux de science et de culture est nécessaire et possible. Nous retiendrons, parmi d'autres témoignages et hommages publiés, par exemple sur le site de Ban Asbestos, celui de Josette Roudaire, présidente du CAPER-Auvergne:

Je garde ça d’Henri. — Il y a des personnes, qu’on aime tout de suite, et presque aussitôt on sent que ce qui commence est définitif. C’est ce qui s’est passé avec Henri.
Il faut un peu se remettre dans le contexte, l’ambiance, l’air du temps social, le climat politique de ces années Giscard qui n’étaient pas que les années «pattes d’éph». 68 n’était pas bien loin et les débats ouvriers, étudiants, usines, facs, CGT et autres, étaient plutôt rudes… et nous… nous étions des cégétistes très cégétisées dans notre usine à Clermont-Ferrand.
La crise déjà, c’était celle du pétrole à ce moment-là et elle faisait des ravages. Des tas de petites boites fermaient un peu partout. Dans le Puy-de-Dôme, il y avait plus de dix usines occupées pour refuser le chômage, Amisol était l’une d’elles. En effet le 13 décembre 1974, sans tambours ni trompettes, la fermeture de l’usine était annoncée, laissant deux cent soixante-et-onze personnes sur le carreau.
L’amertume, la colère, le besoin de faire quelque chose, de continuer à exister, de compter, au moins un peu, ont conduit à l’occupation de l’usine, avec, comme revendication: «sa réouverture…»
On en était là, quand une délégation de Jussieu est venue à notre rencontre. Ils étaient plusieurs, attentifs et militants, mais celui dont l’humanité nous a «transpercés» c’est Henri. On ne peut pas expliquer, décrire, tout ce qui s’est passé, déclenché à ce moment-là. Nous n’avions d’ailleurs pas du tout conscience de ce qui se «jouait» alors. Ni sur le sens de cette rencontre, ni sur la synergie fabuleuse qu’elle provoquerait. Ni sur le fait qu’une page de l’histoire de la lutte contre l’amiante s’écrivait. Et, encore moins, ce que cela recelait pour nous personnellement.
Nous étions des victimes de l’amiante à l’état pur, à l’état brut, gavées de poussières, ignorantes du danger mais avec un capital de combativité assez important.
Henri, lui, arrivait avec le savoir le plus avancé qu’il soit en matière d’amiante et surtout la volonté d’en faire quelque chose, de le mettre aux services de ceux qui en avaient besoin. Pour lui, comptaient surtout ceux qui ne comptaient pas, ou si peu, dans cette société et ça, ça nous réchauffait, ça nous donnait du courage. Avec respect et patience, mais sans le moindre paternalisme, Henri nous a dit ce que nous aurions dû savoir, ce qu’on nous avait toujours caché: «L’amiante tue et
Amisol ne doit pas rouvrir!»
Et puis, chemin faisant, avec lui, on a compté nos morts. Il y en avait douze en quelques petites années. Les malades, comment savoir? Personne n’était suivi, aucun examen sérieux. On passait bien quelques radios, sauf que ce n’était pas les bonnes. C’était précisément celles qui ne permettent pas de voir quoi que ce soit.

Recevoir tout ça, digérer tout ça en si peu de temps dans une usine fermée, occupée, en ruines, avec des ouvrières déjà cabossées par la vie et mises complètement «en vrac» par la situation, et, continuer le lendemain, et le surlendemain, et tenir, et faire tenir les autres et recommencer. Il a bien fallu qu’il se passe quelque chose de fort pour que tout se déroule sans drame, sans
catastrophe.
C’est peu de dire que cette relation entre Henri et les Amisol avait de l’épaisseur. Les qualificatifs, les mots sont un peu dérisoires dans ces cas-là. Pourtant, dans ces années-là, il était courant chez les ouvriers de se méfier de ces intellectuels qui allaient dans les usines. C’était une époque… une culture… une connerie, mais, c’était comme ça à ce moment-là...
C’était en tous cas pour nous, une souffrance supplémentaire, pas facile à dire, ni même à se l’avouer à nous-mêmes. Les militants qui exprimaient ces idées étaient avec nous tous les jours, sans défaillance, solidaires et courageux, protecteurs même.
Henri et l’équipe de Jussieu étaient pour nous quelque chose du même ordre et pourtant c’était autre chose. C’est difficile de l’expliquer correctement, en respectant chacun. On a reparlé de tout ça avec Henri, mais l’histoire avait passé.
L’amiante était interdit et personne ne pouvait dire qu’Henri n’était pas l’âme de ce combat. On était même arrivés à ce temps où il n’y avait plus que des résistants anti-amiante, jusqu’aux «négationnistes» d’hier.

Quand en 1994, n’en pouvant plus de voir souffrir et mourir les
Amisol, on a rappelé Henri pour relancer la lutte, c’est reparti comme si on s’était quittés la veille. S’est alors engagée la deuxième étape de cette lutte infernale.
Avec Henri, nous avons construit la première association de victimes ouvrières à Clermont: le
CAPER (Comité Amiante, Prévenir et Réparer). Puis il s’est acharné à construire l’Association Nationale de Défense des Victimes de l’Amiante, l’ANDEVA. Acharné, le mot n’est pas trop fort, tant il a fallu de ténacité, d’endurance et de persuasion pour y arriver mais il en fallait plus pour arrêter Henri. Et ça a été une aventure passionnante !!!
Toutes ces années de travail seul, voire seul contre tous, aboutissaient enfin et les victimes allaient compter. On retrouve ici ce fil conducteur caractéristique d’Henri: «Que rentrent en scène ceux qui sont ignorés, niés, bafoués, empoisonnés même, dans ce cas précis».

Tous les documents, les travaux, les articles, les témoignages, les photos, les pièces, les preuves que possédait Henri, tout a été mis au service de cette cause. Le premier C.A. de l’
ANDEVA s’est constitué à partir de sa connaissance des victimes.
Sa créativité, son travail, son courage ont permis de lancer l’association comme un contre-pouvoir intransigeant, c’est ce qui a fait avancer plus vite vers l’interdiction de l’amiante la réparation pour les victimes.

C’était ça Henri Pézerat.

Un être magnifique qui a su nous transmettre tellement de choses et qui n’a jamais usé de son
statut d’intellectuel pour nous enfumer. Quelqu’un qui aimait les autres et refusait ce système pourri.
Il paraît qu’on est vieux quand on arrête de vouloir changer le monde.
Assurément Henri est mort jeune.
Les victimes de l’amiante lui doivent à peu près tout.

Les victimes d’Amisol lui doivent tout.
Et moi je lui dois d’être un peu plus libre dans ma tête.

© Texte: — Josette Roudaire, présidente du CAPER-Auvergne. Photographie:
Libération, 2007. Légende: Les paquets d'amiante étaient chargés à la fourche dans cette machine. La poussière était telle que l'on n'y voyait plus rien, la machine une fois en route.

mercredi 8 avril 2009

Fantasia chez les Pigs



Un moment protégée par sa monnaie, l'Europe semble penser, à l'abri du contre-exemple de l'Islande, que son dynamisme, après avoir surmonté la catastrophe franco-allemande, lui aura fourni une belle panoplie d'instruments d'abord de sauvetages financiers, puis d'interventions économiques. Mais voilà: fort de son droit souverain, chaque pays de l'Union a empoigné ces outils communs pour répondre à ses problèmes domestiques, financiers et économiques: l'Espagne avec sa question immobilière, l'Irlande avec ses liens privilégiés aux États-Unis, l'Allemagne et ses exportations vers l'Europe et vers la Chine. Ainsi, en quelques mois, l'espace européen financier et économique s'est largement distordu, sinon disloqué. Et maintenant, ce sont les finances publiques des différents pays qui commencent à susciter la défiance envers notre monnaie, supposée commune. Supposée, puisque certains dirigeants européens en sont arrivés à distinguer dans l'Union des États "
pigs", que d'autres préfèrent appeler "le Club Med" de l'Europe, c'est-à-dire les pays dont les difficultés seraient telles qu'ils seraient contraints de sortir de la zone euro pour purger leur dette. En clair, la Grèce, le Portugal, l'Italie, l'Irlande, l'Espagne, la Belgique sont déjà explicitement en vacances, et d'autres, comme la France, attendent sur le pré.

Gardons-nous d'ironies faciles et suicidaires: les sommets G de tous gabarits ont le mérite de se réunir (où en serions-nous s'ils ne se réunissaient même pas?) mais n'abordent pas les problèmes essentiels, largement identifiés: le monde entier éclate des tensions entre excédents commerciaux d'un côté et déficits gigantesques d'un autre; accumulation de l'épargne à un pôle et de consommateurs de l'autre; le cas d'école que représente le mercantilisme de la Chine, qui souscrit à l'Organisation Mondiale du Commerce d'une main et manipule sa monnaie de l'autre pour lui interdire une normale appréciation, afin de demeurer une immense machine à exportations, à investissement, à épargne, sans s'équilibrer vers sa demande intérieure, d'où viendrait une solution réelle à long terme.
Mais la maison brûle. Les USA doivent trouver dès 2009 (cette année!) deux trillions de dollars, l'Europe autant (mais libellés en euros). Cela représente au moins le triple de ce qu'ils lèvent en temps ordinaire. Si la Chine ne vole pas au triple galop au secours du dollar une fois encore (et le dollar ne l'intéresse que si elle continue à exporter), où les USA trouveront-ils tout cet argent, l'Europe semblant penser de fait qu'il lui suffira de s'engouffrer derrière l'inévitable reprise américaine?

L'euro peut-il rester encore longtemps tiraillé entre une politique monétaire correctement menée par la BCE et vingt-sept États qui continuent à avoir, chacun chez soi, chacun pour soi, le pouvoir de supervision, interdisant ainsi à l'Europe d'assumer collectivement la dette des États qui la composent? L'unique logique s'impose pourtant: les pays de l'Union les plus touchés doivent recevoir des autres une aide solidaire à bon compte, et les contribuables des Pays-Bas, de l'Allemagne, de la France doivent se sentir engagés par la dette grecque, portugaise, etc. Autrement dit, l'Europe doit modifier très vite son fonctionnement institutionnel. Si cette révolution, d'essence politique, ne se fait pas dans un avenir immédiat, alors un ou des pays de l'Union feront bientôt défaut et se refermeront sur leur propre misère. L'euro se sera révélé notre ligne Maginot économique et l'hyper-inflation réglera partout les dettes à sa façon.

© Photographie: Maurice Darmon, Scène de marché, 2008. voir autres Images.

mercredi 1 avril 2009

Jocelyne Dakhlia: La lingua franca




Jocelyne Dakhlia, directrice d'études à l'EHESS, vient de publier un ouvrage dense, mais de lecture passionnante et aisée: Lingua franca, histoire d'une langue métisse en Méditerranée, aux éditions Actes-sud, 2009.

L'expression fait peut-être référence à la langue des Francs, et remonterait donc aux Croisades. Ou "Franc" désignerait simplement en monde musulman le chrétien d'origine occidentale, de même que, pour les Européens, "Turc" désignera le musulman en général. Une expression précoce se trouve dans ce texte du XIII
e siècle
Contrasto della Zerbitana (i.e. "la Djerbienne, la fille de Djerba", texte ici, 1284/1305?). Mais son développement (et la période qu'étudie surtout ce livre) date de l'explosion de la course au XVIe siècle: prises corsaires, captures et rançons fonderont cet instrument de communication.
En 1612, Frère Diego de Haëdo (
Topographie et histoire générale d'Alger, 1612, réédité par les éditions Bouchène, 2005, avec une préface de Jocelyne Dakhlia), rédempteur des captifs, parlant d'un "patois de nègres", précise que cette langue franque "ainsi appelée par les musulmans pour toutes les affaires" est utilisée par "même les femmes et les enfants". Si les musulmans n'utilisent jamais entre eux cette langue dont les mots sont d'origine essentiellement romane, la notation est importante: l'utilisent, bien sûr, marins, diplomates et marchands, qui peuvent venir d'Angleterre, du Danemark, de l'Est européen, mais aussi femmes, enfants, domestiques, concubines, esclaves et captifs des deux bords. Beaucoup de mères en terre musulmane seront italiennes par exemple, même si la lingua franca ne deviendra jamais une langue autochtone, ou maternelle.
L'échange s'opère dans les deux sens: les documents, vénitiens par exemple, prouvent que beaucoup de musulmans voyageaient en Europe pour le commerce ou par la captivité. Entre le XVI
e et le XIXe siècle, son aire d'exercice dépasse largement la Barbarie (Maghreb actuel) et s'étend profondément dans tout le bassin méditerranéen, Alger, Tripoli, Smyrne, Marseille, Livourne, Naples, jusqu'à Constantinople.
Cette langue possède une matrice syntaxique réelle, mais minimale: des verbes, mais leur usage au seul infinitif la condamne au présent et à la parataxe; des noms, mais sans genre ni nombre; des pronoms simplifiés (
mi, ti). Dénuée de tout prestige, en particulier littéraire, les traces et les citations abondent pourtant dans la littérature européenne. Les
Nouvelles exemplaires (1613) de Cervantes et Le Captif (inséré par Cervantès en 1605 dans Don Quichotte, sur la base de sa propre captivité dans les chiourmes barbaresques) montrent justement l'existence de locutrices et même un usage de cette langue dans l'échange amoureux. À Venise, en témoigne dès 1545 La Zingana (La Gitane, pensons à "Gipsy", égyptienne) de Giancarli, jusqu'à L'impresario de Smyrne de Goldoni en 1759. En France, le fait que Molière l'utilise très souvent, en particulier dans la fameuse turquerie-ballet du Bourgeois Gentilhomme, IV, 5 (1670), musique de Lulli sur un livret écrit par un expert historique, le chevalier Laurent d'Arvieux (qu'on retrouve dans d'autres épisodes diplomatiques dans le Bassin) prouve que cette langue est aisément compréhensible par les spectateurs de l'époque. Cette pièce serait même le berceau du mot "sabir": "Si ti sabir, ti rispondir: si toi savoir toi répondre" (1). Dans Les Fourberies de Scapin (1671), une galère est au quai à Naples, et les protagonistes seront invités à bord par un Turc (roué bien entendu). Dans Le Sicilien ou l'Amour peintre (1667), la liste des personnages indique "Isidore, Grecque, esclave, (...) musiciens, troupe d'esclaves, troupe de Maures, deux laquais", et le valet Hali précise: "Sotte condition que celle d'un esclave!" dès la scène première. Jean-Jacques Rousseau discutera dans cette langue avec l'archimandrite grec de Jérusalem dans une "auberge" (mot issu de la lingua franca!) suisse et sera même engagé comme interprète: doit-il partie de cet intérêt à son père, horloger à Constantinople? Ou encore Gulliver, (1721) désespérant de se faire comprendre par les habitants de Lilliput, tentera en vain, après toutes les langues, d'utiliser la lingua franca.
Langue commune ne signifie pas pour autant cordialité. Le contexte (galères, — «Mais que diable allait-il faire dans cette galère?» — conversions et renégats, esclaves, ou simples divergences d'intérêts) est fréquemment au contraire l'angoisse, le conflit, l'adversité, la cohabitation violente et forcée. L'utiliser suppose l'existence de l'autre, de l'étranger avec qui il faut bien échanger, sans concession identitaire. Mais du coup, l'utiliser, c'est ipso facto reconnaître la réalité et la valeur des distances, des coutumes, des lieux et des usages. Elle est ce que Jocelyne Dakhlia appelle une "no man's langue", un peu comme l'anglais aujourd'hui qui, utilisé partout dans le monde, ne répand pas spontanément la concorde. Exit l'illusion espérantiste.
Des enjeux pour aujourd'hui? L'inventeur du "choc des civilisations", Bernard Lewis, pensait expliquer le déclin des sociétés d'islam par leur absence de curiosité, leur repli intellectuel, leur "quasi-ignorance des langues occidentales". La recherche de Jocelyne Dakhlia met au contraire en lumière la grande connaissance en monde musulman des savoirs européens fonctionnels: "la part d'européanité du monde arabo-musulman ne se réduit pas à l'héritage colonial mais (...) elle [lui] est bien antérieure. Et (...) du coup, il faut cesser de penser les relations entre les deux rives de la Méditerranée comme un simple rapport dominants-dominés". En outre, n'oublions pas que, en terre d'islam où musulmans côtoient au quotidien Grecs ou Arméniens par exemple, les convertis ont pu devenir ministres ou occuper souvent de très hautes fonctions. Voit-on un seul cas symétrique en Europe? L'asymétrie est surtout visible dans ce fait que les musulmans n'ont pas produit une étude savante des langues européennes, ce qui ne voulait pas dire qu'ils ne les connaissaient pas.
Justement, au XIXe siècle de la colonisation, cet orientalisme savant européen va accompagner le mouvement d'études des "langues pures" et l'oubli de la
lingua franca. Après 1830, elle incorpore davantage de mots issus des dialectes arabes et, alors qu'elle transcendait les classes sociales, elle devient le "sabir" discriminant des portefaix, des domestiques, des prostituées, des indigènes et des petits blancs.

C'est à Tunis que j'ai connu ce sabir, ce dernier avatar de la
lingua franca. Je l'ai entendu, je l'ai parlé un peu, aimé dans la bouche de ma vieille Rosina Vitto qui m'éleva après avoir vu naître mon père, tous les matins dans notre maison avant de regagner chaque soir son patio de la Petite-Sicile, je l'ai écouté goulûment enfin entre 1953 et 1957, lorsque, dans la salle des fêtes
du Lycée Carnot — un vrai théâtre avec scène et rideau rouge —, j'assistais, enfant, aux "one-man show" (sketches tirés de ses Sabirs, 1927 ou de ses Cris de Tunis, 1941; ses versions des Fables de La Fontaine ou, le 22 mai 1954, à 16 h. 30, cette causerie — une table, une carafe — Si Tunis m'était conté, téléchargeable ici), donnés par un vieux monsieur, bon Français, bon chrétien, ancien élève des Frères des Écoles chrétiennes, un certain Eugène-Edmond Martin roi du palindrome, le truculent, l'inoubliable Kaddour ben Nitram. Ou à plat ventre sur le frais carrelage aux splendides couleurs et aux mystérieux dessins du 6 rue de Corinthe (près des rues Navarin, d'Athènes ou de Sparte, des impasses du Pirée ou de Salonique, ronde des ports autour de l'immense friche du séculaire cimetière juif désaffecté, aujourd'hui gare routière), la tête dans les mains, quand, sur notre phonographe à manivelle, parlaient, du même Martin/Nitram, les 78 tours.

1. Découvrons à cette occasion toute la belle Dormeuse blogue, qui cite un passage de la scène 1 de l'acte V.
© Photographie:
Juif de Djerba, auteur non identifié, tous droits réservés.

mardi 31 mars 2009

jeudi 26 mars 2009

lundi 23 mars 2009

samedi 7 mars 2009

Bruno Étienne, un ami disparu


Bruno Étienne est mort le 4 mars dernier à Aix-en-Provence. Nous l'avions connu, et nous étions réjouis ensemble de son humour mordant toujours en éveil, qui redoublait chaque fois qu'on lui signifiait un désaccord (et ça arrivait, et il y avait parfois de quoi!), lorsqu'il nous fit l'honneur de participer au numéro 10 de notre ancienne revue Le Cheval de Troie (1994), consacré à Abd El-Kader. De l'Émir, qui n'était alors guère en odeur de sainteté, ni même à la mode, comme c'est heureusement davantage le cas aujourd'hui, ses Écrits spirituels (Seuil, 1982) n'allaient bientôt plus être indisponibles: leur traduction de Michel Chodkiewicz, qui participa également à notre livraison, fut rééditée en cette même année 1994. Bruno Étienne, qui terminait alors la rédaction de son livre, Abdelkader, nous avait donné La smala, une confrérie nomade (texte ici), fort généreusement puisque son livre fut publié à la fin de cette même année 1994, chez Hachette.

On retrouvera l'homme et l'auteur dans différents sites. Par exemple:

Une franc-maçonnerie ravagée par la démagogie profane, article publié dans Le Monde du 9 septembre 2000.
— On trouvera une bibliographie et surtout les
liens vers plusieurs de ses textes dans l'article, par ailleurs tout à fait insuffisant, consacré à lui par Wikipedia
. D'autres liens vers ses écrits sont offerts par La Pensée de midi, revue littéraire éditée par Actes-Sud.
— On écoutera et on verra
une formidable conférence dans le cadre de l'Institut Universitaire de France: Journées annuelles et colloque scientifique: le changement, prononcée le 11 mars 2004 à l'Université Louis Pasteur de Strasbourg (45 ').

Enfin, Xavier Ternisien rend dans © Le Monde du 7 mars 2009 un académique mais nécessaire hommage au compagnon disparu. À lire en attendant.

Un intellectuel iconoclaste. — Bruno Étienne, mort d'un cancer le 4 mars à l'âge de 71 ans, ne concevait pas sa fonction comme celle d'un chercheur s'enfermant dans les enceintes étroites des académies scientifiques, mais comme celle d'un acteur prenant la parole haut et fort au centre du débat public.
Né le 6 novembre 1937 à La Tronche (Isère), il s'est formé à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence puis à l'Institut Bourguiba des langues à Tunis, où il a appris l'arabe. En 1965, après avoir soutenu une thèse de doctorat en droit sur Les Européens et l'indépendance de l'Algérie, il part pour l'Algérie où il travaille comme coopérant.
En 1980, il devient directeur du laboratoire du CNRS sur le monde arabe et professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence. En 1985, il fonde l'Observatoire du fait religieux, qu'il dirige jusqu'en 2006. Il forme des centaines d'élèves, au point qu'on peut parler d'une "école aixoise", dont il a été l'initiateur. Parmi ses disciples, on peut citer Franck Fregosi, Jocelyne Cesari, Raphaël Liogier.
Il a été l'un des premiers politologues à s'intéresser à l'islam, une spécialité réservée jusque-là aux orientalistes, spécialistes de la langue et de la culture arabe. En 1987, il publie L'Islam radical (Hachette).
Son intérêt pour l'islam politique le conduit à se pencher sur la sédentarisation des immigrés du Maghreb en France. Il publie en 1989 La France et l'islam (Hachette).
Bruno Étienne est l'un des premiers vulgarisateurs de la formule "Islam de France", soulignant le processus de "nationalisation" de la religion musulmane dans l'Hexagone. Il contribue à remettre en cause le cliché d'une religion étrangère et importée, montrant sa proximité et ses affinités avec l'histoire de France. Ses travaux convergent vers la même idée: l'islam est devenu une religion "française" et la France sera probablement appelée à être une terre de réforme musulmane.
Il insistait, par ailleurs, sur le fait que l'islam n'était qu'une des dimensions de la vie des musulmans en France. Devant ses élèves, il répétait cette phrase: "Quand on fait des enquêtes sur les musulmans de France, on en trouve davantage au PMU qu'à la mosquée!" Comme le souligne Franck Fregosi, "il n'a cessé d'affirmer l'inexistence d'une communauté musulmane entendue comme un ensemble monolithique d'individus ayant les mêmes pratiques, défendant les mêmes intérêts et mus par le souci de l'unité communautaire".
Lors de la première guerre du Golfe (1990-1991), il a ouvertement critiqué la participation de la France à la coalition alliée. En 2004, au moment du vote de la loi interdisant le voile à l'école, il s'est prononcé en faveur d'une laïcité ouverte et tolérante, déclarant sur un mode provocateur: "C'est aux jeunes filles voilées que l'on doit donner les palmes académiques et non au ministre qui les a exclues!"
"Il a toujours refusé de succomber aux visions sécuritaires à propos de la présence musulmane en France", rappelle Vincent Geisser, chercheur au CNRS. De ce point de vue, il fut l'un des principaux inspirateurs de ce qui allait devenir le Conseil français du culte musulman, défendant une conception gallicane de l'islam de France. Bruno Étienne n'hésitait pas à dénoncer les dictateurs du monde arabe. Dans ses écrits, il critiquait régulièrement les régimes dits "laïcs" autant que les théocraties du Golfe, dont il dénonçait l'hypocrisie.
L'universitaire était membre du Grand Orient de France et ne se privait pas de mettre le doigt sur des travers affairistes ou bureaucratiques. "Il faut renoncer à un certain nombre de pratiques qui ont conduit les obédiences maçonniques à devenir des machineries administratives gérées par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego", écrivait-il dans Le Monde en septembre 2000.

QUÊTE SPIRITUELLE. — Son appartenance maçonnique était partie prenante d'une quête spirituelle plus large qui ne l'a jamais quitté. Même si celle-ci s'accompagnait d'un comparatisme érigé en règle, qui basculait facilement dans le relativisme. "J'ai très rapidement cessé de me moquer des rituels de l'autre et considéré que l'eau de Lourdes valait bien celle de la source de Zemzem ou de Bénarès, que l'homme en noir devant le mur des Lamentations n'était pas plus ridicule que celui qui, s'agenouillant jusqu'au sol, se meurtrissait le front ou que celui qui tournait en rond agitant une clochette", écrivait-il en 1999. Il a consacré une biographie monumentale à Abdelkader, héros de l'indépendance algérienne, mais aussi soufi et franc-maçon.
Au fond, ce protestant de culture, quatrième dan de karaté Shito-ryu, autant attiré par le bouddhisme que par l'islam, n'aimait rien tant que l'éclectisme. C'était sa manière à lui de chérir l'humanité. Quelques mois avant sa mort, il déclarait au quotidien La Provence [1]: "J'ai une certaine sympathie pour la connerie des hommes, leur volonté de défendre leur peau. Tout ce que l'humanité produit, même de mauvais, m'intéresse." — Xavier Ternisien.

1. Le blog Éduc, hébergé par La Provence publie ce très bel entretien en date du 30 septembre 2008, précédé d'une présentation sérieuse, et réjouissante de P. Wallez. Tout le personnage est là.

© Photogramme tiré du film de Mohamed Latreche, À la recherche de l'Émir Abd El-Kader (2004).

mardi 3 mars 2009

Surveillance globale (2): les fous du roi




Un site, fort facile à retrouver, propose à chacun de géolocaliser tout mobile par GPS, avec une précision d'un mètre, ce qui devrait combler les amis en peine de retrouvailles, les patrons abusifs, les maris, amants ou amoureux jaloux. Bien présenté (malheureusement, j'en parle en connaissance de cause) ce site est pourtant un hoax, c'est-à-dire en clair un canular. Des plus obscènes au demeurant. Je venais de rédiger la recension sur Surveillance globale, enquête sur les nouvelles formes de contrôle (Climats / Flammarion, 2009), le bon livre d'Éric Sadin, et cette "preuve" de plus, tombée ainsi à point nommé, m'a si fort sauté aux yeux que ma méfiance habituelle sur ces liens venus d'ailleurs a été anesthésiée.
Nous pourrions en rester là et, profil bas, boire notre honte dans notre coin. Mais la vérité nous oblige à poursuivre: voilà que ce genre d'
hoaxes voudraient nous faire rigoler gras d'une vraie menace, dont ce livre, et notre recension donc, soulignent la gravité.
Car les instruments existent vraiment pour de tels repérages. Ainsi, ces services sont proposés par
Google par exemple, sans qui le Net aujourd'hui ne saurait vivre. En voici, sur un site d'informations techniques, la description en français
, qui donne aussi le lien anglais direct pour Google. Ou ici en français, Google latitude, un service internet qui ressemble comme deux gouttes d'eau au site pornographique auquel nous faisions allusion mais qui, lui, est opérationnel. Quant à iPhone, il le propose directement activable sur son mobile (toujours en anglais, mais aisément compréhensible).
On croira se rassurer en remarquant que l'inscription à ce service est volontaire. On s'illusionnera plus encore en prétextant que l'activation peut toujours être temporairement neutralisée, ce qui signifie, pour qui sait lire, que l'inscription est irréversible, et que le mobile continuera d'être localisé, même une fois l'application quittée, comme le précise la note d'information citée ci-dessus. D'autres s'effraieront de l'avènement de
Big Brother. Mais, si prophétique qu'il soit, Big Brother est le cauchemar d'une dictature de gens surveillés malgré eux. Ces services nous ouvrent à la douceur du "Meilleur des mondes" avec notre assentiment, que la récurrence de mots tels que "nice", "pretty", "friends", "fun", "no worries", voudrait rendre joyeux.

Ce que nous montre aussi, heureusement, le livre d'Éric Sadin, c'est qu'il est urgent, possible, efficace même (voir les déboires de
Facebook ou de la RATP dont nous parlions dans notre article de ce 27 février) de réagir et de nous défendre contre cette "surveillance horizontale", de refuser, par tous les moyens à notre disposition, de lui apporter plus avant notre complice concours. Qui se traduit entre autres par un pullulement irresponsable de canulars qui n'aboutissent qu'à encombrer nos boites aux lettres et, nous transformant en fous du roi, à aggraver la désinformation.

© B. Boukerma, Un monde meilleur, cité dans
Orient-Express photographies.

lundi 2 mars 2009

TSF Jazz, Accujazz, Les Allumés du Jazz: qualité à profusion



Écouter du jazz de qualité sur le Net n'est pas si courant qu'on l'imagine. Remercions
notre collaborateur en la matière, Philippe Méziat, de nous avoir parlé de TSF Jazz, une station qui n'est certainement pas inconnue des amateurs chevronnés. Nous l'avons explorée cette semaine et, vraiment, en famille, nous sommes allés de surprise en surprise. Le cœur vivant de la station est réuni dans le chapitre Podcasts — on ne peut vraiment podcaster, mais on peut écouter à la demande — qui ouvre en particulier sur
Jazzlive, ensemble mensuel de concerts récents de belle qualité, enrichi de quelques perles plus anciennes que nous vous laissons le plaisir de découvrir; sur Si bémol et fadaises où Pierre Bouteiller organise des semaines thématiques; sur les Lundis du Duc (des Lombards) dirigés par Sébastien Vidal. Un peu partout ensuite, sur le reste du site, des informations, des chroniques d'actualité du jazz (mais pas seulement, du cinéma, des expositions, du théâtre aussi dans Coup de Projecteur) et des anniversaires de l'histoire du jazz, dignement célébrés. On ne peut épuiser en paroles le contenu d'un site aussi musical, qui semble avoir tellement à cœur de se renouveler que vous ne parviendrez probablement pas à déguster le menu mensuel, entrées, fromages ET dessert.

Le saxophoniste Alex Golino (voir dans Jazz à Bordeaux de Philippe Méziat) nous fait par ailleurs un immense cadeau en la matière: il nous révèle l'existence du site le plus complet possible sur ces musiques, Accujazz, the future of jazz radio, en anglais comme cela se lit, qui organise notre écoute en différentes stations, au choix. Par styles, par instruments, par compositeur, par décades, par régions et le reste dans "others", et, quand on clique, on ouvre sur une surprise, toujours nouvelle.

Enfin, nous rappelle Philippe Méziat, tous ceux que le jazz de tous ne suffit pas à rassasier iront sur le site des Allumés du Jazz, qui allie la profonde tradition à l'extrême modernité. Ce site d'entreprise informe de façon riche sur les quarante-neuf labels indépendants qu'elle distribue, où il puise un choix en continu sur une Web Radio. Et comme chez les grands tout est grand, ainsi qu'aime à dire une autre de nos amies, ni Accujazz ni TSF Jazz ni Les Allumés du Jazz ne sont avares en adresses et liens de toutes sortes, inépuisables. D'une certaine façon, nous en avons pour la vie.


vendredi 27 février 2009

Éric Sadin: Surveillance globale



Facebook
a voulu modifier les conditions d'utilisation de sa plate-forme, en s'arrogeant le droit d'archiver et de réutiliser à perpétuité les données, renseignements et historiques de ses membres, y compris après leur départ. Les protestations des clients utilisateurs l'ont contraint à reculer, au moins provisoirement et assez formellement, puisque rien ne l'oblige vraiment à détruire les données dont il dispose.
La RATP impose le remplacement de la
Carte Orange par le
Passe Navigo, fichant les identités et les déplacements des abonnés, données que la Régie peut conserver quarante-huit heures. Là encore, des protestations et des organismes publics de surveillance ont imposé à la Régie un Passe Navigo Découverte, dit "anonyme" ou "non personnalisé", bien qu'il faille donner son nom et son adresse pour l'obtenir, et le payer alors que l'autre est gratuit. De plus, il n'est pas remplaçable en cas de perte, et proposé à contrecœur par le personnel qui n'a pas toujours été soigneusement instruit de ses modalités. Malgré tous ces obstacles et pénalités, 40% des abonnés ont opté pour cette formule.
Dans son ouvrage
Surveillance globale, enquête sur les nouvelles formes de contrôle (Climats / Flammarion, 2009), l'écrivain Éric Sadin, artiste, enseignant dans les écoles d'art, analyse avec précision les changements en cours depuis les attentats de 2001, décidément une rupture historique majeure à bien des égards.
Il montre que, désormais et pour longtemps,
l'architecture technologique est parfaitement au point, avec l'interconnexion généralisée, la géolocalisation, la vidéosurveillance "intelligente" en liaison avec des logiciels d'analyse comportementale, la constitution de bases de données, la biométrie, les puces et nanopuces, et ce qu'il appelle "l'horizontalisation de la surveillance": tout le monde regarde tout le monde et, parmi eux, des spécialistes regardent tout le monde. Le rôle des prestataires privés de droit américain, comme Facebook justement, Google, ou Yahoo y est prépondérant.
Il montre ensuite que l'incertitude géopolitique encourage
les politiques sécuritaires et enferme les États démocratiques dans un double bind: pour pouvoir garantir la sécurité aux citoyens d'une façon supposée dissuasive et économique, sinon efficace, ils sont amenés à policer toujours au plus près la vie sociale (le fichier Edvige, retiré sous la pression citoyenne, ou le Système de Traitement des Infractions Constatées, STIC), pénétrer toujours davantage dans l'intimité de la vie et même du corps des citoyens (ainsi le Dossier Médical Personnalisé pourra stocker toutes informations sur nos soins, nos achats de médicaments et, à l'avenir, des implants dans notre corps seront autant de quantificateurs thérapeutiques, en vue de réguler et d'optimiser économiquement la politique de santé).
Cette politique sécuritaire se distingue théoriquement de
l'agressivité marketing, mais la croise souvent dans les faits. Nous sommes sensibles à la vidéosurveillance parce que les caméras sont visibles et doivent d'ailleurs être légalement accompagnées d'une "information claire et constante" sur leur présence. Elles sont d'autre part un enjeu électoral important: ainsi la Ministre de l'Intérieur promet le triplement des circuits vidéo dans Paris en 2009. Mais l'arbre cache la forêt: le plus important reste la récolte maximale, non visible, de nos traces éparses d'achats, de centres d'intérêts, modes de transport, en vue, une fois ces données croisées et recoupées, de dresser des cartographies relationnelles et comportementales susceptibles d'alerter pouvoirs politiques et agences de marketing, qui les réalisent, se les vendent et se les achètent. Car si, aux USA par exemple, la loi interdit aux agences sécuritaires de collecter certaines informations, elles peuvent les acheter à des sociétés commerciales. Pour la RATP, l'un des intérêts majeurs du Passe Navigo est de pouvoir vendre les informations dont elle dispose, afin d'aider les sociétés commerciales à mieux cibler leurs stratégies d'anticipation de désirs d'achat et de fidélisation de leurs clients, et les agences sécuritaires, privées ou publiques, à mieux contrôler les déplacements des citoyens et des foules, vous et moi, a priori innocents et non suspects de quoi que ce soit, si ce n'est parfois d'avoir envie de manifester non loin d'une bouche de métro.
Ne soyons pas naïfs: le foisonnement de nos traces complique leur analyse mais sophistique aussi les outils de leur traitement. Face à ces processus périlleux, l'auteur espère enfin que nous ne sommes pas entièrement démunis. Les lois, selon lui, demeurent notre arme principale: à condition pourtant que, comme l'ont montré ces récentes affaires rappelées ci-dessus, nos vigilances collectives et citoyennes poussent à leurs promulgations. Sans oublier enfin nos conduites individuelles quotidiennes car, si un fichier comme celui du
STIC se fonde sur des manquements à la loi afin de déceler des suspects, avec une efficacité discutable et des marges d'erreurs colossales attentatoires à nos libertés premières (1), nous ne livrons à Facebook et consorts que ce que nous souhaitons lui confier, et ces informations, accessibles à chacun, "copains", mais aussi agents d'embauche par exemple, sont souvent bien plus intimes et précises que celles rassemblées à grands frais dans les fichiers de police. C'est pourquoi, dit-il, les dénonciations frontales de tels dangers sont ambiguës, car il est bien plus vrai que, si nous n'y prenons garde, nous alimentons nous-mêmes, nous disséminons nous-mêmes toutes ces traces intimes, de notre plein gré (2).

1. "Le contrôle a confirmé que la possibilité de consulter à des fins d’enquête administrative le STIC — fichier de police judiciaire très partiellement mis à jour — représente un enjeu majeur pour les citoyens et peut entraîner des conséquences désastreuses en termes d’emplois. De surcroît, la procédure du droit d’accès indirect ouverte à tout citoyen, en raison de sa complexité juridique et de sa durée, n’est pas adaptée aux exigences du marché de l’emploi qui requiert une réponse extrêmement rapide." Extrait de CNIL: Conclusions du contrôle du Système de Traitement des Infractions Constatées (STIC), rapport remis au Premier ministre le 20 janvier 2009, téléchargeable dans son intégralité ici (1er février 2010: la page n'existe plus).
2. Grâce à mon aveugle imprudence, la question prend ici une suite.

Photographie: © Maurice Darmon,
590 Madison Avenue, in
Manhattan, mai 2008 (cliquer sur l'image pour l'agrandir). Autres images.