Mal nommer
un objet, c'est ajouter

au malheur de ce monde.

Albert Camus.


jeudi 25 septembre 2008

Israël Palestine - Le combat pour la paix



Nous reproduisons ci-dessous le texte fondateur du
Collectif deux peuples deux États (1er janvier 2004, certes, mais, s'il est toujours l'urgence, espérons qu'il n'aura pas perdu de son actualité). [Suite à une vérification du 1er septembre 2010, le texte a disparu et plus aucun lien ci-dessous ne semble fonctionner. Nous gardons donc ce texte ici pour mémoire, c'est le cas de le dire.]

Un espoir renaît aujourd'hui au Proche-Orient. Du sein des sociétés israélienne et palestinienne, des voix citoyennes viennent de s'élever avec courage et lucidité. Elles proclament que malgré la violence et le fanatisme accumulés depuis près d'un siècle, un accord entre les deux peuples est encore possible.
Portées par des patriotes israéliens et palestiniens, l'
Initiative de Genève lancée par Yossi Beilin et Yasser Abbed Rabbo et La Voix des Peuples d'Ami Ayalon et Sari Nusseibeh prennent en compte la dignité, les craintes et les aspirations les plus profondes de chacun des deux peuples. Elles indiquent en préambule le principe fondamental qui les anime: «deux peuples, deux États». L'État d'Israël comme État du peuple juif, l'État de Palestine comme État du peuple palestinien, tous deux issus d'un mouvement légitime de libération nationale. L'une et l'autre prévoient en particulier: un démantèlement de la plus grande partie des implantations juives en Cisjordanie et Gaza, des échanges de territoires acceptés par les deux parties sur la base des frontières de 1967, une résolution digne et réaliste de la question des réfugiés palestiniens conditionnée au respect de la souveraineté israélienne, l'arrêt des violences et un partage de Jérusalem comme capitale des deux États. Ces initiatives procèdent d'une vision, celle qu'Israéliens et Palestiniens puissent un jour vivre en paix, côte à côte, au sein de deux États souverains et démocratiques. Cette vision, nous la partageons.
Par la création d'un collectif, les
associations signataires expriment leur volonté de soutenir toutes les initiatives en vue d'un accord permanent entre Israéliens et Palestiniens fondées sur ces bases. Nous appelons toutes celles et tous ceux qui soutiennent ce texte fondateur à nous rejoindre. Signez la pétition.

dimanche 21 septembre 2008

Éveline Lavenu: bloc de croquis


Éveline Lavenu nous avait déjà donné quelques-unes de ses peintures acryliques sur La Hague et sur Les vaches, et de ses gouaches, sur lesquelles notre compagnon Henri Harismendy avait écrit un bel article, Femmes. Elle complète ses gouaches de neuf nouvelles venues. Nous voici davantage dans l'intimité d'une création qui, dans une vive capture des apparences et une ascèse du trait continu, s'approche mieux chaque jour des mystères de la chair et de la grâce.

Image: © Éveline Lavenu.

mercredi 17 septembre 2008

Du nouveau pour Manhattan


Créé autour d'images ramenées de Manhattan, nous prolongeons notre dossier Manhattania avec le catalogue de notre exposition (Bordeaux, été 2008). Ensuite, aux textes déjà présents (Paul Auster: City of glass, extrait et sa traduction; Stanley Bard: J'ai quand même fait une œuvre, non? sur l'hôtel Chelsea; nos notes diverses: Chroniques américaines, présidentielles 2008, et notre dossier Frederick Wiseman, nous ajoutons: 1. François Busnel, Il était une fois New York, recensions sur Lire (décembre 2005), de Antonio Muñoz Molina, Fenêtres de Manhattan; Mario Soldati, Amérique premier amour; Jerome Charyn, C'était Broadway. 2. Un texte pédagogique (CNDP) de Philippe Leclercq: Pacte autobiographique, sur Manhattan de Woody Allen.

Image: © La tour de Babel, tiré de Manhattania, Maurice Darmon, 2007. Et autres Images.

lundi 15 septembre 2008

Quelques films de Jean-Luc Godard



Profitant de notre mise à jour du dossier Jean-Luc Godard, les rudes cinéphiles et les internautes patients trouveront ici (table des vidéos) les accès vers plusieurs films du cinéaste, disponibles sur le Net en version intégrale.

Les palmes de la qualité, de l'audace, du confort visuel, de l'honnêteté, reviennent à Ubuweb, où on peut voir un trésor de plus de deux heures: France / Tour / détour / deux enfants, co-réalisé avec Anne-Marie Miéville (comme beaucoup de ses films ensuite) pour Antenne 2 en 1978, au temps où — fût-ce en traînant parfois un peu des pieds — la télévision française produisait des chefs-d'œuvre. Le même site propose, du Groupe Dziga Vertov, quatre films, toujours en version intégrale: Pravda, 1970; Le Vent d'Est, 1970; Lotte in Italia, 1970; Vladimir et Rosa, 1971. Et quelques films du Groupe Medvedkine, qu'a bien connu Godard. Enfin, un Entretien avec Serge Daney réalisé en 1987, diffusé sur France-Culture en 1992, lors de la mort de Serge Daney.

Dailymotion propose Tous les garçons s'appellent Patrick, ou Charlotte et Véronique (1957) — Charlotte et son jules, (1958) où JLG prête sa voix au corps de Jean-Paul BelmondoUne histoire d'eau (1958) Godard acteur dans un formidable hommage au burlesque muet: Les Fiancés du Pont Mac Donald, extrait de Cléo de cinq à sept, d'Agnès Varda (1961) — le choc frontal où l'auteur américain est partagé entre stupeur et incompréhension: Meeting Woody Allen (1986) — On s'est tous défilé, pour le défilé de modes de Marithé & François Girbaud (1988) — le superbe De l'origine du XXIe siècle (2000) la poésie Dans le noir du temps (2001)Prière pour Refuznik (1) et Prière pour Refuznik (2) (2006) — la toute dernière réalisation du cinéaste à ce jour: Une catastrophe (2008) pour la Viennale d'octobre 2008 (Festival international du film de Vienne).

Youtube diffuse, en versions souvent tronçonnées et dans des conditions vidéo misérables, plusieurs films, pour l'instant introuvables sur un autre serveur, à ma connaissance. Mais nous cherchons activement ailleurs de façon régulière.

Donc, pour les films saucissonnés, le mieux est d'aller sur notre table des vidéos qui vous propose un lien pour chaque bout. Il s'agit de: Montparnasse Levallois (1965), la version Dailymotion ayant oublié que le film était en cinémascope...Soft and hard / Conversation between two friends on hard subjects (1985) — Armide, enfin, il est en ma puissance (1986) — British sounds, Groupe Dziga Vertov (1969).

En séquences d'un seul tenant: — le pédagogique et méditatif Petites notes à propos du film Je vous salue Marie (1983) — Closed 1, Closed 2, et Metamorphojean, clips pour Marithé & François Girbaud (1990): comment on peut avoir un siècle d'avance en matière de films publicitaires Parisienne people (1992) publicité pour des cigarettes — le poignant Je vous salue Sarajevo (1993) Journal des réalisateurs, pour la Télévision Suisse Romande (séquence confiée à JLG, date?) Et de Wim Wenders: Chambre 666, (1982), séquence concernant Godard.
Gérard Courant publie sur son site Cinématon n°106, segment 1984. Enfin un entretien pittoresque, sur Tout va bien, 1973.

Cette varia sera régulièrement modifiée et complétée en fonction des nouveautés. Rappelons que notre site propose un dossier fourni sur Jean-Luc Godard.

Redisons aussi que la rareté des documents disponibles rend très difficile une juste présentation — nous y travaillons — de l'œuvre personnelle de l'une de nos plus grandes femmes cinéastes vivantes, co-autrice, ici et ailleurs, de nombreux films avec Jean-Luc Godard, Anne-Marie Miéville. Ici, la bande-annonce de Après la réconciliation (2000), et un entretien à L'Humanité, du 12 mars 2001.

En librairie


La question juive de Jean-Luc Godard
Si vous préférez le commander aux éditions Le temps qu'il fait,
cliquer ici.

Image: © Agnès Varda: Anna Karina et Jean-Luc Godard, dans Les Fiancés du Pont Mac Donald, extrait de Cléo de cinq à sept (1961).

samedi 6 septembre 2008

Charles-Robert Ageron




Ce 3 septembre, est mort Charles-Robert Ageron. Dans
Le Monde du 6 septembre 2008, Thomas Wieder l'évoque de façon précise et documentée.

Abderrahmane Bouchène, éditeur d'abord à Alger à partir de 1986, s'est exilé et installé en France depuis 1994. Il s'était déjà signalé par l'édition des Opera minora d'un autre de nos meilleurs connaisseurs du Maghreb, Jacques Berque (tout est à redécouvrir de cet homme, tant il est difficile de trouver et de lire l'ensemble de son œuvre aujourd'hui..., mais il existe un bon article sur lui dans Périphéries). Ce même éditeur a su aussi nous offrir en cinq volumes la quasi-totalité de l'œuvre de Charles-Robert Ageron, consacrée à l'Algérie coloniale et post-coloniale:

— Sa thèse complémentaire jusqu'ici inédite,
Le gouvernement du général Berthezène à Alger en 1831, où il évoque la figure de ce général qui sut, dès cette époque, diagnostiquer les incompréhensions de la politique coloniale de notre pays en Algérie, et fut limogé en décembre 1831.

— De l'Algérie française à l'Algérie algérienne et Genèse de l'Algérie algérienne, où l'historien rassemble des articles sur l'histoire, politique, économique, sociale et démographique de l'Algérie depuis l'époque coloniale jusqu'aux accords d'Évian, avec une présentation où Gilbert Meynier reconnait à quel point la passion partisane l'avait aveuglé sur les immenses qualités ce cet historien. C'est d'ailleurs un peu la même réévaluation à laquelle se livre Benjamin Stora dans le livre paru ces jours-ci, Les Guerres sans fin. Il y confirme ce qu'il avait déjà écrit dans Le Nouvel Observateur (6/12 octobre 2005): «Lorsque j'ai rencontré Charles-Robert Ageron en 1975, au moment où, jeune étudiant, je cherchais un directeur de thèse, ce professeur était bien isolé dans le monde universitaire. Il était alors sous le feu croisé des partisans d'un tiers-mondisme pur et dur qui lui reprochaient de ne pas suffisamment "s'engager" idéologiquement, et des partisans de "l'Algérie française" qui ne lui pardonnaient pas ses positions «libérales» pendant le conflit algérien. L'historien n'avait pas alors la possibilité de diriger un DEA, et nous étions, Guy Pervillé et moi-même, les seuls étudiants en thèse sous sa direction. [...] Quand j'ai soutenu grâce à lui ma thèse d'État en 1991 sur l'immigration algérienne en France, Ageron avait pris sa retraite dans le silence du monde universitaire. On a la chance de prendre maintenant connaissance de l'ensemble de l'œuvre de ce grand historien qui a ouvert les chantiers essentiels de l'histoire de l'Algérie contemporaine, et montré qu'il est possible de parler de ce pays autrement qu'aveuglé par la passion.»

Les Algériens musulmans et la France (1871-1919), la thèse principale de l'historien, également en deux volumes, dont la réédition s'imposait, à défaut d'être vraiment attendue par le microcosme des historiens. C'est que, comme personne et contre vents et marées, Charles-Robert Ageron montra que l'Histoire est d'abord recherche et respect des faits et des dates, importance des archives écrites, soucis dont bien des historiens s'émancipent parfois assez facilement en reprenant, mais avec un autre son sinon un autre sens, sa revendication d'historien "positiviste", ce qui chez Charles-Robert Ageron qualifiait ses scrupules et son rejet courtois mais catégorique de l'anachronisme militant ou du préconçu idéologique. Et en la matière, le terrain a toujours été miné et l'est encore.

Sans exhaustivité, ont été éditées en publications séparées et semblent encore disponibles:
L'Algérie des Français (Seuil, 1993); La décolonisation française (Armand Colin, 1994); La guerre d'Algérie et les Algériens, 1954-1962 (Armand Colin, 1997); Histoire de l'Algérie contemporaine (1830-1968) (Que sais-je? 1999, où il fait un digne pendant à Sociologie de l'Algérie de Pierre Bourdieu).

Image: plateau d'un jeu de société, © inconnu, tous droits réservés.

vendredi 5 septembre 2008

Un autre encartage?



J
e voudrais vous parler d'un étrange constat. Nos sites peuvent bénéficier d'une sorte de compteur qui permet, outre de chiffrer le nombre de visiteurs — bas de la colonne latérale gauche —, d'avoir de temps en temps une idée (tout en préservant l'anonymat des personnes, bien entendu) des voies par lesquelles on nous découvre. Le nôtre est Statcounter et je le recommande à tous mes confrères, si j'ose les appeler ainsi: l'information est très utile en ce qu'elle nous permet d'améliorer la circulation interne du visiteur dans le site, forcément protéiforme et labyrinthique, dès qu'il s'agit de classer des contenus.
Venons-en à notre constat. Des visiteurs arrivent de façon récurrente sur "
Godard et la question juive" par exemple par la requête "Godard juif". Normal, semble-t-il. Mais on s'aperçoit vite que la démarche est systématique: je remonte souvent à ces demandes: "Basbous juif", "Darmon juif", "Fourest juive", "Gouguenheim juif", "Hantaï juif", "Lepage juive", "Pétré-Grenouilleau juif", "Proust juif" (parfois l'actrice "Caroline Proust juive", pas présente sur mon site — c'est fait maintenant —, mais il y avait depuis longtemps des Caroline — Lepage —, et un Proust Marcel! Ces chercheurs gagneraient en efficacité s'ils connaissaient la fonction du tiret dans les recherches Google), "Redeker juif", "Reichstadt juif", etc. Une variante fréquente: "Untel sioniste", donne aussi d'excellents résultats.
Comme disait Francis Blanche dans l'arrière-cuisine des Tontons flingueurs
, «Y en a». Au moins Jean Lefevre ajoutait-il: «Vous avez beau dire. Y a pas seulement que d'la pomme. Y a aut' chose. Ça serait pas des fois de la betterave?» Alors, Lino Ventura: «Si. Y en a aussi».
Et puisque Ralentir Travaux contient ces noms, et très souvent, ici et ailleurs il faut le confesser, les mots: "juif" ou "juive", il nous arrive ainsi d'insolites internautes. Nombreux finalement. Que cherchent-ils? Pour quelles raisons et pour quels intérêts? Qui trouve quoi? Sans excessive paranoïa, qui serait exagérée si cela ne concernait que notre minuscule observatoire, nous estimons que la question mérite d'être posée.

P.S. Il était 9h23 lorsque j'ai publié la note ci-dessus. Il est 16h 20. Notre compagnon Rudy Reischstadt, qui vient de la lire, nous envoie ce texte de Gérard Eizenberg, en date du 23 août dernier. Bien qu'émanant de La Paix Maintenant, que nous fréquentons régulièrement,
il nous avait échappé:
Être webmaster du site de La Paix Maintenant offre l'occasion de jeter un coup d'œil sur les fantasmes de certains internautes francophones, par l'intermédiaire des statistiques de connexions (il est possible d'observer le nombre de connexions pour chaque article, mais pas l'adresse IP des internautes, inutile de saisir la CNIL).
Or, un article que nous avions publié en octobre 2006 connaît depuis ce matin un record de connexions: "Des Juifs américains colombes et de gauche s'organisent pour contrer l'influence de l'AIPAC" où est cité le nom de Joseph Biden. Les mots-clé employés pour tomber sur cet article? "Joseph Biden + juif". Cette recherche donne notre article en quatrième position.
Alors, non, bien que nous nous félicitions une fois de plus de l'excellent
référencement dont nous bénéficions chez Google, nous sommes au regret de décevoir les internautes qui cherchent à savoir si tel ou tel est juif ou pas (quelles que soient leurs motivations). Le co-listier que vient de choisir Barack Obama, le candidat démocrate aux prochaines élections, est de confession catholique.

mardi 2 septembre 2008

Pour un dossier Frederick Wiseman




Dans le monde du cinéma documenteur, il y a les histrions escrocs qui croient qu'il suffit de mettre une casquette sur leur vidéo pour bidonner des pièges à leurs victimes, fussent-elles puissantes; les investigateurs qui ont trouvé leurs vérités et leurs certitudes avant de les avoir cherchées; les militants dont les tournages et les montages plient au gré de leurs causes; les nostalgiques qui voudraient retenir les derniers lambeaux de mondes tendres mais écrasés, incarnés dans de pittoresques survivants; les voyeurs d'images fortes, le poids des mots le choc des photos, qui, le voulant ou non, tambourinent la raison. On mettra aisément des noms sur chacun de ces masques.
Et puis il y a Frederick Wiseman. Construisons ensemble un vrai dossier autour de ce cinéaste à la formation de juriste, né en 1930 à Boston (Massachusetts), qui a consacré jusqu'ici trente-cinq films de quatre-vingt dix minutes à six heures ("un seul et très long film qui durerait quatre-vingts heures" dit Wiseman de cet ensemble) aux États-Unis, c'est-à-dire à l'un des sujets d'études les plus impossibles et les plus urgents? Deux axes, accentués selon le temps, semblent structurer son œuvre en évolution: un premier où il investit les principales institutions américaines et lieux de pouvoir (hôpital pénitentiaire, lycées, prétoires, bureaux d'aide sociale, usines par exemple); un autre, autour des endroits de loisir et de consommation (magasins, zoo, jardins publics, théâtres, etc). Le plus simple est de lire notre filmographie, rapidement analytique, avec ses liens (en développement) pour chaque film.
Assez semblables à ceux qui animent les chercheurs de l'École de Chicago, ou ceux d'un sociologue comme Erving Goffman (auteur de La mise en scène de la vie quotidienne, Minuit, 1973) les principes et les méthodes restent en gros les mêmes depuis ses débuts en 1967, avec Titicut follies: pas d'interviews, pas de commentaires, pas de musiques additionnelles, persuadé qu'il est qu'une caméra se laisse oublier; des centaines d'heures de tournage en quatre à six semaines pour monter son film avec le dixième de sa moisson, un montage qu'il qualifie de mosaïque, qui dure plusieurs mois et dont les sens, longtemps cachés, se révèlent à lui au fil des confrontations. Vérité enregistrée et fiction construite en conséquence se fondent en un cinéma exigeant, opaque, contradictoire, respectant les intérêts, les ambiguïtés et oppositions de chacun des acteurs, qui convoque la réflexion du spectateur, le met devant son civisme, ses valeurs et ses choix. Frederick Wiseman s'instruit ainsi de ceux qu'ils filment, et n'est jamais autant lui-même que lorsqu'il se sait dépassé par ce qui advient devant sa caméra et devant sa perche (il s'occupe lui-même de la prise de son et communique par gestes codés avec son preneur d'images pour lui indiquer la largeur du plan, le nombre de personnes à englober, etc.), laissant vivre au fil du temps les moments faibles, les corps, les gestes et les silences.

Dans ce dossier Frederick Wiseman, vous trouverez, entre autres, sa filmographie analytique; trois entretiens avec le cinéaste (avec Charlotte Garson, Michael Mélinard, Laetitia Mikles); des articles: de Philippe Pilard, Un cinéaste nommé Frederick Wiseman; de Cho Myoung-jin, Distance et observation; et une bibliographie succincte en langue française.

Il est par ailleurs très simple de voir la plupart des films de Frederick Wiseman en France. La Bibliothèque Publique d'information du centre Pompidou possède une bonne collection, ainsi que la plupart des grandes médiathèques de France.


© Frederick Wiseman, Public Housing, 1987.

mardi 26 août 2008

Lettre 6: été 2008


— De nos compagnons: Louis Bernardi, toujours sur Carlo Emilio Gadda: Les infidèles ne sont pas toutes belles. Quant à Philippe Méziat, il nous donne un nouveau micro-essai: Les mots du jazz.
Écouter voir: Pour rendre justice à l'immense lyrisme de Gustav Leonhardt, cette Allemande de Christian Ritter au clavecin.
Images: 1. Francesco Angelini nous décroche La Luna. 2. Nos photographies prises au centre de Paris. 3. Un album composé sur Manhattan en 2008, qui continue le travail de Manhattania.
Liber@ Te: 1. Un texte durable d'Antoine Basbous: Jeu de dupes entre la France et la Syrie. 2. Anne Teyssèdre nous explique pourquoi, en matière d'environnement, frugalité non ordonnée n'a pas d'effet. 3. Roger-Pol Droit rend compte d'un ouvrage de Sylvain Gouguenheim, dans Et si l'Europe ne devait pas ses savoirs à l'islam?, à quoi nous donnons une suite, en date du 26 avril 2008: Sylvain Gouguenheim: traductions et trahisons des clercs. Et deux entretiens instructifs avec Sylvain Gouguenheim de juillet 2008. 4. De Caroline Fourest: Le cauchemar annoncé de Durban II et un texte sur la Chine aujourd'hui: Notre nouveau maître est oriental. 5. Une suite, malheureusement, aux persécutions dont Taslima Nasreen fait l'objet. 6. Recensions de Robert Solé: Salwa Al Neimi, un chant de volupté en langue arabe; de Tzvetan Todorov sur l'intellectuel Edward W. Saïd, le spectateur exilé. 7. Un texte de 2003 du grand poète libanais Adonis: Le foulard islamique est un voile sur la vie. 8. Une note de Jérome Gautheret sur Les traites négrières, d'Olivier Pétré-Grenouilleau (Gallimard, 2004).
— Dans Bloc-notes [réparti désormais en différents dossiers, 6 juillet 2010]: 1. Sur des commémorations médiatiques: Mai-juin 1968 valent mieux qu'une messe. 2. Une note sur les poubelles de Naples, ou ce par quoi devrait commencer toute réflexion sur elles. 3. Un claveciniste d'avenir nous arrive en la personne d'Aurélien Delage. (Vous pouvez depuis mai 2009 vous rendre sur le site personnel d'Aurélien Delage). 4. Trop tôt disparu, Dominique Autié nous laisse son bel espace d'expression. 5. Et sur le jugement de Lille: Vierge est la verge. 6. Enfants de l'extermination (suite): un rapport de commission propose l'abandon du caprice du Président, sur les parrainages en CM2. 7. Une synthèse d'orientation autour des lanceurs d'alerte. 8. Durban II (suite) ou le piège de l'islamophobie. 9. Un petit devoir de vacances autour du nom de notre site. 10. Note sur le discours de Barack Obama à Berlin et son texte. 11. Une note sur Danny Trom: La promesse et l'obstacle, la gauche radicale et le problème juif (Cerf, 2007).
— Enfin, sites à fréquenter: 1. Fondation sciences citoyennes. 2. Robert Redeker, Traversées philosophiques: le lire, c'est vouloir toujours donner ses chances à la pensée libre. 3. Le Manifeste des libertés, à l'initiative de Fethi Benslama, dont nous évoquons aussi la proximité.

samedi 23 août 2008

Olivier Pétré-Grenouilleau: Les traites négrières




Nous voulions depuis longtemps rédiger une note de lecture sur l'important ouvrage d'Olivier Pétré-Grenouilleau: Les Traites négrières, Essai d'histoire globale, publié en 2004 chez Gallimard, et l'affaire qui s'ensuivit — à laquelle celle concernant l'ouvrage de Sylvain Gouguenheim ressemble avec en prime, à présent, l'entrée en scène des historiens de renom, qui nous auront donc fait monter d'un cran, pour ainsi dire. Voici que, dans Le Monde du 23 août 2008, Jérôme Gautheret remplit très bien cette tâche. Le mieux est donc, au moins pour l'instant, de reproduire ses lignes:


[...]
Libérer la mémoire «des ravages du "on dit" et du "je crois"
», c'est l'objectif poursuivi par Olivier Pétré-Grenouilleau, professeur à l'université de Lorient et auteur de plusieurs ouvrages sur l'esclavage, lorsqu'il publie Les Traites négrières, en 2004. Le titre même de l'ouvrage a valeur de programme: il ne s'agit pas ici de s'intéresser seulement aux traites occidentales entre le XVe et le XIXe siècle, mais au contraire d'élargir le propos aux traites orientales (l'auteur récuse le qualificatif de «musulmanes»), du VIIe au XIXe siècle, et aux trafics esclavagistes internes à l'Afrique subsaharienne. Se réclamant de ce que les Anglo-Saxons appellent global history, Olivier Pétré-Grenouilleau entend embrasser le phénomène dans toutes ses dimensions (économiques, philosophiques, culturelles), sur trois continents. En rendant accessibles les principaux acquis de la recherche universitaire sur ce vaste sujet, l'auteur bouscule nombre d'idées reçues solidement ancrées: les traites orientales (17 millions d'êtres humains, selon l'évaluation de l'Américain Ralph Austen) ont vraisemblablement fait beaucoup plus de victimes que les traites occidentales (11 millions), elles n'étaient pas plus douces (la vie sur les plantations de Zanzibar était au moins aussi rude que dans les champs de canne à sucre de Saint-Domingue), ni moins inhumaines: la mortalité lors des traversées du désert par caravanes atteignait parfois les 20 %, contre 10 à 15 % selon les époques lors des traversées atlantiques.
Enfin, les traites occidentales ne peuvent pas à elles seules expliquer «l'accumulation primitive» de capital, préalable au décollage industriel de l'Europe: la révolution industrielle n'a pas commencé grâce à la prospérité des colonies.

Appuyé sur une érudition sans faille et une impressionnante hauteur de vue, l'essai est vite remarqué: il est couronné par le Prix du livre d'histoire du Sénat, avant d'être distingué lors des Rencontres d'histoire de Blois. En revanche, la méthode comparatiste employée par l'historien est contestée par plusieurs associations militantes, qui l'accusent de bafouer la mémoire des esclaves et de leurs descendants.

L'auteur, qui se défend de vouloir minimiser l'importance de la traite, aggrave encore son cas dans un entretien au
Journal du dimanche, publié le 12 juin 2005, où il exprime des réserves sur le bien-fondé de la loi Taubira: il fait bientôt l'objet d'une plainte au civil pour contestation de crime contre l'humanité, déposée par le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais (collectif DOM).
En plein débat sur l'article 4 de la loi du 23 février 2005 recommandant aux enseignants de souligner le
«rôle positif» de la France outre-mer, «l'affaire» Pétré-Grenouilleau ajoute encore à la confusion. Harcelé, menacé physiquement, l'historien voit planer au-dessus de sa tête une infamante accusation de révisionnisme.

Le
«cas» Pétré-Grenouilleau devient symbolique des effets pervers des diverses lois mémorielles adoptées par le Parlement français, dans la lignée de la loi Gayssot de 1990 punissant la négation des crimes nazis. Plusieurs historiens de renom, dont Pierre Nora, éditeur chez Gallimard des Traites négrières, protestent. Le 12 décembre 2005, ils publient dans Libération l'appel Liberté pour l'histoire s'insurgeant contre les ingérences politiques dans l'écriture historique et réclamant l'abrogation des lois mémorielles, y compris la loi Gayssot. La défense de l'historien porte ses fruits: le 3 février 2006, le collectif DOM, par la voix de son président Patrick Karam, annonce le retrait de la plainte, qui, selon lui, «n'était pas comprise par la société française».

«L'affaire» Pétré-Grenouilleau s'achève, sans jugement: elle aura surtout démontré combien l'histoire de l'esclavage et des traites négrières, dont la mémoire travaille douloureusement la société française, peine à devenir un objet d'histoire comme les autres. — Jérôme Gautheret, Le Monde, 23 août 2008, dans la série Rétrolectures.

Image:
Au Yémen, au XIIIe siècle. Tirée du Maqamat d’AI-Hariri, manuscrit médiéval, cette illustration montre un marché d’esclaves de Zabid, deuxième ville du pays. Le géographe Edrisi affirme qu’ils sont le seul “produit” d’importation.

lundi 4 août 2008

Fethi Benslama, une proximité



Un lien de circonstance, mais singulier et nécessaire, m'unit à Fethi Benslama. Nous nous sommes connus en 1989, quand la chute du Mur nous fit entrer dans cet extraordinaire entre-deux siècles qui prit fin le 11 septembre 2001. Je préparais mon premier numéro du
Cheval de Troie, revue des cultures et littératures méditerranéennes. Fethi Benslama fondait sa revue
Les cahiers Intersignes, dont le projet demeure de traiter de la psychanalyse à l'épreuve de l'I/islam, pour évoquer le titre de l'un de ses ouvrages. Il contribua même à notre revue par un bel article pour notre numéro 3 consacré à Moïse et, pour l'anecdote, nous partageâmes un stand au premier salon de la Revue qui se tint à l'École des Beaux-Arts. Bref, nous étions appelés à nous connaître, justement en ces années-là.
Présenter Fethi Benslama, l'homme et son œuvre, outrepasserait les limites de cette note. Mentionnons que, en 2004, il initia le Manifeste des libertés, dont le but est de fédérer les forces laïques créatrices à l'intérieur du monde musulman. Dans le mouvement, est né un site du même nom, qui continue au quotidien à donner parole et vie à nos frères et sœurs exposés, isolés, en danger. Ainsi, ce site a pu, à sa façon, traiter par exemple de l'affaire Redeker, des caricatures danoises, de la condition des femmes, des libertés de conscience et de culte, de toutes les censures, de la fondation d'une Université des libertés, de problèmes autour de la clinique en psychanalyse, (sujet que sa profession l'amène à approfondir sous des angles inédits, en particulier dans les sens que prennent la parole et les symptômes chez les gens déplacés ou en exil), ou encore des réflexions sur l'histoire et la manière de l'écrire. Et lisons un entretien qu'il donna à Conférences & débats, l'agenda du savoir et des idées, à propos de son ouvrage Déclaration d'insoumission à l'usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005), dont le Manifeste des libertés évoqué ci-dessus est une première version.
C'est par lui et par ses semblables que passe, comme dirait
Leonardo Sciascia, notre future mémoire. Si la mémoire a un futur.


© Photographie: Ruines de Carthage. Auteur non identifié, domaine public.